cinéma d’animation
PRIMA LINEA
Producteurs d’univers P
rima Linea, agence de représentation – parisienne – d’artistes de bande d e s s i n é e aussi fameux que Loustal, Mattotti, Benoît, Spiegelman, Vuillemin, produit également des films d’animation. Cette branche d’activité est depuis peu implantée en Charente. «En France, pour l’animation, il y a Paris et Angoulême», constate simplement Valérie Schermann, fondatrice, avec Christophe Jankovic. En septembre dernier, les deux producteurs associés ont délaissé la capitale pour une province labellisée Magelis, certains d’y attirer ou d’y trouver les talents nécessaires à leur démarche artisanale. Les responsables de Prima Linea vivent au plus
Loulou et autres loups.
près de la création, épris de styles graphiques divers et de formats cinématographiques hors norme. «Notre atypisme de producteurs, note la responsable, est de disposer d’un catalogue d’auteurs. Nous travaillons à partir des univers-auteurs.» La plus récente illustration de cette complicité créative s’intitule Loulou et autres loups. Ce programme d’animation (un moyen métrage et quatre courts) porte à l’écran les mondes dessinés de Grégoire S o l o t a r e f f , Richard McGuire, Marie Caillou, François Chalet et Philippe Petit-Roulet, sur des scénarios de Jean-Luc Fromental. Depuis mars 2003, plus de 320 000 spectateurs ont découvert l’histoire d’une impossible amitié entre un lapin et un loup. Ce succès célèbre l’originalité du film et la brèche ouverte par Kirikou pour un autre dessin animé familial. Une multitude de pays ont acheté Loulou. Avant cela, Prima Linea avait produit des pilotes ou des publicités au graphisme marquant : une campagne Twingo signée Philippe Petit-Roulet ou des films d’animation Bic dessinés par Ted Benoît. A Angoulême, Prima Linea mène de front plusieurs projets dont certains sont «en développement». Grégoire Solotareff
Les clones de Marie Caillou
M
arie Caillou, 32 ans, a quitté Paris pour la Maison des auteurs d’Angoulême en octobre 2003. Objet de son séjour : une seconde collaboration, après Marika et le loup, avec Prima Linea pour Mielusine, comédie musicale tout public scénarisée par Jean-Luc Fromental. Illustratrice, formée aux arts décoratifs et au cinéma d’animation, la jeune artiste a d’abord travaillé à la gouache et au pinceau avant de découvrir, seule, l’ordinateur et la combinaison des logiciels Flash et Illustratot. Elle dit en mots résolus sa fascination pour l’outil «laboratoire», pour l’aspect «propre», spécifique des images p r o d u i t e s et pour leur luminosité irradiante. «On est dans la fiction pure. Ces images n’existent pas et on ignore si elles existeront encore dans dix ans. Je suis loin de la toile et du peintre.» Robots mi-humain, mi-animaux, ses clo-
Claude Pauquet
nes colorés, ronds, tracés par une ligne claire, composent un univers étrange à force de répétition. C’est la volonté de l’artiste que d’inquiéter sous de douces apparences. «On dit que mon graphisme fait “très mangas” mais je ne me sens pas de cette famille-là. Je travaille avec mon souvenir de l’enfance, très influencée par la télévision.»
Claude Pauquet
(dessin et scénario) et Serge Elissalde (réalisation) sont réunis pour le long métrage U (sortie en 2006). Mattotti, Blutch, Dupuis-Berbérian, Elissalde, McGuire vont livrer leur version de La Peur du noir dans un film à sketches, censé apparaître lors du prochain festival de la bande dessinée. Une comédie musicale, Mielusine, dessinée par Marie Caillou, des séries de «shorts» (13 fois 2 mn) pour la télévision, une série Loulou, sont également lancés ou programmés... Prima Linea compte aujourd’hui moins d’une dizaine de personnes. Des dessinateurs, scénaristes, réalisateurs, décorateurs, lay-out men..., d’ailleurs et de Charente, vont étoffer l’atelier de création. Lequel s’attachera aussi les compétences des studios d’animation déjà installés à Angoulême, en fonction des styles et de œuvres. A. D.
Depuis la fin de ses études en 1997, Marie Caillou travaille pour la presse adulte, masculine et féminine, enfatine, pour le cinéma et de grandes entreprises nippones. Là-bas, ses personnages sont devenus des objets-jouets dérivés, pins, mugs ou peluches. Elle a aussi conçu une campagne de publicité et un site web animé pour Nescafé Japon. A. D.
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■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 64 ■
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OCELOT-KIRIKOU
Une complicité légendaire
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e cinéma d’animation me comblait mais il me semblait hors d’atteinte. Puis, avec la caméra de mon père, j’ai découvert que je pouvais faire avancer une chaussure... C’était magique.» Michel Ocelot, écrivain, dessinateur, cinéaste, garde en mémoire les enchantements de l’enfance. De là lui vient, sans doute, le plaisir de donner vie aux contes, qui se prêtent si bien au cinéma d’animation. Et aux personnages qu’il dessine. Celui du vaillant petit Africain, né à l’écran en 1998, compose à lui seul une légende... «J’ai parfois la sensation d’être un sor-
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cier, s’amuse le cinéaste, Kirikou n’existe pas et le monde entier y croit.» A Angoulême, au studio Les Armateurs, déjà producteur du premier film, Michel Ocelot travaille au «Kirikou nouveau». Pendant des mois, il rejoindra régulièrement la Charente, pour œuvrer avec la coréalisatrice, Bénédicte Galup, et des dizaines de professionnels de l’animation. Quatre nouvelles aventures replongeront le spectateur dans l’enfance d’un Kirikou aussi petit, astucieux et généreux que par le passé. La sortie du film de 71 mn est prévue pour décembre 2005.
* Kirikou et la sorcière a reçu 30 prix internationaux, a attiré un million et demi de spectateurs en France, est diffusé dans plus de 40 pays, et a généré la vente de 700 000 DVD ou cassettes et de 300 000 livres.
Alberto Bocos
Après le succès planétaire de Kirikou et la sorcière*, Michel Ocelot s’est résolu à prolonger la vie de son petit héros. Il a, admet-il, cédé à de fortes pressions dont celle, irrésistible, des enfants. «Je me suis remis à écrire et j’ai aimé cela. Mais la question d’une suite ne se posait même pas. L’histoire de Kirikou et la sorcière était achevée.» Dans le prochain film, le petit Africain, environné d’animaux, change de rôle. Il est jardinier avec la hyène, potier avec le buffle et voyageur avec la girafe... Le classicisme du trait, la représentation attentive, respectueuse des êtres et des paysages rendront hommage au continent africain. «De 6 à 11 ans, j’ai vécu à Conakry. Quand j’étais petit, j’étais noir et je n’ai que des bons souvenirs de l’Afrique», confie l’auteur, heureux. Parallèlement Michel Ocelot prépare un autre film. Dans un décor d’Espagne médiévale, il contera l’histoire d’Azur et Asmar. Son thème : les relations entre le Nord et le Sud, entre chrétiens et musulmans, et l’immigration. Après, Michel Ocelot aimerait renouer avec le courtmétrage «plus audacieux et plus libre» ou réutiliser, comme pour Princes et Princesses, le théâtre d’ombres... «L’animation, c’est le bricolage absolu. J’invente vraiment des choses et j’aime tout faire. Imaginer et écrire les histoires, me renseigner, dessiner, travailler seul puis, après une période de solitude, avoir le plaisir de travailler avec des gens.»
Astrid Deroost
Les perspectives de Richard McGuire
LE TEMPS MAÎTRE DE RENÉ LALOUX
«Faire bouger des dessins ou des sculptures, c’est un art véritable. C’est le plus beau don que l’on puisse faire à l’imaginaire.» Ainsi parlait René Laloux. Le cinéaste d’animation s’est éteint début mars, à Angoulême, à l’âge de 75 ans. Il avait rejoint la Charente en 1996 pour prendre la direction du Laboratoire d’imagerie numérique au sein du CNBDI. La Planète sauvage avec Roland Topor (1973), Les Maîtres du Temps avec Moebius (1982) ou Gandahar avec Philippe Caza (1986)… ces films ont fait de René Laloux l’un des maîtres du cinéma d’animation. Homme engagé, il faisait de l’art un absolu. «Chaque œuvre est une aventure, on met sa vie dans la balance, avait-il confié à L’Actualité. Il ne faut jamais se compromettre moralement.» A. D.
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ichard McGuire, 47 ans, New-yorkais, a délaissé les rives de l’Hudson pour celles de la Charente. A la Maison des auteurs d’Angoulême, il réalise un film d’animation, une bande dessinée et un ouvrage illustré. L’œuvre de cet auteurillustrateur, en partie destinée à la jeunesse, a été maintes fois distinguée aux EtatsUnis. Citons deux titres traduits : Le Livre fou avec des trous (Seuil jeunesse), Popeye et Olive (Cornelius). Il est aussi dessinateur pour la presse, dont le New York Times, réalisateur de dessins animés, d’habillages pour des chaînes TV, créateur de jouets à énergie solaire, affichiste, designer, créateur des sites web et musicien... Homme à la pensée graphique foisonnante, originale, il a pour amis Chris Ware et Art Spiegelman. C’est d’ailleurs dans la revue Raw de ce dernier que Richard McGuire a publié la bande dessinée qu’il reprend aujourd’hui à
Claude Pauquet
Angoulême. «Dans un appartement, j’ai imaginé les différents habitants, à des époques différentes, passées et futures. Cela donne de la profondeur à l’espace.» Après Micro loup, histoire croquante dessinée en vue aérienne, Richard McGuire travaille en noir et blanc au second film d’animation destiné à Prima Linea, dont le thème est la peur. A. D.
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