pôle info-santé
Sortir de l’hôpital En 1993, le directeur du CHU de Poitiers voulait insérer l’hôpital dans la cité tandis que le directeur de l’Espace Mendès France souhaitait étendre à la santé sa mission de diffusion de la culture scientifique. Le Pôle info-santé est né de ces deux volontés Par Anh-Gaëlle Truong Photos Thierry Aimé – CHU
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Jean-Pierre Dewitte, directeur général du CHU de Poitiers.
epuis dix ans, cinq à six fois par an, médecins hospitaliers et médecins de ville, infirmières, kinésithérapeutes ou représentants d’associations se retrouvent autour d’une table à l’Espace Mendès France. Ensemble, ils communiquent sur des thèmes de santé aussi variés que l’hygiène dentaire, le rayonnement solaire, les allergies, le suicide, le tabac, la douleur ou le cancer du sein. Une occasion pour les professionnels de décloisonner leurs horizons tout en proposant au public plusieurs angles d’approche. Une initiative unique à l’époque et qui reste rare aujourd’hui. «En effet, note Stéphan Maret, directeur délégué à la communication du CHU, si les conférences sur la santé se multiplient, très peu proposent une approche pluridisciplinaire.» Le Pôle info-santé est né en 1993 de la rencontre de deux volontés. Didier Moreau, directeur de l’Espace Mendès France souhaitait étendre à la santé sa mission de diffusion de la connaissance scientifique. Daniel Moinard, alors directeur du CHU, voulait concrétiser la mission de prévention et d’éducation à la santé de l’hôpital, le sortir de son isolement et l’insérer dans la cité en instaurant une collaboration avec la médecine de ville. Pendant six ans, avant de passer le relais au service de communication du CHU, Monique Huteau et JeanYves Nicoleau ont choisi les thèmes «généraux et accessibles au grand public» et les intervenants «issus de tous les horizons du secteur de la santé» pour que les questions soient traitées dans leurs dimensions «environnementales, psychologiques et physiologiques». «Nous voulions répondre à toutes les questions que peut se poser un patient.» L e s conférences rencontrèrent rapidement une audience importante «d’en moyenne 200 personnes, estime Monique Huteau, avec une extrême variabilité d’une conférence à l’autre». Aujourd’hui, la fréquentation moyenne a diminué. Elle se situe autour
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de 150 personnes. Une baisse que Stéphan Maret impute à la multiplication des offres de conférences dans la ville et à la possibilité pour chacun d’entre nous d’accéder à l’information médicale par le biais des nouvelles technologies, notamment Internet. En revanche, de grandes tendances restent constantes : les conférences attirent une écrasante majorité de femmes, en moyenne 8 auditeurs sur 10, et la grande majorité s’insèrent dans une tranche d’âge comprise entre 50 et 65 ans. A noter également une part importante d’étudiants du secteur sanitaire. «Hormis les étudiants et quelques exceptions, note Monique Huteau, les gens ne viennent pas par hasard ou par intérêt pour la santé en général mais parce qu’ils sont eux-mêmes ou leur famille concernés par le thème
Jamais assez prévenus… «On n’est jamais assez prévenus sur les questions de santé. En m’informant, je veux éviter qu’un jour on me découvre un problème grave qu’on aurait pu détecter plus tôt.» Marie-Hélène Dervaux, hôtesse d’accueil à l’hôpital Jean-Bernard, est une fidèle du Pôle info-santé. Elle n’est pas hypocondriaque mais elle apprécie d’être informée et va plus souvent en consultation que la moyenne des gens. «Les conférences me permettent aussi de connaître les médecins de l’hôpital que je croise tous les jours dans le cadre de mon travail. J’oriente ensuite ma famille vers ceux qui m’ont plu.» Ce que Marie-Hélène apprécie au Pôle info-santé : la clarté des intervenants qui «se mettent à la portée de l’auditoire» et le professionnalisme d’Hervé Brèque qui «sait vraiment bien animer et qui prépare très bien ses conférences». Elle regrette cependant quelques lacunes dans le large éventail des questions traitées depuis dix ans : «Les thèmes comme la prostate, les pieds, la traumatologie et très particulièrement les yeux ne sont pas abordés.»
Monique Huteau, l’une des chevilles ouvrières du Pôle info-santé pendant les six premières années.
Les conférences et les questions sont traduites en langue des signes. Ici, par Geneviève Decondé.
traité.» D’autres, minoritaires, sont à classer au rang des hypocondriaques tandis que certains ne viennent «que pour expliquer ce qu’ils savent». Les conférences rencontrent un joli succès auprès des médecins qui ont enfin l’occasion de s’adresser à un public plus large que leurs pairs, leurs étudiants ou leurs patients. «Le succès du pôle reflète l’attachement des Français pour les problématiques de santé», affirme Daniel Moinard. Un attachement qui ne va cesser de croître avec le vieillissement de la population et l’augmentation de l’espérance de vie. «Il faut désormais cibler les âges de la vie où les risques sanitaires sont les plus importants.» En 1998, Daniel Moinard a quitté Poitiers pour prendre la direction des hôpitaux de Toulouse. Il avait l’objectif d’y créer l’équivalent du Pôle info-santé. «Mais Toulouse n’a pas la chance de disposer d’une structure dédiée à la connaissance scientifique. En outre, la réussite de telles initiatives tient aux convictions des hommes qui les lancent. A Poitiers, nous étions tous convaincus et les équipes qui nous ont succédé le sont aussi.» De fait, le Pôle info-santé n’a pas de double toulousain et reste une expérience rare en France qui, remarque l’actuel directeur du CHU, Jean-Pierre Dewitte, «doit sa longévité à une approche simple, de proximité et pas trop médicalisée». s
La santé en langue des signes Les conférences du Pôle info-santé sont accessibles au public sourd depuis 1998. Une initiative trop rare que salue Magali Menu, membre de l’Amicale des sourds anciens élèves de Poitiers-Larnay. «Ces conférences sont très importantes pour la communauté. En effet, les sourds prennent très peu connaissance des informations courantes qui sont diffusées à la télévision. En effet, les émissions ne sont pas sous-titrées à 100 %. En outre, ils lisent peu les journaux car 70 % des sourds sont illettrés. Ces conférences nous donnent les moyens de nous informer et de nous enrichir comme tous les citoyens et le public entendant.» Si le centre de culture scientifique se distingue en assumant les frais d’interprétariat en langue des signes, Magali regrette que ce financement soit limité. «Sur l’ensemble des conférences proposées à l’Espace Mendès France dans tous les domaines de ses activités, nous ne pouvons en choisir que cinq ou six par an. Quel dommage ! Mais c’est une bonne initiative et c’est rare qu’un établissement engage régulièrement des frais d’interprétation et aussi longtemps. Nous aimerions qu’elle se diffuse ailleurs qu’à l’Espace Mendès France car il y a environ 4 000 sourds dans la Vienne.»
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