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Entretien B o r i s Lutanie Photo Sébastien Laval Boris
Anglo-normand la conquête linguistique L angue parlée et écrite en Normandie, à l’époque de Guillaume le Bâtard (avant qu’il ne soit surnommé Guillaume le Conquérant, puis sacré roi d’Angleterre en 1066), l’anglo-normand, ou «franconormand», aura une influence non négligeable sur l’évolution de la langue anglaise au Moyen Age. Le rattachement du royaume anglo-saxon à la Normandie au milieu du XIe siècle s’accompagne d’un processus de colonisation linguistique. L’Actualité. – Comment définir la langue anglaise au Moyen Age ? Stephen Morrison. – Au
est une langue écrite, mais qui n’est sans doute pas parlée. Les manuscrits littéraires, pour la plupart datés de la fin du Xe et du XIe siècle, présentent des textes rédigés dans une langue uniforme : le west-saxon tardif. Très probablement, il s’agit là d’une langue artificielle qui ne reflète pas la langue parlée dont nous avons perdu toute trace. A un stade plus évolué de la langue, le moyen-anglais concerne quant à lui la période allant du XIIe au XVe siècle, c’est-à-dire jusqu’à la Renaissance. Par la suite, nous entrons dans l’ère de l’anglais moderne. Ces trois étapes se distinguent par des changements linguistiques déterminants. De quelle façon s’inscrit la langue anglo-normande dans ce processus d’évolution et de transformation linguistique ?
Moyen Age, l’anglais littéraire se divise en deux parties distinctes. Le vieil anglais, que l’on peut situer entre le VIIIe et le XIIe siècle,
La conquête normande engendre un passage de pouvoir et un bouleversement général de toute l’Angleterre. Cette situation se caractérise tout d’abord par l’implantation de la noblesse anglo-normande en Angleterre. L’établissement de la cour anglo-normande se traduit par l’utilisation du français dès le milieu du XIe siècle jusqu’à la fin du XIIe siècle. Cette langue reste toutefois très minoritaire, contrairement à ce que l’on a pu affirmer il y a quelques générations. Certains critiques voulaient nous faire croire que tout le monde parlait le français en Angleterre : c’est absurde. Malgré la présence de la littérature anglo-normande, la langue anglaise reste la référence pour la grande majorité de la population. L’anglonormand est donc un moyen d’expression, écrit et parlé, pour une minorité nobiliaire.
Stephen Morrison est professeur de littérature anglaise à l’Université de Poitiers. Spécialiste de linguistique médiévale, il dirige l’équipe «Sources médiévales» et l’atelier de l’anglais ancien au CESCM. 62
s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 61 s