culture
VALOR, FILIALE DE VALORISATION
ULR Valor, c’est le nom de la filiale de valorisation de la recherche créée par l’Université de La Rochelle – la première créée en France depuis la loi sur l’innovation du 12 juillet 1999. C’est une société par actions simplifiées (SAS) au capital de 70 000 e , où figurent l’Université, actionnaire majoritaire (62%), la Caisse des dépôts et consignations – PME de Poitiers (16%), les agences rochelaises du Crédit mutuel Océan (11%), du Crédit agricole (5,5%) et de la Banque populaire (5,5%). Cette société de droit privé sera l’interface entre les chercheurs et les partenaires industriels lors de l’élaboration de contrats de recherche, et déchargera les chercheurs des problèmes financiers, administratifs et juridiques lors de la prise de brevets ou de l’octroi de licences sur des brevets. ULR Valor pourra également assister les chercheurs qui souhaitent créer ou prendre des participations dans des «start up». Elle a aussi une fonction de veille économique et technologique «L’Université a dix ans, plusieurs de ses laboratoires ont de la valorisation en gestation, c’est le moment de lancer ce type de structure pour les soutenir, estime Emmanuel Barbier, directeur de Valor. Les universitaires contractualisent avec les secteurs public ou privé pour financer leurs travaux de recherche. Ces contractualisations s’accompagnent de conventions, contrats, avenants de toute sorte, dans lesquels il est impératif de veiller à une juste protection des résultats à venir et à un juste retour financier pour l’établissement.» Chaque année, les 30 à 50 contrats de recherche signés par l’Université avoisinent le million d’euros.
MICHEL VALIÈRE
Moissons ethnographiques L
’ethnographe est celui qui récolte la matière première. Celui qui passe des heures avec ses “informateurs” pour recueillir leurs témoignages. «L’ethnographe, explique Michel Valière, est celui qui va au devant des gens et qui décrit.» Qui décrit les groupes humains, leurs représentations, leurs comportements, leurs différences pour permettre à l’ethnologue de «donner à voir le monde par les yeux des gens et de comprendre une société de l’intérieur». Dans son ouvrage Ethnographie de la France, Michel Valière retrace le cheminement du regard des ethnographes vers la maturité. Une histoire des modes de description jusqu’à la position actuelle des ethnographes : distanciée et participative. L’auteur élargit ensuite l’horizon de l’ethnologie comme instrument de développement local. Ainsi, au fil des récits de voyages où prédominent l’anecdotique et le pittoresque, au fil des enquêtes commandées par le gouvernement de Bonaparte aux préfets, de l’Académie celtique à la Société des antiquaires de l’Ouest, les descriptions ethnographiques s’affranchissent peu à peu du jugement et de théories fantaisistes comme la théorie des climats illustrée ici sous la plume du préfet de la Vienne en 1808 : «Ainsi ceux des plaines du Mirebalais et du Loudunais qui resLE PEUPLE DE LA FORÊT
Sébastien Jahan, maître de conférence l’Université de Poitiers, et Emmanuel Dion ont travaillé depuis 1994 sur la vie des bûcherons, charbonniers et fendeurs qui sillonnaient les routes de France aux XVIIe et XVIIIe siècles. Ils comblent une lacune historiographique en publiant Le Peuple de la forêt. Nomadisme ouvrier et identité dans la France du CentreOuest aux temps modernes (PUR, 274 p., 20 e ).
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pirent un air pur et libre sont grands, b i e n faits, hardis et bons travailleurs, tandis que ceux des terres de brandes en Montmorillonnais sont généralement grossiers, ignorants et sauvages.» Aujourd’hui, la variété des sujets traités par l’ethnographie est infinie et l’ensemble de ces données constitue un patrimoine que nombre de décideurs souhaitent utiliser pour «forger» des identités. «Je comprends que l’ethnologie soit convoquée mais définir des identités ne peut pas être une finalité pour les ethnologues. En outre, chacun appartient à plusieurs groupes selon sa religion, son sport pré-
féré ou sa profession. On ne peut donc pas rattacher les gens à une seule identité.» En revanche, selon Michel Valière, l’ethnologie peut être utile pour conserver un groupe, en valorisant par exemple le discours et le savoir-faire des brodeuses d’Angles-sur-l’Anglin. Mais avant tout, «l’ethnographie stimule la perception des diversités culturelles» et s’affirme comme un outil efficace de connaissance des groupes «que les élus pourraient plus solliciter afin de mieux tenir compte des spécificités des populations».
Anh-Gaëlle Truong
Armand Colin, 224 p., 14,50 e
Mytilus
Jean-Claude Pirotte
Pirotte en Lotharingie
Quand Jean-Claude Pirotte arpente un pays, c’est en flânant. Avec une apparente désinvolture, il mêle la géographie, l’histoire, l’état du ciel et de la vigne, les citations d’écrivains qu’il porte en viatique, les figures locales ou mythiques, sans oublier de parler de ce qui lui échappe. Quelques lignes suffisent pour que le pays se donne et nous attire. La Charente fut très bien servie dans de précédents livres. C’est au tour de la Bourgogne et la Comté dans Un rêve en Lotharingie (Ed. National Geographic, 60 p., 8,20 e ). D’autre part, signalons que la collection «Lettres du Cabardès», créée par JeanClaude Pirotte à la Table ronde, est désormais éditée par le Temps qu’il fait, à Cognac. Premier titre de la nouvelle série : Comme un enfant, de Michel Bernard (160 p., 16 e ).
Jean Roquecave
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DOROTHÉE GUENEAU – RAFFAELE MELIS
Architecture primée à Niort
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n janvier dernier, le Prix 2002 de la première œuvre d’architecture a été décerné par le groupe Le Moniteur à deux jeunes architectes vivant à Saint-Pierreà-Champ, un village du nord des DeuxSèvres : Dorothée Gueneau et Raffaele acheté une maison et un restaurant en faillite à Saint-Pierre-à-Champ. Raffaele étant un bon cuisinier – il a financé ses études en travaillant dans des restaurants – nous décidons de reprendre l’affaire. Nous tenons ce restaurant pendant quatre ans, tout en allant frapper, en vain, à la porte des agences de la région dans l’espoir de renouer avec notre métier. Finalement, c’est en 1998 que le coup de pouce salutaire arrive. Un architecte alors installé à Poitiers, Francis Châtelain, veut nous aider et nous propose un travail en cotraitance sur l’extension de la salle des fêtes de BouilléLoretz, pas loin de chez nous. A partir de ce moment-là, nous voulons continuer coûte que coûte.» Justement, la ville de Niort lance en 1998 le projet du PréLeroy. Comme il s’agit d’un petit chantier (1 million d’euros), ils sont choisis sur références. Outre le fait qu’ils serrent au maximum leurs honoraires, une chose plaît à Bernard Bellec, maire de Niort : comme lui, les deux architectes veulent conserver les trois pavillons désaffectés qui avaient été construits en 1964 et 1967 (par L. et R. Sauter). Les termes du programme n’ont rien de poétique. Il est notamment question de prendre en compte dans le traitement architectural la protection anti-graffitis, antiintrusion, anti-vandalisme dans cet îlot inondable et peu fréquentable. C’est le cas typique de ces chantiers sans joie, qui font vivre la plupart des architectes, où l’on ne demande pas de faire des merveilles sinon de respecter le budget. Mais Dorothée Gueneau et Raffaele Melis y croient. «Pour que les Niortais aient envie de se réapproprier ces lieux, il nous semblait évident qu’il fallait un traitement paysager minimal sur cette conche de la Sèvre afin de restituer l’atmosphère du Marais poitevin. Avec les pavillons, nous voulions créer des objets insolites et attractifs dans ce paysage.» Les architectes ont réussi leur pari avec une belle économie de moyens. Une passerelle, accessible aux handicapés, forme une dorsale structurante dans le site en reliant les pavillons qui sont enveloppés d’une toile d’inox. Cette matière, qui produit des effets de brillance et de moirage, est aussi dissuasive pour les tagueurs. D’autre part, les murets inférieurs sont démolis pour révéler les pilotis d’origine qui supportent la «5e façade». Ce niveau est rendu inhospitalier (aux squatters) grâce au système de brumisation et à la disposition de grosses roches sur lesquelles va se développer un jardin de mousses et lichens. La nuit, l’éclairage par le sol crée des effets de brouillard et accentue l’impression de lévitation de ces objets non identifiables. Depuis que les Niortais ont retrouvé le chemin du Pré-Leroy, Dorothée Gueneau et Raffaele Melis sont considérés comme des experts de la réhabilitation des constructions sixties. Les projets affuent.
Jean-Luc Terradillos
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Jean-Bernard Soudères Les trois pavillons et la passerelle du Pré-Leroy vus de la Sèvre niortaise. Cette réhabilitation de Dorothée Gueneau et Raffaele Melis a été remarquée par la profession grâce à une publication dans la revue AMC en septembre 2002.
Melis. Ce prix récompense la réhabilitation de trois pavillons destinés à accueillir du public et l’aménagement paysager (avec Samuel Landreau) de la presqu’île du Pré-Leroy à Niort. Cette distinction nationale est d’autant plus inattendue que ces architectes reviennent de loin. Née à Paris, Dorothée Gueneau obtient son diplôme à Versailles et part travailler deux ans à Venise où elle rencontre son futur mari, Raffaele Melis. Le couple s’installe ensuite à Paris et collabore avec différentes agences (architecture et paysage). Situation précaire. «Alors que nous étions dans une période de chômage assez longue, raconte Dorothée, mon père a
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culture
ves touches un pays, une culture. Et parfois le souvenir hésite avec la légende, comme si le passé était un conte. Car la vision souvent enfantine, parfois presque étrangère, éclaire le texte d’un regard touchant et authentique. Auteur exilé, Jabbar Yassin Hussin évoque le déracinement en parlant des racines qui l’habitent. Tel un conteur, de son imagination, de son imaginaire et de sa mémoire, il extirpe ce qu’il lui reste de ce là-bas. Et tente de le restituer dans sa plus fragile et anecdotique vérité.
Aline Chambras
CRÉATION ET DROITS D’AUTEUR
Le Magistère en droit des techniques de l’information et de la communication, dirigé par Marie-Eugénie LaporteLegeais, est une formation unique en France liée à l’unité mixte de recherche Cecoji (Centre d’études sur la coopération juridique internationale, CNRS, Université de Poitiers, CNED). Le 28 mars, il organisait un colloque sur «la titularité et la création liée» (créations de salarié – créations de fonctionnaire). Il s’agit d’un problème délicat, complexe et non résolu qui pourrait être résumé ainsi : quand un salarié crée un produit, à qui appartiennent les droits ? A l’auteur ou à l’entreprise ? Les pratiques sont très diversifiées entre secteur privé et public mais aussi entre la France et les pays anglo-saxons. Par exemple, aux Etats-Unis, un contrat de travail donne les droits à l’entreprise ou à l’investisseur, tandis qu’en France les auteurs peuvent toujours faire valoir un droit hérité du siècle des Lumières. www.magistere.net
JABBAR YASSIN HUSSIN
Contes de l’Orient D
ans son quatrième roman, traduit de l’arabe par Mustapha Oulmane et Raymond Bozier, Histoires de jour, contes de nuit (éditions l’Atelier du Gué), Jabbar Yassin Hussin puise son inspiration, à cette source privilégiée qu’est l’Irak, son pays natal qu’il quitta définitivement pour la France en 1976. Les souvenirs d’enfance alimentent un récit sobre et poétique qui se veut un refus de l’oubli, un rempart contre cette «poussière» qui recouvre le passé, aujourd’hui si loin. Présenté comme la reconstitution d’un manuscrit vieux de mille ans, acheté au XIe siècle à Bagdad par un savant, le livre de Jabbar Yassin Hussin fait du narrateur un énigmatique et anonyme «scribe». Mais qui pourtant semble dévoiler sa propre histoire. Entre autobiographie et fiction, mythes et fantasmes, l’auteur raconte l’Irak de sa jeunesse, ses rites, ses couleurs, ses drames. En vingt-neuf chapitres, il esquisse vingt-neuf petits tableaux. Scènes du quotidien, de presque rien (à propos du bruit d’un moulin, de la maturation des bananes), du hammam, d’une vilaine fièvre, fixées à jamais dans la mémoire, elles dessinent par brè-
EN LIBRAIRIE
Chez Borges, d’Alberto Manguel (Actes Sud, 82 p., 12 e ). En 1964 à Buenos Aires, l’auteur avait 16 ans. Il commença à faire la lecture à Jorges Luis Borges. L’Epître à Loti, d’Olivier Bleys, à l’Escampette (132 p., 15 e ). Le premier chapitre a été publié dans L’Actualité n° 57. Un nouveau regard sur cet écrivain, dont la vie est une œuvre en soi, qui peut aiguiser la curiosité de ceux qui n’ont jamais ouvert un livre de Pierre Loti. Des repères bibliographiques en fin de volume auraient été utiles. Respirer la vie, de Catherine Ternaux, à la Table ronde, coll. «Les petits livres de la sagesse» (120 p., 7,20 e ). Pour apprendre à avoir du souffle au propre comme au figuré, par l’auteur qui eut le prix du livre en PoitouCharentes en 2001.
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Histoire des «bonnes villes»
Thierry Girard
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n 1199, Aliénor d’Aquitaine confirme la création des communes de La Rochelle, Poitiers, Saintes et Oléron, puis son fils, le roi Jean sans Terre crée les communes de Niort et Saint-Jean-d’Angély l a même année, d’Angoulême (1204) et de Cognac (1215). SaintMaixent obtiendra de Charles VII le statut communal en 1440. Ces villes sont organisées sur le même modèle : un corps de 100 membres, dont 12 échevins, 12 conseillers. Chaque année, le maire est choisi par le roi parmi trois candidats élus par le corps de ville. Ainsi, le roi autorise les villes à s’administrer elles-mêmes, tout en s’appuyant sur elles. Dès le début du XIIIe siècle, il les appelait ses «bonnes villes». Cette histoire fut l’objet du colloque tenu à Saint-Jean-d’Angély en 1999. La Société des antiquaires de l’Ouest en publie les actes (avec le soutien d’Aire 198 et du Conseil
régional) dans un volume dirigé par Robert Favreau, Régis Rech et Yves-Jean Riou : Bonnes villes du Poitou et des pays charentais (XIIeXVIIe). «Le nombre et la concentration de ces communes constituent un fait unique dans le royaume, affirme Robert Favreau. C’est l’un des caractères fondamentaux de l’identité régionale du PoitouCharentes. Ce livre est la première synthèse sur l’histoire de ces villes.» J.-L. T.
Ed. SAO, 468 p., 24 e
GESTE ÉDITIONS
Dans la collection «Témoignages», signalons Au cœur de mon village, de Suzanne Bontemps, née en 1921 à Champeaux (DeuxSèvres), paysanne puis commerçante à Saint-Maixent, aujourd’hui conteuse, retraitée à Cherveux (248 p., 20 e ). Marie-Hélène Coupaye, une Loudunaise impliquée dans la recherche sur la culture populaire, publie Contes et légendes entre Anjou et Poitou (104 p., 12 e ). Pour la collection «30 questions», un livre sur les Possédées de Loudun doit paraître en juin 2003 par Gwenaël Murphy, jeune historien, auteur de
sao.asso.fr Depuis 1834, la Société des antiquaires de l’Ouest a publié plus de 100 000 pages sur l’histoire de la région entre Loire et Dordogne. Ces pages ne sont pas numérisées mais le site internet de la société savante permet des recherches bibliographiques dans les titres des articles publiés.
L’Affaire Rose Lauray, religieuse poitevine, chez le même éditeur.
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culture
Baudelaire
visite commentée du secret
i nous n’avions chacun retenu de Baudelaire qu’un seul vers, ce serait un des Spleen («Je contemple d’en haut le globe en sa rondeur / Et je n’y cherche plus l’abri d’une cahute / Avalanche veux-tu m’emporter dans ta chute...» ou cette sensation physique des corps («La très chère était nue...» ou bien «Et les soirs au balcon, voilé de vapeurs roses...») ? La ville d’aujourd’hui («La rue assourdissante autour de moi hurlait») ou
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cette perception neuve («Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille...») qui en fait le précurseur nécessaire de Rimbaud et d’Artaud ? Alors on a tous gardé son premier poche des Fleurs du Mal, mais on bute toujours sur la complexité de l’homme. On ne peut l’approcher que par un puzzle, une mosaïque sur le fond noir de ce qu’on ne sait pas. Ainsi de Jeanne Duval, la silencieuse, l’inspiratrice, la sœur. Ainsi de l’aphasie qui le prive de parole (le fameux «Crénom», comme il a dû souffrir, de n’avoir plus que ce seul mot à pouvoir encore prononcer, de rage...). Ainsi des amis photographes ou peintres (Nadar, Courbet) qui essayent de capter ce mystère dans son visage, ainsi des lieux, les cafés de Paris, les maisons de jeu ou les journaux. Claude Pichois a consacré sa vie à ce mystère-là. Après l’édition Pléiade, après la biographie, il nous offre les cinq cents p a g e s d’un dictionnaire Baudelaire. Œuvre d’amoureux, qu’à Tusson en Charente nous offre Le Lérot : beau papier, qu’on doit découper soi-même, illustrations rares et choisies. Technique et gramm a t i c a l , le mot dictionnaire ? C’est comme Littré, on ouvre au hasard, il vous renvoie d’un mot à l’autre, et on s’y promène sans plus sortir, comme dans un conte fantastique. Si la biographie qui suit la vie selon ses jours, on est comme dans la mémoire au réveil : tout à égale distance. On explore chaque lieu, chaque visage et chaque nom. On aura ainsi boulevard à la lettre B et chiens à la lettre C. On aura Nadar, Jeanne et madame mère.
Dictionnaire pour amoureux seulement, ou passionnés avertis ? Ou seulement une forme moderne de la biographie ? Biographie par l’éclatement et le concret. On reviendra à l’œuvre comme de rouvrir un volet sur une pièce close, où tout nous attendait avec une évidence que nous n’y savions pas. C’est un jeu d’énigme qui rejoint plus près l’homme et l’œuvre à la fois. On le conseille donc à tous ceux aussi qui n’ont pas relu leur Baudelaire depuis les premiers amours de dix-sept ans. La preuve ? Il y a bien un article «allégorie», comme il y a Ancelle le notaire, et «adresses» pour la liste des domiciles et des chambres, mais il n’y pas d’article «albatros». Moi j’en aurais mis un, rien que pour interdire encore que ce soit par l’albatros qu’on tolère Baudelaire à l’école. Un homme, Claude Pichois (avec JeanPaul Avice) qui a consacré sa vie à un auteur, produit l’inventaire du secret, nous offre comme on raconterait mille histoires à la fois, sur les choses, les lieux, les gens, ou comme on nous guiderait dans une maison abandonnée de la veille par son maître, le paysage humain de Baudelaire. Jamais il n’a été si concret, jamais il n’a été si proche. Le mystère alors c’est celui du saut irréductible de la langue. Voilà qu’on nous tient par la main jusqu’au bord, on voit l’abîme. «Du fond du gouffre obscur où mon cœur est tombé...» : dans cette proximité du secret, c’est un peu du nôtre qu’on découvre. Un voyage fantastique, le roman qui manquait à Baudelaire.
François Bon
Autoportrait de Baudelaire vers 1860. Musée d’Orsay-Cabinet des dessins du musée du Louvre. Dictionnaire Baudelaire, de Claude Pichois et Jean-Paul Avice, Ed. du Lérot, 502 p., 55 e (publié avec le concours de l’Office du livre en Poitou-Charentes). Catalogue du Lérot : http://perso.wanadoo.fr/ lavouivre/html/Lerot.htm Consulter aussi : www.remue.net
Saint-John Perse sans masque
De son vivant, Saint-John Perse a construit son mausolée en réalisant l’édition de ses œuvres complètes dans la Pléiade (1972). «Texte clos» que Colette Camelia, Joëlle Gardes Tamine, Catherine Mayaux et Renée Ventresque ont étudié en le comparant aux archives du poète. Ces universitaires ont découvert qu’il existait un écart entre ce «monument bâti pour l’éternité» et les manuscrits. Elles affirment par exemple que «certaines correspondances ont été écrites ou récrites pour la Pléiade» et reviennent sur «la fiction d’un poète qui rédige d’un seul jet sous le coup de l’inspiration». Cette nouvelle approche (philologique) replace le poète dans «la temporalité humaine, celle de l’histoire et celle du processus d’écriture». Ce Saint-John Perse sans masque, publié par l’UFR langues et littératures de l’Université de Poitiers et la MSHS, s’ouvre par une chronologie conséquente.
Ed. La Licorne, 420 p., 22,50 e
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