pôle info-santé GUILLAUME MAGNIN
Un élément dans la ville Des médecins qui, depuis dix ans, ont participé aux conférences du Pôle info-santé témoignent de leur expérience Par Laetitia Becq-Giraudon Photos Thierry Aimé – CHU Guillaume Magnin est professeur et chef du service de gynécologie-obstétrique et médecine de la reproduction du CHU de Poitiers. Depuis sa création, il a participé à de nombreuses tables rondes du Pôle info-santé. Les deux dernières portaient sur la ménopause et le cancer du sein. Ce que le médecin retient de ces réunions est un plaisir sans cesse renouvelé à communiquer réellement avec le grand public. «Le Pôle info-santé est un élément dans la ville qui contribue à apporter des informations importantes sur les grands problèmes de santé publique, témoigne le spécialiste. Au même titre que le sont certains spots télévisés, il entre dans le cadre des campagnes de sensibilisation ou de dépistage, du cancer du sein par exemple.» Sa spécialité elle-même veut que le public qui assiste à ses conférences soit en majorité féminin, avec des variations d’âge selon le thème abordé cependant. Il y a aussi des habituées, telles que ces jeunes femmes de l’Institut des sourdsmuets, qui sont présentes à chacune des conférences avec leur traductrice. A quelques exceptions près, les questions posées par le public sont stéréotypées. Elles concernent l’entourage du patient, voire lui-même. «J’y réponds de la même façon que je le ferais avec une malade en consultation : avec un langage accessible, mais qui reste médical», note Guillaume Magnin. Il ajoute qu’il aimerait «participer à une table ronde destinée à la grossesse (diagnostic anténatal, dépistages, réseaux de santé) ou à la santé générale de la femme regroupant alors non seulement des médecins mais aussi, ce qui serait un grand pas en avant, un “consommateur”».
DANIÈLE BAUDIER
Une mission d’éducation Le 27 mars 2003, pour la troisième fois, la directrice depuis 1979 du Samu-Smur, a participé à une table ronde du Pôle infosanté sur le thème des interventions d’urgence. «Ces rencontres avec le public doivent dédramatiser l’hôpital et, dans le cas de l’aide médicale d’urgence, expliquer ce qui est fait et pourquoi», témoigne Danièle Baudier, qui avoue avoir été étonnée par le nombre de personnes assistant aux conférences et par l’intérêt manifesté, quel que soit l’âge, du jeune étudiant à la personne âgée. En 1993, l’exposé avait porté sur les moyens d’intervention du service médical d’urgence, particulièrement après un accident de la voie publique. Dix ans après, le médecin, en compagnie d’un pompier et d’un médecin généraliste, a choisi d’aborder le sujet de la permanence des soins et de la régulation médicale, rôle encore trop méconnu et pourtant primordial du Samu. «Aujourd’hui encore, la majorité de la population ne sait pas que les appels du 15 sont tous traités par un médecin, explique Danièle Baudier. La façon dont nous répondons aux appels est toujours la même : une première personne prend les coordonnées de la victime alors que le médecin intervient dans un deuxième temps pour 38
connaître le motif de l’appel et décider de la réponse à apporter. Malheureusement, ce système génère souvent une agressivité de la part des interlocuteurs. Savoir alerter en faisant un état des lieux de la situation et tout simplement répondre à quelques questions très simples avec citoyenneté, c’est très important pour une prise en charge adaptée du patient. Il y a là un manque évident d’éducation et c’est une des missions du Pôle info-santé d’y remédier.»
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ELIANE DESSERT-BERRARD
Parler simple Médecin généraliste à Poitiers, Eliane Dessert-Berrard a participé à trois conférences (sur les thèmes des accidents domestiques chez les enfants, du cancer du sein et de la vaccination). Elle apprécie ces rencontres avec le public. «Lors des tables rondes, le médecin traitant a une place de choix qui est très importante, dit-elle. Son rôle est de faire le lien entre les personnes présentes et les spécialistes. Grâce à un langage plus simple, moins médicalisé, il est le trait d’union entre ces derniers.» Si les témoignages que le médecin a pu obtenir de ses patients étaient très
RICHARD MARÉCHAUD
Un dialogue à établir Richard Maréchaud, chef du service de médecine interne, endocrinologie et maladies métaboliques, est l’un des praticiens du CHU les plus impliqués dans les tables rondes du Pôle info-santé. Les principaux thèmes traités par le professeur sont les aliments, le diabète, le cholestérol, la glande thyroïde et l’obésité. «Mon objectif est de faire passer des messages simples et clairs afin de préciser ou corriger les idées reçues du public, affirme le médecin. Ces idées reçues, bonnes ou mauvaises, sont acquises par l’intermédiaire des médias : journaux, radio ou télévision.» Habitué aux réunions avec les malades et leur proches, en particulier avec des associations de diabétiques, Richard Maréchaud, dans la mesure du possible, évite l’utilisation d’un langage trop médical pour laisser place aux mots simples. Lors de chacune de ces rencontres avec le grand public, il essaie d’insuffler une habitude aux intervenants : «Il faut abolir le principe de la vraie conférence, pour un système où chaque intervenant donne une information introductive de quelques minutes. Ensuite, la parole est au public. Les intervenants doivent utiliser les questions posées pour faire passer leurs messages. En cela, ils sont aidés par Hervé Brèque, le journaliste qui anime la rencontre. Ces tables rondes doivent avant tout être des dialogues entre les conférenciers présents et la population intéressée.»
positifs, celle-ci note une lacune en ce qui concerne les enfants. «Alors que de nombreux thèmes concernent les personnes âgées, trop peu de sujets sont consacrés aux enfants, aux problèmes qui leur sont spécifiques, tels que l’éducation, la télévision, les modes de garde ou le rôle d’éducateurs des parents, ajoute le médecin. Pourtant, la santé des adultes de demain est celle des enfants d’aujourd’hui.»
ROGER GIL
Un reflet de la pratique Le professeur Roger Gil est chef du service de neurologie du CHU de Poitiers et doyen de la faculté de médecine et pharmacie. Il est souvent intervenu lors des tables rondes du Pôle info-santé, non seulement en tant que neurologue, mais aussi en tant que spécialiste de bioéthique. «Ces rencontres sont la mise à disposition du grand public de sujets médicaux médiatisés ou de problèmes de santé publique, dit-il. L’objectif est de répondre aux interrogations de l’auditoire dans ces divers domaines, médiatisés différemment les uns des autres : on n’aborde pas de la même façon la maladie de Creutzfeld-Jacob, la sclérose en plaques ou la dépression et la démence, qui sont pourtant tous des sujets très mobilisateurs.» Dans le cadre de ces conférences, chacun a souvent tendance à vouloir parler de ce qu’il fait. Aussi, Roger Gil suggère qu’une enquête auprès du public pourrait permettre «d’entendre ce qui se dit» car «on ne peut pas dissocier la pratique des regards jetés sur la pratique».
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