f e m m e s de science
Pendant la Fête de la science, l’Espace Mendès France organise trois rendez-vous à Poitiers sur le thème des femmes et de la science : une exposition s’adressant aux jeunes sur la contribution des femmes dans les sciences exactes, une conférence sur la parité (15 octobre, 20h30) de Françoise CyrotLackmann, physicienne au CNRS (Grenoble), et une table ronde (17 octobre, 20h30) avec Magali Jestin, ingénieur d’études dans l’aéronautique (Snecma), MariePaule Jouannetaud, professeur à l’UFR médecine pharmacie (Poitiers), et Patricia Arnault, maître de conférences en neurophysiologie à l’Université de Poitiers. Nous publions ici le témoignage de femmes de science en PoitouCharentes qui racontent comment elles ont choisi leur voie.
Laurence Simon
Chef d’entreprise en incubation
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aurence Simon a soutenu sa thèse, en décembre 2001, sur la protection des matrices alimentaires par antagonisme bactérien. Au laboratoire de microbiologie fondamentale et appliquée de l’Université de Poitiers, et sous la direction d’Yves Cenatiempo et de Jean-Marc Berjeaud, elle a orienté ses travaux vers l’utilisation potentielle des bactériocines dans les produits carnés, plus précisément contre une bactérie pathogène : Listeria monocytogenes. «Si j’ai eu quelques difficultés à obtenir ma maîtrise car j’étais aussi salariée, à compter de mon DEA, j’ai eu beaucoup de chance, explique Laurence Simon. En fait, mon idée était plutôt d’obtenir un DESS et d’entrer rapidement dans
l’industrie agroalimentaire. Je n’étais pas attirée par le métier d’enseignant-chercheur, mais pendant mon stage de maîtrise j’ai choisi de m’orienter vers des études doctorales, car j’ai bénéficié d’une bourse Cifre dont le partenaire était Rhodia-Food-SAS. Tout au long de ma thèse, j’ai donc été en contact direct avec le monde industriel.» Aujourd’hui, à défaut d’être vétérinaire équin, son grand regret, Laurence Simon est un futur chef d’entreprise. Ecolight, la société qu’elle espère créer d’ici un an est «en incubation» à l’Université de Poitiers depuis le 27 février 2002. «Ce sont en fait mes directeurs de thèse qui m’ont convaincue de créer une entreprise découlant de mes travaux de recherche, dit-elle.
Une lourde résolution. Avec leur aide, j’ai donc bâti un projet, passé des entretiens. Et ce projet a été accepté par l’Incubateur régional Poitou-Charentes. J’ai aussi été beaucoup aidée par les ateliers de la création du Safire.» Le rôle de l’incubateur est d’apporter une aide financière pour certaines études, concernant la liberté d’exploitation par exemple, mais aussi un encadrement, des contacts et un suivi du projet grâce à un réseau de compétences. Il ne rémunère pas les personnes ni les travaux de recherche. Par contre, l’incubateur offre la possibilité de suivre une formation à la création d’entreprise. C’est actuellement l’Anvar qui fournit à Laurence Simon une aide financière de douze mois. Une trop courte année, pendant laquelle elle va devoir finir de développer son projet (un test de l’activité antibactérienne de certaines molécules grâce à un système lumineux), déposer une demande de brevet, faire réaliser une étude de marché et concevoir un «business plan» (la stratégie d’entreprise). Le projet Ecolight a été lauréat, dans la catégorie Emergence, au concours de la création d’entreprises innovantes du ministère de la Recherche en 2002. Les fonds apportés par ce prix vont financer une étude de marché internationale en Europe, Amérique du Nord, voire au Japon.
Laetitia Becq-Giraudon
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Alexandra Pouzet
f e m m e s de science
Vanessa Martin
Destin individuel et histoire collective
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itulaire d’un Capes et d’un DEA d’histoire, Vanessa Martin a récemment obtenu le premier prix national des maîtrises. Effectué sous la direction de Didier Poton, son mémoire porte sur l’itinéraire singulier d’un armateur hollandais établi dans la cité rochelaise du XVIIIe siècle, aussi soucieux de réussite sociale que de reconnaissance publique. Puisant au sein d’un corpus de sources épistolaires vierge de toute investigation, Vanessa Martin est parvenue à retracer les réseaux d’échanges du commerce transatlantique à l’aune d’un destin individuel. De prime abord, cette option méthodologique peut apparaître bien hasardeuse, mais son approche quasi biographique, «micro-historique», offre un éclairage inédit sur les
Boris Lutanie
Alexandra Pouzet
pratiques du négoce maritime du XVIIIe siècle : «Au fil d’un destin particulier, nous avons pu saisir l’écheveau complexe des relations, la multiplicité des espaces et des temps dans lesquels s’inscrit le sujet. Pierre-Jean Van Hoogwerff, en sa qualité d’armateur protestant à La Rochelle au XVIIIe siècle, permet d’appréhender l’histoire des stratégies familiales, des communautés confessionnelles et rend possible une approche nouvelle des enjeux d’une cité, d’une nation, de l’Europe moderne.» Aux antipodes d’une histoire désincarnée fondée sur l’analyse empoussiérée d’actes notariés, toute la singularité de sa démarche réside précisément dans la dimension humaine de la correspondance.
Sélectionné par le comité scientifique de la collection «Historiens de demain», le mémoire de Vanessa Martin, intitulé PierreJean Van Hoogwerff, Chronique d’une ascension sociale à La Rochelle (17291813), est publié par les éditions ADHE.
Isabelle Petit
Ma thèse, une expérience professionnelle
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sabelle Petit est une scientifique dans l’âme. Elle est née dans ce milieu, sa mère étant professeur de physique-chimie. Enfant, elle rêvait de devenir médecin sans frontière. Aujourd’hui, elle est docteur en sciences de l’Université de Poitiers, couronnée en 2000 par le grand prix de thèse de la région Poitou-Charentes. Ses travaux
de recherche, effectués au laboratoire Cytokines de l’Ibmig, sous la direction de Jean-Claude Lecron, portaient sur la régulation de la synthèse des immunoglobulines D (IgD), particulièrement sur le syndrome d’hyperIgD, une pathologie rare, aux mécanismes encore mal élucidés. Isabelle Petit est actuellement ingénieur de recherche au CHU de Poitiers, au sein du Gemci, le groupe d’étude des mécanismes cellulaires de l’ischémie, dirigé par Gérard Mauco, professeur de biochimie et de toxicologie (EA 1223 de l’Université de Poitiers). «Le CHU de Poitiers est très impliqué dans les recherches portant sur les mécanismes cellulaires intervenant au cours de l’ischémie-reperfusion, particulièrement dans le cadre de la transplantation rénale, explique Isabelle Petit (l’ischémie est la diminution, voire la privation, d’apport en oxygène d’un organe, la reperfusion est le rétablissement de cet apport). En effet, si les techniques de transplantation sont aujourd’hui au point, le don d’organes reste un problème majeur de santé publique. Il est donc nécessaire d’augmenter le nombre d’organes disponibles.
Pour cela, nous travaillons sur deux grands sujets : l’amélioration des conditions de conservation des organes dans le cadre de l’ischémie froide d’une part, et la possibilité d’utiliser les organes de donneurs à cœur arrêté (ischémie chaude, à 37 °C) d’autre part. Nous travaillons in vitro, sur des cellules rénales en culture, et in vivo sur le rat et le porc, seul candidat aujourd’hui pour un don dans le cadre d’une xénogreffe. Les perspectives d’applications cliniques sont nombreuses.» De sa carrière débutante, Isabelle Petit retient à la fois le manque de sensibilisation à la recherche pendant ses années d’études et le manque d’ouverture vers les métiers autres que celui d’enseignant-chercheur ou de chercheur dans un organisme tel que le CNRS ou l’Inserm. Elle aimerait aussi que la thèse ne soit plus considérée comme un diplôme de niveau Bac + 9, mais plutôt comme un diplôme de niveau Bac + 5 avec quatre ans d’expérience professionnelle. «Enfin, je n’oublierai pas la création, en 1994, d’un Club Inserm à l’Espace Mendès France, ajoute Isabelle Petit. Le but est de diffuser une information scientifique auprès de jeunes (collèges et lycées) et de débattre de sujets scientifiques dans l’objectif de rencontres nationales annuelles. Au travers de rencontres très diverses et enrichissantes, ces réunions m’ont ouvert de nombreuses portes et apporté une indispensable ouverture sur autrui.» L. B.-G.
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f e m m e s de science
Elise Patole
Pierre taillée des Philippines
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lise Patole-Edoumba, ethnologue et archéologue, est devenue en quelques années la spécialiste mondiale des techniques de pierre taillée préhistorique… aux Philippines. «Deux options s’offraient à moi, au niveau de la maîtrise : la France ou l’Océanie. J’ai choisi l’Océanie. Je voulais étudier des populations qui ne vivent pas, ne pensent pas de la même manière que nous, et tenter de prendre du recul par rapport à ma propre culture.» Elle a commencé par étudier des collections du musée de l’Homme et du musée des Arts africains et océaniens à Paris. Pour sa thèse de doctorat (à l’Université de Marseille), elle choisit d’orienter son étude sur les techniques de pierre taillée préhistorique aux Philippines. «Le terrain était vierge. Ni les Français ni les Philippins ne
s’étaient intéressés à ce sujet. La vision des Philippins, très influencés par les Américains et les Australiens, était que leurs ancêtres ne savaient pas tailler la pierre et qu’ils se contentaient de techniques très rudimentaires.» De 1998 à 2000, elle participe à des missions de prospection et de fouilles archéologiques aux Philippines, va voir des collections de pierres taillées, notamment au nord dans l’île de Luzon, au sud dans l’île de Palawan, où l’on trouve les plus anciennes données préhistoriques. Elle accumule les informations, rencontre les populations, s’imprègne de leur mode de vie. «L’objectif de ma thèse, comme de mes recherches actuelles, c’est de démontrer qu’il existait aux Philippines, aux époques préhistoriques, des techniques originales et des outils bien spécifi-
ques pour la taille de la pierre, tout à fait appropriés à leurs besoins, à leur mode de vie, à leur environnement, et très différents de ce que l’on trouve en Europe.» Les Philippins, qui évoluent dans un environnement essentiellement végétal, ont développé les technologies les plus complexes, notamment avec le bambou. La pierre est, dans ce contexte, un matériau secondaire, qui ne présente pas la même utilité que dans les pays tempérés. «Ainsi, en Europe à la même époque, celui qui taille l’outil n’est pas forcément celui qui s’en servira. Aux Philippines au contraire, la production est immédiate : on taille sur le champ l’outil dont on a besoin. Ce rapport d’immédiateté entre le besoin et la fabrication, entre la pensée et l’action, induit un style de taille bien spécifique, plus souple, plus créatif, facilement reconnaissable.» Elise Patole-Edoumba vit aujourd’hui à La Rochelle. Elle est responsable des collections ethnographiques et archéologiques non européennes au muséum d’histoire naturelle. «Nous réalisons un travail approfondi de documentation sur les collections, pour mieux connaître leur histoire, leur constitution, leurs spécificités, dans le contexte de l’histoire locale, par rapport aux autres collections françaises. L’objectif à terme étant de valoriser ces collections au travers d’expositions temporaires et dans le cadre de la rénovation en cours du muséum.» L’ethnologue, qui a soutenu sa thèse avec succès au printemps, continue ses recherches sur la préhistoire aux Philippines. «Il y a encore tant à apprendre de ce pays, de ces populations, de ces cultures, si diverses du nord au sud. Et les Philippins sont b o u i l l o n n a n t s du désir d’apprendre, d’échanger, de créer.» Elle est d’ailleurs en train de mettre en place une formation, destinée aux Philippins, sur les techniques d’approche européennes de la préhistoire et sur les techniques de fouille.
Mireille Tabare
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Thierry Girard
Christine Fernandez
Expert scientifique au féminin
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ares sont à Poitiers les femmes professeurs dans le domaine des sciences fondamentales et appliquées. Professeur en traitement du signal et des images, Christine Fernandez est de celles-ci. D’aussi loin qu’elle se souvienne, cette mère de quatre enfants a toujours aimé les chiffres et la logique, les mathématiques,
sans pour autant délaisser la littérature. Tout naturellement, elle s’est orientée vers un bac scientifique (C) puis vers une école d’ingénieur en génie informatique, avec préparation intégrée, à l’Université technologique de Compiègne. «J’aurais pu suivre, si je l’avais souhaité, une classe préparatoire aux grandes écoles, comme HEC o u Polytechnique, note Christine Fernandez, mais je n’ai jamais été animée par un fort esprit de compétition, plutôt par un esprit d’équipe. Et l’intérêt pour moi du cursus que j’ai suivi était la présence de modules de culture générale, d’histoire, de gestion, de langue, d’audiovisuel. Ces modules me semblent toujours primordiaux : ils permettent une ouverture vers autre chose et donnent place à la personnalité de chacun.» Pendant ses années d’études, elle n’a jamais ressenti aucune différence parce qu’elle était une femme. «Ce n’est que plus tard, en gravissant les échelons de la «hiérarchie universitaire» que j’ai parfois ressenti une certaine misogynie, dit-elle. Mais je n’ai jamais voulu nier ma féminité ou l’importance de ma vie familiale au profit de ma carrière universitaire. Alors
que dans la communauté scientifique un homme est avant tout un scientifique, la difficulté pour une femme est d’être d’abord regardée en tant que femme, avant d’être écoutée en tant que scientifique. Dans un milieu où une très grande majorité de la population est masculine, un immense progrès reste à faire vis-à-vis des enfants… Car on peut mener de front sa vie professionnelle et sa vie de famille nombreuse, et réussir les deux. Avec parfois des aménagements d’horaires pas toujours bien acceptés. J’ajouterai qu’à mon sens, il faudrait cesser d’opposer trop souvent les femmes et les hommes dans la société.» Christine Fernandez dirige une vingtaine de personnes au sein du laboratoire IrcomSic. Elle est ainsi devenue un expert reconnu dans le domaine du traitement des images sur ordinateur, faisant partie intégrante de diverses délégations internationales pour les normes Iso/Afnor, réalisant des expertises européennes à Bruxelles en matière d’imagerie médicale ou faisant du conseil scientifique auprès de divers partenaires dans le cadre de la mise en place de projets scientifiques. Par ailleurs, elle travaille sur un projet de création d’entreprise dans le domaine du contrôle qualité et du traitement d’images, pour aller jusqu’au bout d’un projet de recherche né au sein d’un laboratoire universitaire. L. B.-G.
Alexandra Pouzet
Véronique Quillet
Polytechnicienne chercheuse d’encres
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éronique Rouchon-Quillet est née à Saint-Etienne en 1966. Après son baccalauréat et deux années de préparation aux grandes écoles, elle intègre, en 1986, l’Ecole Polytechnique de Palaiseau. «Je pensais que c’était une école suffisamment polyvalente pour me permettre ensuite de me spécialiser dans la
branche de mon choix. Je savais déjà, même si c’était encore assez vague, que je souhaitais travailler dans un domaine s c i e n t i f i q u e appliqué aux œuvres d’art. Dans cette optique, j’ai fait mes stages de fin d’étude au Centre de recherche et de restauration du Musée du Louvre, puis une thèse de doctorat sur les accélérateurs de particules – utilisés en restauration, par exemple pour l’analyse des tableaux – au sein du Groupe de physique des solides à Paris VI.» Entretemps, Véronique a fait la connaissance de son mari, Lionel, lui-même collectionneur d’affiches anciennes. En 1989, celui-ci se lance dans la vente de documents anciens, documents qu’il fallait souvent restaurer au préalable. Véronique l’assiste, cherche à améliorer les méthodes et les produits. Cette activité prend de l’ampleur et, en 1993, le couple quitte Paris pour s’installer dans l’île de Ré, dont Lionel est originaire, et y créer un atelier
de restauration de documents et de reliure. «A la même époque, j’ai eu la chance d’être embauchée comme maître de conférences au laboratoire d’étude des matériaux en milieu agressif (Lemma) de l’Université de La Rochelle qui venait d’ouvrir ses portes. J’ai mis à profit ma spécialité, les documents anciens, pour développer un programme de recherche, en liaison avec le ministère de la Culture, sur les mécanismes de dégradation des encres anciennes, et plus précisément sur les dégradations du papier-support, plus ou moins importantes en fonction des e n c r e s utilisées. Nous participons aujourd’hui à différents programmes européens de recherche sur ce thème.» L’Atelier Quillet est associé à ces programmes. En parallèle de ses recherches, Véronique Rouchon-Quillet intervient au sein de l’Atelier dans des fonctions de conseils sur tous les aspects techniques de la restauration, et au niveau de la veille technologique. La société, qui emploie aujourd’hui quarante personnes, est considérée comme l’un des meilleurs ateliers français dans le domaine de la restauration de documents. M. T.
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Thierry Girard
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