prospective
Par Mireille Tabare Photo B r u n o Veysset Bruno
Energies du futur D ans les années 70, après le premier choc pétrolier, l’Europe, pour lutter contre sa dépendance énergétique, s’est engagée dans des programmes de développement des énergies renouvelables. La relance de ces programmes aujourd’hui est liée à deux grandes problématiques : la sécurité d’approvisionnement énergétique et le changement climatique. Sous le vocable «énergies renouvelables» sont regroupées toutes les énergies issues du soleil, soit directement – solaire thermique, photovoltaïque –, soit indirectement – éolienne, hydroélectrique, biomasse (bois-énergie, biogaz, biocarburants) et géothermique. A la suite du protocole de Kyoto en 1997, par lequel les pays industrialisés se sont engagés à réduire d’ici 2012 leurs émissions de gaz à effet de serre, la Communauté européenne a publié en 1998 un livre blanc affirmant le bien-fondé du développement des énergies renouvelables, puis en 2001 une directive fixant à 22 % de la production électrique totale la contribution des énergies renouvelables à l’horizon 2010 (aujourd’hui évaluée à 14 % en intégrant la grande hydroélectricité). Des objectifs qui ne pourront être atteints que si, parallèlement à l’essor des filières d’énergies renouvelables, les Etats mènent une politique de maîtrise de la consommation d’électricité. Pour aider à la mise en œuvre de ces énergies, la France a choisi, plutôt que de subventionner l’investissement, de racheter plus cher le kilowatt-heure produit au travers de ces filières. La filière éolienne sera développée en priorité. En France, deuxième potentiel éolien européen, l’objectif se situe dans une fourchette de 8 000 à 14 000 mégawatts (1 MW équivaut à 1 000 kW) installés d’ici 2010, ce qui devrait se traduire à l’échelon du PoitouCharentes par l’installation d’un parc de machines éoliennes d’une puissance totale de 250 MW, dont 50 prévus en offshore. D’autres filières sont déjà implantées dans la région, à plus ou moins grande échelle. C’est le cas du solaire thermique – production de chaleur à partir de la
Éclairage solaire du village vacances du CNRS dans l’île d’Oléron.
composante thermique du rayonnement – utilisé principalement pour produire de l’eau chaude sanitaire ou, comme à Vouillé, pour réchauffer l’eau de la piscine. C’est le cas aussi de la filière photovoltaïque – production d’électricité à partir de la composante lumineuse du rayonnement – dont les applications sont multiples : utilisation professionnelle et publique (éclairage, horodateurs), approvisionnement de sites isolés en électricité. Une cinquantaine de déchetteries régionales sont ainsi équipées de générateurs photovoltaïques. La petite hydroélectricité est également un secteur à prendre en compte. L’objectif en Poitou-Charentes : passer des 150 GWh (1 GWh équivaut à 1 000 MWh) produits actuellement à 210 GWh en 2010. La croissance constatée de la filière bois résulte principalement d’actions fortes mises en œuvre par la Région et des Conseils généraux, avec le soutien de l’Ademe, auprès des collectivités et des entreprises, comme par exemple le lancement d’un programme de développement de chaufferies collectives à partir de bois déchiqueté. Plus de 160 collectivités sont aujourd’hui équipées de chaudières à bois déchiqueté, et la région détient le leadership en France dans ce domaine. Les gisements de biogaz sont nombreux. On en trouve dans les stations d’épuration, dans les centres d’enfouissement technique d’ordures ménagères, dans certaines exploitations agricoles. Il existe donc des possibilités non négligeables de valorisation de ces biogaz sous forme de chaleur, de carburant, d’électricité. Mentionnons quelques réalisations régionales comme à Rochefort, la production d’électricité à partir de la collecte du biogaz issu de la station de lagunage, ou encore près de Saint-Jean-d’Angély, l’installation par les Etablissements Révico d’une machine fonctionnant à partir du méthane issu de la fermentation des vinasses. La géothermie est une filière déjà bien implantée en France, notamment pour le fonctionnement des réseaux de chaleur urbain (Paris, Jonzac). Des programmes de recherche en géothermie profonde (plus de 5 000 m) sont aujourd’hui développés, dont les applications devraient voir le jour dans les prochaines décennies. 39
s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 58 s