environnement
Sensibiliser le grand public comme les acteurs institutionnels à la richesse biologique que représentent les insectes et à leur rôle indispensable au fonctionnement équilibré des écosystèmes Par Nicolas Vrignaud et Raphaël Gobin Photos J.-M. Prévot
Espace Réaumur Jardin pour les insectes L’association accueille le public comme les scolaires et propose également des animations centrées sur l’insecte, directement dans les écoles ou dans le Jardin aux insectes dès que les premières chaleurs réaniment la nature. DES MILIEUX SINGULIERS
F Ci-dessus : larve d’Aeschne, une libellule de nos régions.
ondé en 1998, l’Espace Réaumur gère dans un cadre urbain privilégié, à Poitiers, dans le quartier dit du Bas-des-Sables, en proximité immédiate du Clain, un terrain de plus de deux hectares ainsi que des bâtiments d’accueil du public. Il y fédère : – un Jardin aux insectes permettant de découvrir la faune des invertébrés de nos campagnes et d’apprendre comment gérer un espace vert ou un jardin en respectant sa biodiversité ; – un centre de vulgarisation scientifique, incluant notamment une médiathèque et des élevages, destiné à rassembler les entomologistes régionaux.
Le Jardin aux insectes est un espace juxtaposant divers micro-milieux semi-naturels de nos régions dont la vocation essentielle est d’illustrer les interactions entre l’homme et les flores ou faunes banales. Il permet donc au public de «regarder» une nature qu’il se contente trop souvent de seulement «voir». Ce jardin, qui invite à aller au-delà de l’insecte pour initier une réflexion sur la nature et sur l’environnement, constitue l’un des pôles d’attraction les plus novateurs du site associatif. S’étendant aujourd’hui sur une surface de un hectare, il comprend un potager, un verger, un jardin d’agrément, des haies constituées d’essences régionales, une prairie fleurie, une rocaille sèche, une zone humide avec une mare, de façon à ce que le public puisse, notamment lors de visites guidées, prendre conscience des possibilités nombreuses de pratiques ménageant la biodiversité. Chacun de ces domaines abrite en effet de façon spontanée une faune d’invertébrés caractéristique du milieu et participant à son équilibre (c’est une manière de biocénose en miniature). Certaines plantes nourrissent et protègent simultanément un grand nombre d’espèces d’insectes variés, souvent peu remarqués et donc inconnus du grand public. Milieux jardinés. Ces milieux (potager et compost, verger d’essences fruitières régionales anciennes, jardin de plantes ornementales, aromatiques et médicinales) prouvent que l’on peut associer esthétique et respect de l’environnement… le tout sans s’engager
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dans les dépenses que représentent l’attirail d’instruments et de produits chimiques désormais présentés comme indispensables dans les jardineries. Milieux sauvages. Un jardin ne peut se résumer à un lopin de terre domestiqué, asservi au plaisir d’un jardinier qui n’entendrait pas le partager avec son propriétaire authentique : la nature. Part inaliénable de l’environnement, le jardin doit, en tant que tel, imposer le respect. Le Jardin aux insectes décline à cette fin toutes les transitions entre les zones les plus entretenues et les zones laissées en évolution spontanée, chacune d’entre elles étant diversement colonisée par la faune comme par la flore. Le visiteur peut de ce fait vivre au naturel la prairie fleurie, la mare et ses abords, la haie champêtre, occasion de laisser les sens découvrir les couleurs, les odeurs, les bruits de la nature. Nichoirs et gîtes d’hivernage pour les insectes.
dotés ? Le Jardin aux insectes présentera au public dès cette saison des dispositifs conformes à ceux décrits par Réaumur et destinés à permettre l’observation des abeilles (ruches vitrées) ou la croissance des chenilles. A l’intérêt esthétique s’ajoute l’intérêt scientifique et la mise en valeur d’un témoignage culturel régional encore inédit. Dans la même perspective, l’association présentera un petit élevage de vers à soie, une maison des fourmis, une cabane aux insectes aquatiques. Par ailleurs, l’Espace Réaumur présente dans une seule fin éducative quelques insectes exotiques en élevage, les souches étant strictement choisies pour leur intérêt éducatif (étude du mimétisme ou de la croissance notamment). Son insectarium, dont la température comme l’hygrométrie sont maintenus constantes, héberge ainsi en permanence plusieurs espèces de phasmes, des blattes tropicales, des cétoines, des grillons, des mygales...
Abriter des insectes pendant l’hiver, pourquoi ? Les murs en torchis cèdent la place aux murs en parpaings, le béton remplace les briques creuses ou la pierre sèche… les arbres morts sont systématiquement détruits… de fait, les insectes ne peuvent plus trouver en nombre suffisant les gîtes qu’ils occupaient jadis
Ci-contre : un Azuré, petit papillon de nos prairies et jardins. A gauche : un nécrophore, coléoptère observé sous les cadavres en décomposition. Ci-dessous : larve de Demoiselle.
le froid venu. Pourtant, accueillir pendant la saison hivernale ce petit peuple permet de préserver des espèces prédatrices qui concourent, dès le printemps arrivé, à la bonne forme écologique du jardin. C’est tout l’intérêt de la présentation in situ de nichoirs, d’abris, de gîtes, certains d’origine artisanale, d’autres de facture industrielle (distribués par une firme spécialisée dans la protection des oiseaux et des insectes) et l’intérêt des ateliers consacrés à la fabrication de ces abris. L’INSECTE DANS TOUS SES ÉTATS
Le Jardin aux insectes est placé sous les mânes de l’illustre Réaumur, physicien et naturaliste rochelais, l’une des figures les plus attachantes du siècle des Lumières. Mais pourquoi d’aussi remarquables savants que Réaumur, Buffon, Linné se sont-ils passionnés pour le peuple des insectes ? Quelles méthodes ont-ils su créer ? De quels outils d’observation spécifiques se sont-ils
Dautre part, l’Espace Réaumur invite régulièrement des artistes régionaux ou nationaux à exposer leurs œuvres : c’est ainsi que la saison 2002 a permis de présenter des dessins d’Yvonne Schach-Duc (dessinatrice au CNRS ayant accompagné de grandes expéditions françaises en Afrique tropicale) ou les sculptures monumentales de Claude Baury, un artiste forgeron faisant surgir du métal des insectes d’un réalisme surprenant. Diversification : tel pourrait donc être l’un des mots d’ordre de l’association, dans un contexte privilégiant évidemment la connaissance de l’entomologie. s
Ouverture de l’Espace Réaumur à partir du 22 mai : 75, chemin de la grotte à Calvin 86000 Poitiers. 05 49 45 22 60 27
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