création
Orchestre Poitou-Charentes
Hors des standards
Créé il y a 20 ans, l’orchestre régional a atteint le niveau qui lui permet de passer les frontières, comme l’affirme son directeur artistique, le pianiste Jean-François Heisser
Entretien Jean-Luc Terradillos Photos Marc Deneyer
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epuis mars 2000, Jean-François Heisser assure la direction artistique de l’Orchestre PoitouCharentes, formation qu’il souhaite porter au plus haut niveau d’ici l’ouverture du nouvel auditorium de Poitiers en 2006. Ce pianiste de renommée internationale a déjà mené l’orchestre en hauts lieux, au Festival de La Roque-d’Anthéron, à la Folle journée de Nantes, et cette année au Festival de l’Epau puis en Chine.
L’Actualité. – Vingt ans pour l’Orchestre PoitouCharentes, que cela signifie-t-il pour vous ? Jean-François Heisser. – Vingt ans d’existence, c’est
Issu d’une famille de musiciens, disciple de Vlado Perlemuter, JeanFrançois Heisser a fait ses études au Conservatoire national supérieur de musique de Paris où il a obtenu, en 1973, les premiers prix de piano et de musique de chambre mais aussi de contrepoint, harmonie, fugue et accompagnement. Il y enseigne depuis 1991. Ce pianiste mène une carrière internationale avec un vaste répertoire allant des sonates de Beethoven à Stockhausen. Il a par exemple enregistré l’intégrale de l’œuvre pour piano de Paul Dukas. Considéré comme l’un des spécialistes du répertoire espagnol, il a enregistré des œuvres de Manuel de Falla, Isaac Albéniz, Enrique Granados. Deux CD viennent de paraître chez Erato, l’un consacré à Mompou (Cançons i Danses), l’autre à des œuvres pour piano et orchestre de De Falla, Albéniz et Turina.
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Signalons deux CD parus en 2002 chez Praga: Quintette avec piano La Truite D 667 de Schubert et Sextuor à cordes n° 1, op. 18 de Brahms ; et un CD chez Naïve en 2001 :21 Danses hongroises - Valses, op. 39 de Brahms (avec Marie-Josèphe Jude). En 2002, Jean-François Heisser a créé une pièce pour piano seul, écrite pour lui par Philippe Manoury, pièce qu’il va enregistrer et jouer la saison prochaine, notamment au Festival Musica et à la Cité de la musique à Paris.
peu si l’on compare l’Orchestre Poitou-Charentes aux orchestres d’autres régions qui, pour la plupart, sont installés depuis beaucoup plus longtemps, une cinquantaine d’années pour certains. En outre, l’orchestre me paraît plus jeune. Cela tient à son histoire. Il a connu plusieurs périodes préliminaires depuis sa création. La direction artistique de Charles Frey impulsa le tournant décisif, celui de l’apprentissage. Ainsi, pendant dix ans, les musiciens ont énormément travaillé pour que cette formation ait réellement une stature d’orchestre régional. Maintenant l’objectif est de se tourner vers l’extérieur. Etant donné qu’environ les deux tiers des musiciens vivent en Poitou-Charentes, où ils enseignent dans les conservatoires et les écoles de musique, il est difficile de leur imposer le rythme d’un orchestre salarié. Néanmoins, je souhaite que nous puissions développer suffisamment les programmes et les occasions de jouer, y compris dans des formations restreintes et dans le travail pédagogique en direction des scolaires. Deux mois sans jouer entre deux sessions de concerts, c’est trop long. Il est important que les musiciens jouent souvent ensemble, condition pour souder une équipe et affirmer une identité qui fonde l’orchestre.
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Quel est l’esprit de l’Orchestre Poitou-Charentes ?
L’enthousiasme et la volonté. Du fait que les musiciens ne sont pas des salariés permanents, ceux qui jouent dans l’orchestre le font d’abord pour le plaisir, d’où cet enthousiasme. Beaucoup de musiciens viennent rechercher une expérience d’orchestre au plus haut niveau possible. Ils ont aussi la volonté de participer à une entreprise collective qui tranche sur le quotidien.
Existe-t-il un vivier régional de musiciens ?
Nous faisons aussi appel, autant que possible, à des musiciens originaires de la région qui font carrière avec d’autres orchestres, en France ou à l’étranger.
Quelle est votre ambition pour l’orchestre?
Nous avons récemment organisé des auditions pour réaliser un inventaire régional et nous avons eu de bonnes surprises. En Poitou-Charentes, le tissu des conservatoires et écoles de musique est assez serré, de sorte que les effectifs d’enseignants se renouvellent et évoluent. Parmi eux, il y a des musiciens de bon niveau, intéressés par l’orchestre.
Je souhaite amener l’Orchestre Poitou-Charentes à un niveau exceptionnel pour l’ouverture de l’auditorium de Poitiers en 2006, et ceci en bonne intelligence avec les autres acteurs culturels. La qualité de cet équipement nous permet d’imaginer un projet porté par une ambition internationale, qui tranchera avec ce qui s’est fait souvent ailleurs. La région Poitou-Charentes n’a pas la charge d’une lourde machine symphonique mais trois formations très diversifiées, non concurrentes et complémentaires. C’est une chance. En effet, avec l’Orchestre des Champs-Elysées, Ars Nova et l’Orchestre Poitou-Charentes, nous pouvons balayer un répers L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 60 s
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Concerts de mai
La prochaine session de l’Orchestre Poitou-Charentes est consacrée à Ravel (Tombeau de Couperin, Concerto pour piano en sol majeur, Concerto pour la main gauche en ré majeur, Ma mère l’oye), sous la direction de Peter Csaba, avec Jean-François Heisser au piano. A Saujon le 20 mai, Loudun le 21, Parthenay le 25. Invité au Festival de l’Epau, l’orchestre y donnera ce programme le 23 mai. Le programme du lendemain offrira une création mondiale de Ramon Lazkano, sous la direction de Jean-François Heisser, avec Marie-Josèphe Jude au piano. L’Orchestre Poitou-Charentes est soutenu par la Région Poitou-Charentes, l’Etat, la Ville de Poitiers, Musique nouvelle en liberté, le Crédit Mutuel. Administratrice : Claudine Gilardi. Animatrice pédagogique : Anne-Marie Esnault. Tél. 05 49 55 91 10
toire très large susceptible de ravir aussi un public national. Nous en avons les moyens musicaux et techniques. Pour cela, je crois que nous devrions bâtir des événements plutôt que d’enchaîner des concerts tout au long de l’année dans ce nouvel auditorium. La vie musicale risque d’évoluer de façon tangible dans les années à venir. Observez le succès de la Folle journée de Nantes ! En octobre 2002, nous avons organisé un événement similaire à la Hune (Saint-Benoît) en donnant, un dimanche, l’intégrale des œuvres pour piano de Camille Saint-Saëns. Dès 11 heures du matin, la salle était comble. Ainsi, le nouvel auditorium de Poitiers permettrait de développer cette logique événementielle, en proposant par exemple des week-ends musicaux, sans pour autant céder à la démesure. D’autre part, je souhaite que l’Orchestre PoitouCharentes ait les moyens de se produire en France et à l’étranger, sans pour autant négliger notre mission d’intérêt régional. Nous continuerons à irriguer le territoire de Poitou-Charentes. Nous irons aussi en Chine, en novembre 2003, pour participer au Festival international de piano de Shanghai. C’est très important à la fois pour les musiciens de l’orchestre et pour la Région.
Quel répertoire souhaitez-vous développer ?
RAMON LAZKANO
La tradition de la création
Hilarriak signifie stèles funéraires en basque. C’est le titre de la pièce écrite pour l’Orchestre Poitou-Charentes (création le 23 mai 2003) par Ramon Lazkano, compositeur né à Saint-Sébastien en 1968, vivant en France depuis seize ans et pensionnaire à la Villa Médicis. «Cette commande est née d’une rencontre avec Jean-François Heisser il y a deux ans, lorsqu’il a créé au Festival de SaintSébastien une pièce que j’ai écrite pour piano seul. J’ai senti que nous avions des
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affinités et la proposition pour l’OPC ne pouvait s’inscrire que dans un cadre positif, d’autant que cet orchestre possède déjà une tradition de la création, ce qui est essentiel à la vie d’un ensemble.» On sait que Jean-François Heisser s’intéresse aux répertoires nationaux. Ramon Lazkano se considère-t-il comme un compositeur basque ? «Je suis basque parce que je parle la langue mais je suis aussi espagnol et français. Notre culture n’est pas étanche.»
Nous devons conserver le grand éclectisme qui caractérise l’Orchestre Poitou-Charentes, notamment sa spécificité concernant les répertoires du XXe siècle et de la musique actuelle. Quant aux répertoires classique et romantique, nous devons trouver une identité propre, en particulier par rapport à l’Orchestre des Champs-Elysées qui joue ce grand répertoire sur instruments d’époque. Sachant que notre mission est aussi pédagogique, nous voulons élargir la culture musicale au-delà des 50 chefsd’œuvre symphoniques de l’histoire de la musique, et défendre des œuvres fortes de grands compositeurs que le public n’a pas souvent l’occasion d’écouter en concert. Ce que nous avons déjà fait, notamment avec les musiques tchèques, finlandaises ou américaines. Carrefour de la modernité, la musique du XXe siècle a connu une accélération exponentielle et produit un immense répertoire qui demeure assez peu exploré. Il est vrai que beaucoup de compositeurs ont écrit pour des formations atypiques qui ne conviennent pas aux grands orchestres (avec des salariés permanents). La souplesse de l’Orchestre Poitou-Charentes permet d’aborder ce répertoire. Comme au XX e siècle, la musique actuelle est traversée par des courants polémiques, des chapelles ou des écoles de composition. Notre politique de commande aux compositeurs dépasse ces clivages. Il ne faut pas se laisser enfermer dans une esthétique et parfois oublier ses goûts personnels pour faire entendre toutes les tendances. s
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ANNE GASTINEL
Orchestre ambassadeur
Anne Gastinel avait 18 ans lorsqu’elle fut invitée la première fois comme soliste à l’Orchestre Poitou-Charentes par Charles Frey. C’était en 1990. Cette violoncelliste issue du Conservatoire national supérieur de musique de Lyon commençait une carrière internationale. Jusqu’en juin 2000, elle a joué cinq fois avec l’OPC. «J’avais toujours l’impression de revenir à
la maison, dit-elle, tellement les liens que l’on peut tisser avec ce type d’orchestre sont forts. Je n’ai jamais ressenti d’écart, comme cela arrive parfois ailleurs, entre chef, soliste et orchestre, de sorte que j’avais plutôt le sentiment de faire de la musique de chambre. Il n’y a pas d’effet de masse ni de routine dans cet orchestre car il est constitué de musiciens qui se prennent en charge individuellement, qui ont appris à jouer ensemble et qui, à chaque série de concerts, se retrouvent pour faire quelque chose d’exceptionnel.»
FRANCIS ROUSSEAU
Enthousiasme communicatif
Depuis douze ans, Françis Rousseau a participé à presque toutes les sessions de l’Orchestre Poitou-Charentes. «Cela exige beaucoup de travail en amont, affirme ce clarinettiste qui enseigne à l’Ecole nationale de musique et danse de Niort, et cela donne envie de progresser.» Il est toujours étonné de l’accueil chaleureux du public dans les petites villes de la région mais c’est à l’extérieur, notamment lors des concerts au Théâtre des Champs-Elysées à Paris et à la Folle journée de Nantes, qu’il a saisi le chemin parcouru. De la confrontation avec d’autres publics et d’autres orchestres, il en ressort à chaque fois une motivation accrue. Ainsi, l’OPC a pris conscience de «l’exigence de placer la barre de plus en plus haut». «On se sent bien dans cet orchestre, dit-il. A chaque session, on arrive avec un esprit nouveau et cet enthousiasme rejaillit sur les chefs invités. La plupart disent qu’ils sont ravis de travailler avec nous et certains soulignent qu’il y a là une qualité d’écoute pas si courante dans d’autres formations.» dit-il, parce que c’est un orchestre de haut niveau, que la programmation extraordinaire de Jean-François Heisser offre des séries passionnantes pour un hautboïste, qu’on y vit des expériences formidables – par exemple les échanges avec le Vietnam – et que c’est géré de façon impeccable.» Pas de doute pour lui que l’OPC est un bon label pour la région et pour le milieu musical français. «Depuis quelques années, je constate chez les musiciens parisiens un regard intéressé quand on parle de cet orchestre. Ainsi l’image de la Région Poitou-Charentes est en train de se modifier. Il suffirait de jouer plus souvent à Paris et dans les festivals pour obtenir une reconnaissance du grand public.»
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PHILIPPE GRAUVOGEL
Un label de qualité
Premier prix de hautbois en 1992 au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, Philippe Grauvogel joue régulièrement dans des formations prestigieuses telles l’Opéra de Paris, l’Ensemble intercontemporain ou l’Orchestre national de France. Soliste de L’Itinéraire, ensemble de musique contemporaine, il est aussi premier hautbois de l’Orchestre Poitou-Charentes depuis sept ans. «Il m’est arrivé de refuser un engagement à l’Opéra pour venir en Poitou-Charentes,