artisans d’art
L’arbalétrier de Bazauges
Par Jean Roquecave Photos A b d e l k r i m Kallouche Abdelkrim
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epuis que je suis tout petit, j’ai la passion du Moyen Age. Très tôt, je visitais des châteaux forts, et mon grandpère m’emmenait voir le souterrain refuge près de Beauvais-sur-Matha.» Serge Adrover vit toujours dans la région de son enfance, en Charente-Maritime. Il a installé son atelier d’arbalétrier – en fait, le terme d’époque est arbalétrieur, préciset-il – à Bazauges, à quelques kilomètres. Un métier revenu du fonds des âges, qu’il est le seul en France à exercer. Tout est parti d’un jeu d’adolescents. Un jour, Serge Adrover fabrique une arbalète, un peu au hasard, avec un copain. Le résultat, trois centimètres de bois transpercés à plus de trente mètres, l’impressionne. Alors il se documente, lit l’encyclopédie
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CRAZANNES, LOGIS ALCHIMIQUE
Considéré comme le «château du Chat botté», Crazannes est le premier manifeste de la Renaissance en Saintonge. Le sens de la façade sculptée restait un mystère. Dans leur livre, Nicolas Faucherre, responsable de l’équipe de castellologie du CESCM, et Antoine Pellerin, chercheur passionné par la culture alchimique, décodent le message ésotérique inscrit dans la pierre, celui d’une «métaphysique expérimentale». Ed. Le Croît vif, 224 p., 143 ill., 15 e
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médiévale de Viollet-le-Duc, visite les musées français et allemands, les collections privées, et se lance dans la fabrication de répliques exactes des arbalètes du Moyen Age. Aujourd’hui, il offre une gamme de sept modèles, qui suivent l’évolution de l’arme, du XIIe au XIVe siècle, arbalètes de guerre et de chasse, dont l’arc se tend à la main pour les plus anciennes, puis avec un cric, un pied de biche ou un moufle (système de manivelles) pour les plus récentes et les plus puissantes. La pièce de bois, l’arbrier, est en pin, une petite entorse à la fidélité historique pour gagner en légèreté, par rapport au chêne ou au hêtre utilisés à l’époque. Serge Adrover forge lui-même les pièces métalliques : la détente, le mécanisme d’armement, les moufles, l’étrier, qui sert à maintenir l’arme avec le pied pendant la tension de l’arc, et les pointes des carreaux. Il utilise pour cela un four de type gaulois en argile, qu’il a reconstitué. La confection de l’arc, en acier, soumis à des contraintes très fortes, est en revanche confiée à une entreprise spécialisée. «Je limite la puissance de mes arbalètes à 100 livres, environ 50 kilos. C’est la force nécessaire à la tension de l’arc. Mais à l’époque, on atteignait 350 livres. Cela donnait une portée de 350 mètres en tir
tendu et une vitesse du carreau, pour les arbalètes du XIVe siècle, de l’ordre de 600 à 700 km/h. A 30 mètres, un carreau pénètre de 30 cm dans un bloc de bois, et une armure est perforée à 50 mètres.» L’arbalétrier de Bazauges fabrique plusieurs types de carreaux, copiés sur les modèles anciens ou sur les pointes qu’il a trouvées lui-même lors de fouilles. Le tranchoir était utilisé pour couper les cordages ou les jarrets des chevaux, le matras assommait chevaux et cavaliers ou gibier à fourrure, et le pointeau, très lourd, transperçait les armures. Le vireton, avec sa pointe barbelée et son empennage qui lui imprimait un mouvement de rotation, était particulièrement redoutable. C’est un carreau de ce type qui a blessé mortellement Richard Cœur de Lion, le 25 mars 1199, devant le château de Chalus. «Le tireur, Pierre Basile, utilisait probablement l’arbalète que j’appelle gueule de diable, en raison de sa forme, en service dans les armées françaises au XIIe siècle. Il a tiré du haut du rempart et le carreau a atteint le roi à la base du cou. Ce dernier, se jugeant faiblement touché, est allé se coucher, mais malgré tous les efforts des médecins, il fut impossible de retirer le carreau de la blessure. Richard Ier est mort des suites de l’infection une dizaine de jours plus tard.»
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Par Isabelle Hingand Photos S é b a s t i e n Laval Sébastien
Réversibilité et respect de l’origine
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n ne produit rien, on ne crée pas, on conserve», explique Thomas Vieweger. Installés à Etables, près de Neuville-de-Poitou, Thomas et Aude Vieweger, responsables de la société Groux, sont restaurateurs d’objets d’art, spécialisés dans la sculpture et les ens e m b l e s architecturaux. Formés en France et en Allemagne dans des ateliers agréés par les Monuments historiques, ils ont en quelque sorte «une façon jeune» d’aborder leur métier. Contrairement à une pratique plus ancienne où les artisans remplaçaient la partie originelle altérée dans un souci d’esthétisme et de lisibilité, Thomas et Aude Vieweger appliquent la déontologie qui leur a été enseignée dont le respect de l’origine et la réversibilité sont les deux grands principes. «Toute restauration
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doit pouvoir être retirée.» Leur objectif est la conservation de l’objet historique. Dans chaque cas, ces restaurateurs déterminent les causes d’altération pour ensuite améliorer la lisibilité grâce à des techniques parfois novatrices ou des outils
La pietà de l’église SainteRadegonde de Poitiers (XVIIe siècle).
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initialement destinés à d’autres métiers. Thomas Vieweger et son équipe ont ainsi utilisé le laser pour nettoyer les concrétions noires des trois portails occidentaux de la cathédrale de Poitiers. Dans le cadre de la restauration de la f a ç a d e de l’église Notre-Dame-laGrande, les pierres ont fait l’objet de dessalage. Cette technique vise à retirer les sels sans modifier la structure cristalline de la pierre ni perdre de matière d’origine en appliquant des cataplasmes à base de produits minéraux ou en réalisant des bains. De son côté, Aude Vieweger restaure actuellement une pietà du XVe siècle de l’église d’Ansac-sur-Vienne, repeinte à plusieurs reprises. Dans un premier temps, elle sonde toutes les parties de la sculpture pour déterminer la couleur d’origine. Une observation grâce à une loupe binoculaire, utilisée normalement en chirurgie, grossissant de 96 à 200 fois, permet ensuite de préciser l’état de conservation. «Notre métier a des similitudes avec celui de médecin. Il faut du doigté mais aussi de la réflexion.» Après étude, un essai de dégagement mécanique au scapel ou chimique au solvant sera réalisé afin de définir la meilleure méthode pour mettre à jour la polychromie d’origine. La restauration de couleur se fera aussi discrète que possible avec un liant différent afin que «cette retouche illusionniste» puisse, si nécessaire, être retirée.
PÔLE RÉGIONAL DES MÉTIERS D’ART
Plus de mille artisans d’art sont installés en Poitou-Charentes, dans une vingtaine de filières. Le Pôle régional des métiers d’art leur apporte conseils et soutiens, publie un annuaire et développe des actions de sensibilisation aux métiers d’art auprès du public et des jeunes. poleregional@metiers-dart.com 11, quai de Cronstadt – 79000 Niort 05 49 17 10 55
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artisans d’art
vale, qui nécessitait une planche de bois de l’épaisseur de l’instrument, dans laquelle on sciait directement la forme extérieure. Cette première découpe était ensuite évidée, toujours à la scie, puis sculptée. La recherche de Christian Rault porte aussi sur la nature du cordage, réalisé à partir de boyau frais mais aussi sur l’esthétique musicale de l’instrument qu’il s’agit de retrouver avec son accord et sa juste tonalité, fonction de la nature du bois utilisé. Plusieurs essais de fabrication sont nécessaires puisqu’il n’existe aucune référence technique et que la conception d’un instrument de musique «est une recherche d’équilibre entre mille éléments». Le souhait de Christian Rault, en redonnant vie à ces instruments très anciens, est aussi de demander aux musiciens «de les accepter tels quels, de découvrir leur capacité et d’effectuer un travail de relecture du répertoire musical». Brice Duisit, musicien d’origine toulousaine, fasciné par l’époque médiévale, a justement suivi les travaux de l’association Prolyra et demandé à Christian Rault de lui fabriquer une vièle à archet identique à celles figurant sur le portail de la cathédrale de Saint-Jacquesde-Compostelle. Passionné aussi par le personnage de Guillaume le Troubadour, il fait revivre la vièle à archet médiévale sur l’album Guillaume IX d’Aquitaine, las Cansos del Coms de Peitieus (chez Alpha). L’instrument y accompagne les poèmes écrits par ce prince du XIIe siècle aux mœurs si dissolues qu’elles lui ont valu d’être excommunié à plusieurs reprises par l’église.
Isabelle Hingand
Renaissance de la vièle à archet A
la fin des années 1960, un nouvel intérêt se manifeste pour la musique médiévale, jouée avec des instruments dits de l’époque. Christian Rault, diplômé de l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs et formé à l’Institut de Crémone en Italie à la fabrication du violon et du violoncelle, compare les ins-
truments utilisés avec leurs images dans les manuscrits et les sculptures du Moyen Age. Il s’aperçoit alors que les vièles utilisées ne sont que des «violons déguisés». Le procédé de construction, le choix du bois, la nature des cordes, la structure interne sont ceux du violon. Face à ce constat, la volonté de Christian Rault, luthier et organologue installé aujourd’hui à Niort, sera de «faire renaître la musique médiévale grâce à des instruments authentiques du Moyen Age», époque dont quelques instruments ont été conservés. Mais pour parvenir à réaliser des répliques aussi anciennes, une connaissance complète et pointue du Moyen Age est nécessaire. Christian Rault décide donc de créer, en 1987, l’association Prolyra, le laboratoire européen d’archéologie musicale, constituée d’un groupe pluridisciplinaire de spécialistes – luthiers, ethnologues, archéologues, historiens, musicologues, médiévistes et paléographes – dont l’objectif est la recherche scientifique et la promotion des instruments très anciens. La méthode de travail de Christian Rault, qui «allie la recherche à l’expérimentation en atelier», est de collecter toutes les images d’instruments sculptés sur les édifices pour en faire l’examen et découvrir leurs données techniques. Les pièces dans les musées, les peintures et les traités théoriques sont aussi des sources importantes dont il compile l’information. Une telle analyse lui permet de comprendre les procédés de construction du Moyen Age, parmi lesquels celui la vièle médié-
Bruno Veysset
La viticulture en Poitou
Les vins du Poitou, qui prennent véritablement leur essor à partir du XIIe siècle, connaissent un destin remarquable durant toute la fin du Moyen Age, présents qu’ils étaient, en abondance, sur les tables anglaises puis flamandes. Parmi les différents vignobles du CentreOuest, ceux d’Aunis et de Saintonge furent sans doute les plus développés. Ils y occupaient alors la majeure partie des terres exploitées. La viticulture, rude et gourmande de bras, employait une
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main-d’œuvre nombreuse, venant de régions aussi éloignées que la Bretagne. Elle faisait vivre aussi partout des tonneliers et des charretiers. L’encépagement était pour l’essentiel réalisé en «blanche chenère», un pinot blanc, complété parfois de «chauché», une vigne rouge au rythme de croissance différent, ce qui réduisait les risques en cas d’accident climatique. On en tirait des vins blancs, rouges ou «vermeils», dont la conservation ne dépassait guère
une année. De qualité moyenne, mais produits en très grandes quantités, ces vins étaient surtout appréciés pour leur prix très compétitif. En temps normal, 40 000 à 45 000 tonneaux sortaient ainsi du port de La Rochelle pour gagner les marchés du nord de l’Europe et leurs classes moyennes. Mathias Tranchant Bibliographie : Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXe siècle, de Roger Dion, 1959.
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