culture
EN LIBRAIRIE
De partout on voyait la mer de Bernard Ruhaud, sept récits et nouvelles évoquant diverses époques (guerre d’Algérie, franquisme), des lieux réels ou imaginaires. Rumeur des Ages, 64 p., 9 € Chemin de croix, quinze encres aquarellées de Jean-Claude Pirotte soulignées par de courts textes de Sylvie Doizelet. La Table ronde, 40 p., 16 € La boîte à musique, poèmes de Jean-Claude Pirotte. La Table ronde, 144 p., 16 € Rolling Stones, une biographie de François Bon, l’édition en poche, révisée, augmentée d’une postface. Le Livre de poche, 1 111 p., 10 € (voir son dossier sur remue.net) L’animal, revue de littératures, arts et philosophies, consacre un cahier de 102 pages à François Bon, avec un long entretien, deux inédits et une quinzaine de contributions (6, rue Bégin 57000 Metz – lanimal@voilà.fr)
RAYMOND BOZIER
Fenêtres sur le monde « C
haque regard porté sur le paysage intègre les traces de l’existence passée. Nous voyons bien plus que ce que le présent du réel nous donne. Et le poids de cette réalité visible pèse sur notre conscience comme le désert pèse sur le regard du bédouin, la neige sur celui de l’Esquimau…» C’est ce regard que Raymond Bozier porte avec acuité sur
notre temps en ouvrant trente-six fenêtres sur le monde, de La Pallice à Rome, de Paris à Madrid, des fenêtres qui cadrent un état du monde, vu d’une maison, d’un hôtel, d’une voiture, d’un train, d’un métro, d’un buffet de gare ou de la cafétéria d’un hypermarché… La publication de Fenêtres sur le monde a été saluée par François Bon dans Les Lettres françaises. Extrait : «Dans les temps précaires où tout est instable, les livres qui marquent ne sont pas forcément ceux qui veulent étaler à grandes lampées reconnaissables une continuité. Plutôt ces inscriptions comme sismiques, fines, mais qui nous déplacent dans notre révélation du monde, là où il nous est concédé au quotidien de voir et parler. On enrage souvent qu’ils soient si rares, quand nous en avons tant besoin.»
Ed. Fayard, 178 p., 12 €
Larmes d’amour du
Marc Deneyer
XVIe
siècle
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GEORGES BONNET
Un bref moment de bonheur
Après Un si bel été, tout premier roman de Georges Bonnet (Prix du livre Poitou-Charentes 2000), surgit en ce printemps 2004 Un bref moment de bonheur, son second roman (Flammarion, 144 p., 14,50 €). Et ce qui vient à nous dans la lumière de ces pages, c’est l’enfant et au-delà l’homme qui naîtra de lui. C’est-à-dire le poète, l’écrivain que nous connaissons, orfèvre et jardinier d’une langue éveillée à chacun de nos cinq sens. L’enfant naît sous nos yeux, au cœur de la Saintonge, «l’odeur d’un tilleul en fleurs envahit la chambre par la fenêtre ouverte». La ferme est construite à la limite des marais. Silence. La grande guerre vient de s’achever. L’enfant – celui qui ne parle pas – regarde et embrasse des yeux tout son monde : mère, père, oncles, sœur, frère et la nature entière. Il est voyant. Solitaire, affamé de tendresse. «L’enfant vit avec le ciel. Il s’entoure d’un monde fabuleux. Un insecte naît d’une pierre, la pluie a un langage.» L’enfant capte merveilles et irréversibles déchirures. L’auteur est né en 1919 dans un village de Saintonge. D. T.
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’est un bijou de la poésie du XVIe siècle que la publication des Larmes funèbres de Christofle Du Pré, chez Droz, tire de l’oubli. Totalement occulté par l’histoire littéraire – parmi les modernes seul Jacques Roubaud le mentionne dans son anthologie de sonnets des XVIe et XVIIe siècles – l’ardent hommage amoureux d’un homme à son épouse disparue que constitue ce recueil de 75 sonnets et 3 odes mérite pourtant l’attention du lecteur d’aujourd’hui. Antoinette Faulcon, que ces larmes pleurent, meurt en 1577. Lorsqu’elle épouse quatre ans auparavant le sieur Du Pré de Passy, qui occupait probablement des fonctions au Parlement de Paris, elle est déjà mère de six enfants. Ils cèdent à une union de convenance, dictée par leurs intérêts familiaux, qui n’a a priori rien d’une histoire d’amour. Pourtant, la passion naît et s’épanouit, et les vers des Larmes funèbres porteront les traits d’un amour profond. «On est frappé par la sincérité de Du Pré, par la façon dont il réussit à couler sa douleur intime dans une forme pétrarquiste pourtant des plus conventionnelles», note Pierre Martin, docteur ès lettres, maître de conférences à l’Université de Poitiers, à qui l’on doit
l’important travail critique de cette édition. «J’ose chanter l’amour pour ma femme», écrit Du Pré. Tant il est vrai qu’associer l’amour et le mariage a quelque chose, pour l’époque, de révolutionnaire. A. B.
Ed. Droz (avec le concours de l’Office du livre en Poitou-Charentes)., 256 p., 29 €
DOMINER LA VILLE
Boris Bove a soutenu sa thèse d’histoire médiévale (dir. Martin Aurell) à l’Université de Poitiers en décembre 2000 et obtenu un grand prix de la région Poitou-Charentes (L’Actualité n° 55). Ce jeune chercheur, aujourd’hui maître de conférences à Paris VIII, s’intéresse aux pratiques sociales de la grande bourgeoisie, groupe social jusqu’alors peu étudié. Ses travaux sont désormais accessibles grâce à la publication de la version remaniée de sa thèse par les très sérieuses éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS) sous le titre : Dominer la ville. Prévôts des marchands et échevins parisiens de 1260 à 1350 (720 p., 36 €).
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1800-1950
Poitiers, une histoire culturelle P
oitiers semble avoir laissé peu de traces au XIXe et au début du XXe siècle. Etait-ce une ville en déclin ? Pas vraiment. En fait, l’image du Poitiers de cette époque est floue parce que la plupart des historiens ont préféré travailler sur le Moyen Age, période a priori plus faste. «Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce n’était pas une ville de l’ombre, tournée vers le passé, à l’écart des grands débats nationaux», affirme Alain Quella-Villéger. Cet historien a dirigé une équipe de quarante personnes pour faire l’histoire culturelle de Poitiers entre 1800 et 1950, sans doute la première fois q u ’ u n e telle entreprise est menée à l’échelle d’une ville non pas seulement sur un groupe social ou une période. «Ce travail pluridisciplinaire fournit un matériau neuf et beaucoup de surprises, dit-il. On découvre une ville marquée par la culture. L’université joue certes un grand rôle mais aussi le fort secteur de l’imprimerie et de la presse, les institutions religieuses, la présence de grands intellectuels parmi lesquels Jean-Richard Bloch.» Ce livre fait en effet émerger des centaines d’individus que l’on découvre avec leurs représentations, leurs habitudes, leurs pratiques sociales, leurs inventions (la TSF, par exemple). Et des clichés ne résistent pas à l’analyse des historiens. Par exemple, avec seulement 40 000 habitants au début du XXe siècle, Poitiers n’était pas une ville calme. Il valait mieux ne pas s’aventurer la nuit dans les faubourgs, sous peine d’être pris dans une rixe ! J.-L. T.
Poitiers, une histoire culturelle. 1800-1950,
éd. Atlantique, 592 p., 150 illustrations, 39 €
POITIERS-MADRID
Christian Vignaud – Musées de Poitiers
«Au bord du Clain», 1927, peinture de Charles Descoust (1882-1974). Coll. musée Sainte-Croix de Poitiers
En hommage aux victimes de l’attentat de Madrid, un quatuor de Guillaume Lekeu a été diffusé sur Radio France le 15 mars 2004. Ce Molto adagio, sempre cantante doloroso, datant d’octobre 1887, a certainement été composé à Poitiers (L’Actualité n° 49 spécial «Musiques»).
TÉMOIGNAGES
Les Deux-Sèvres en 1801
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laude Dupin est le premier préfet des Deux-Sèvres. Nommé en mars 1800, il remet au ministre de l’Intérieur, en avril 1801, un Mémoire sur la statistique du département des Deux-Sèvres. C’est le premier document officiel sur ce nouveau territoire qui «tire son nom de deux rivières qui y prennent source». Ce mémoire est réédité sous le titre Les Deux-Sèvres par le préfet Dupin. 1801 augmenté d’une préface très utile de Pierre Arches. Le citoyen préfet se livre à une sorte de géographie physique et humaine. Il s’attache aussi à décrire la vie quotidienne des paysans et fournit quantité d’observations ethnographiques sur les mœurs, le patois, les fêtes, la nourriture… Des remarques parfois savoureuses, notamment lorsqu’il s’attarde sur les traits de caractère des habitants.
Geste éditions-Archives départementales, 200 p., 15 €
Pas de littérature chez Geste éditions mais des documents. Si l’éditeur de La Crèche publie quelques travaux d’historiens sur notre région, ce qui le distingue, c’est le témoignage. Des récits de vie, livrés bruts et sans prétention mais qui fourmillent d’informations. Ce qui d’habitude ne dépasse pas le cercle des discussions familiales – quelquefois même gardé secret – est donné noir sur blanc. Certes, ce n’est pas la collection Terre humaine, le modèle du genre. Néanmoins, il y a là du vivant. Signalons donc trois ouvrages récents : Le Silence du djebel de Franck Courdavault, Oléronnais qui raconte sa guerre d’Algérie dans le 3e groupe nomade ; 19401941. Les six évasions de Raoul Gaschard, manuscrit exhumé par Christian Richard ; Mon père, forgeron maréchal-ferrant de Jean Billaud, récit familial à Nieul-surl’Autize dans les années 1940-1960.
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SUR LES SENTIERS HUGUENOTS
Empreinte féerique de Cecyl Moon C
écile Gillet dit qu’elle est une fée, venue d’une planète rose avec Richard le dragon et Coin Coin doré, une fée gironde, pétillante et un peu trash qui se fait appeler Cecyl Moon. Sa mission ? Réenchanter le monde, rien de moins. Invitée en résidence pendant six mois à Poitiers (par l’association En attendant les cerises productions), elle a eu le temps d’explorer la ville, de rallier à sa cause quantité d’elfes poitevins et d’expérimenter les techniques de traitement – de bidouillage – des images numériques. Avec sa baguette magique, elle fait jaillir
les couleurs de l’arc-en-ciel dans tous les quartiers, y compris en des endroits les plus banals comme les entrées de ville ou les écosystèmes des nains de jardin. Cet univers en toc lui convient parfaitement car c’est là qu’elle a le plus à faire. La balade féerique de Cecyl Moon doit prendre forme dans un «roman photo vidéo», plus quelques autres surprises. Précisons que chez elle, le DVD de Peau d’âne est diffusé en boucle. J.-L. T.
Rendez-vous le 7 mai (18h) à l’Appart : 3, rue du 125e RI, Poitiers. Tél. 05 49 37 15 59
L’histoire protestante est inscrite dans le paysage su sud des DeuxSèvres. Les petits cimetières en pleine nature et les pins parasols près des fermes en sont les marqueurs les plus visibles. Il y en a bien d’autres. Pour les découvrir, il faut prendre les chemins de traverse. Des sentiers qui conduisent sur les traces de la résistance huguenote. Ne pas oublier de bonnes chaussures et le Guide du Poitou protestant. Cet ouvrage, réalisé par l’association Poitou Saintonge Protestants, propose 7 balades bien documentées, de Mauzé-surle-Mignon à Couhé, de CoudraySalbart à Melle. Une manière intelligente de raconter l’histoire à travers le paysage. Geste éditions, 56 p., 10 €
EXPOSITIONS
«L’hypothèse de l’arc» de Bernar Venet, au musée Sainte-Croix, Poitiers, du 23 avril au 15 août. «Welcome to accès interdit» de Werner Büttner, au Frac PoitouCharentes, Angoulême, jusqu’au 29 mai. «Black-out (lame de fond)», exposition collective (26 artistes) du Frac Poitou-Charentes, à l’ancien marché de l’arsenal, La Rochelle, jusqu’au 29 mai. Photographies de Marc Deneyer au CRDP, Poitiers, du 4 mai au 30 juin. Photographies de Xavier Zimmermann et d’Hervé Tartarin, à l’école d’arts plastiques de Châtellerault jusqu’au 11 mai ; puis peintures de Jay Nombalais et gravures de David Liaudet du 13 mai au 9 juin. «Le chemin des gestes», peintures de Pierre Marie Brisson, au musée de Cognac jusqu’au 2 mai. «L’invisibilité de l’écriture», hommage à Louis Braille par Claude Garrandés, Pierre Maunoury Joinel et Yoshiko Murakami, au musée du papier, Angoulême, jusqu’au 29 mai. «Archéologie chinoise, trésors du Guangxi», à l’Espace art contemporain, La Rochelle, jusqu’au 22 mai. «Petites histoires d’ici», collection de la galerie Le Lieu, au Carré Amelot, La Rochelle, du 4 mai au 4 juin. Exposition collective de Chercheurs d’arts, à la Soufflerie, Poitiers, jusqu’au 30 avril.
CHENG XING XING
Joyeux anniversaire
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a nouvelle création du Centre dramatique PoitouCharentes est un spectacle sous chapiteau conçu et mis en scène par Claire Lasne. Treize comédiens sont conviés à ce Joyeux anniversaire, sorte de comédie humaine où repassent trente ans d’histoire. Depuis février, les comédiens travaillent dans un village de la Vienne, Saint-Maurice-laClouère, où sera donnée la première, le 7 mai. Jusqu’à la mijuin, le chapiteau sera planté successivement à Poitiers, Souvigné (Deux-Sèvres), Montemboeuf (Charente), Chenac Saint-Seurin (Charente-Maritime) puis au festival d’Avignon. Lors de cette tournée, le Centre dramatique propose une scène ouverte et joue un autre spectacle (tout public à partir de 5 ans) : Princes et Princesses, six contes de Michel Ocelot, mis en scène par Claire Lasne. Tél. 05 49 41 43 90
A La Rochelle, le Théâtre de la ville en bois invite, en collaboration avec l’association La Rochellivre, Cheng Xing Xing, actrice et auteur dramatique qui vit en France depuis 1992. Dans le sillage de Philippe Caubère, elle raconte sa vie sur scène. En mars, elle a joué Rêve rouge et Rêve doré, où comment une jeune fille devient garde rouge sous la révolution culturelle. Le troisième volet, Rêve bleu, se passe en France. Le travail d’écriture est accompagné par Raymond Bozier. Le spectacle doit être créé à La Rochelle du 13 au 15 mai et mis en scène par René-Claude Girault. Le Théâtre de la ville en bois expose également les peintures de Xia Fan, grand artiste chinois contemporain, du 28 mai au 20 juin. Tél. 05 46 41 64 81
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