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Karine Bonneval histoires naturelles Le muséum de La Rochelle et les sciences de la nature ont nourri la démarche artistique de Karine Bonneval, qui expose à Thouars cet été. Explication et démonstration en images Entretien Dominique Truco Photos Marc Deneyer et Yasmina Bennya
G Les coraux du cabinet de curiosités du naturaliste rochelais Clément Lafaille (XVIIIe), au muséum d’histoire naturelle de La Rochelle. Le Corset de respiration de Karine Bonneval, 1999, voilages, thé (coll. Frac HauteNormandie).
arde-robe de l’attente, Habits de parade, Conversations : Karine Bonneval classe méthodiquement ses œuvres par familles et révèle à travers elles un regard d’éthologue appliqué au genre humain. Approche de son histoire naturelle. L’Actualité. – Quelle est l’origine de l’intérêt pour l’entomologie et la botanique présents dans votre démarche artistique? Karine Bonneval. –
Ce sont les cinq minutes qui séparaient la maison de ma grand-mère, rue des Voiliers à La Rochelle, du muséum d’histoire naturelle, avec son cabinet de curiosités, le cabine Lafaille, son jardin botanique, sa petite rivière, sa fausse grotte, et ses serres remplies de plantes. Pendant des années, j’ai fréquenté le muséum et son jardin chaque dimanche. J’aimais ce capharnaüm de vieilles vitrines remplies de coquillages, d’insectes, de pierres précieu-
ses, d’oiseaux et de quadrupèdes empaillés, de monstres dans le formol et d’étiquettes jaunies. Il y avait aussi les salles d’art océanien et africain avec les têtes réduites qui me faisaient cauchemarder la nuit mais que je devais traverser pour atteindre les animaux naturalisés. Je me souviens d’une étonnante parure de plumes d’une ethnie amazonienne, posée sur un mannequin très réaliste. C’est dans ce plein d’éléments variés que j’ai trouvé mon compte tout au long de l’enfance en complément des travaux manuels de broderie, de perles et découpages. Votre goût pour les sciences naturelles n’a-t-il jamais fléchi ?
Si, pendant l’adolescence. Mais il m’est revenu lors de mon entrée à l’Ecole des Beaux-Arts d’Angoulême où mes premiers travaux se sont construits autour des animaux naturalisés. Alors je suis retournée au mu-
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Collier royal d’Hawaï (XIXe), cheveux humains, ivoire de cachalot, fibres végétales. Coll. du Dr Etienne Loppé. Achat de la ville de La Rochelle en 1956. Marc Deneyer Ci-dessus : Ce que j’ai à te dire, 2002, basane, fil de cuivre, lettres paillettes.
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Karine Bonneval en «habit de parade». Faire la roue, 2001, fleurs artificielles indiennes, raphia. Photo Yasmina Bennya. Page de gauche : oiseaux montés en buisson, cabinet Lafaille. Photo Marc Deneyer.
De haut en bas : Cendrillon est schizophrène, 2000, graines diverses, fil d’or, brocard. Sur le bout des ongles, 2002, agneau plongé, fil de cuivre, lettres paillettes. Collier Jivaro, Equateur-Pérou (groupe Achuar, Shuar ou Shiwiar, haute-Amazonie, fin XIXe-début XXe),
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séum de La Rochelle. Plus tard, quand j’ai rejoint l’Ecole nationale des arts décoratifs de Strasbourg, où j’ai appris à maîtriser de nouvelles matières, le muséum d’histoire naturelle de cette ville est devenu un point d’ancrage tout comme l’opéra et son atelier de bottier. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à collectionner des insectes à carapace et à observer, analyser, le besoin de protection. Est-ce la raison pour laquelle vous avez commencé par créer des chaussures?
coquillages, élytres de coléoptères, bec de toucan. Don de Stephen Chauvet. Parure sans doute portée par un chamane en raison de la présence du bec de toucan.
J’étais obnubilée par les chaussures et, à l’opéra, j’apprenais leurs techniques de fabrication complexe. Mes chaussures détournaient et transformaient le sens de la marche. Certaines, proches de l’herbier, récoltaient des choses au sol, d’autres déposaient des empreintes singulières. Ces premières recherches mettaient seulement le pied en scène. A l’époque, j’étais trop timide pour imaginer investir tout le corps et forcément le mien à un moment donné. J’ai toutefois réalisé une première parure s’apparentant à une panoplie avec masque et chaussures. Après mon diplôme, j’ai tout laissé reposer. J’ai continué à travailler pour la bottière Olga Berluti et à réaliser des corsets et autres parures guerrières en cuir pour le couturier Frédéric Molénac (selon ses dessins). J’ai aussi créé et fabriqué des sou-
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De gauche à droite : Casque de réflexion. 1999, dentales, latex, structure en panama (coll. part.). Photo Philippe Lacombe. Grandes bécasses épineuses, coquillages du cabinet Lafaille. Coiffe des Indiens Marepisanos, Amazonie brésilienne, écorce, fibres végétales, plumes d’ailes d’ara Araruana. Collecté par le Dr Munerati entre 1857 et 1860. Acquise par le muséum en 1935 (échange avec le MHN Marseille). Sirènes de lavabo, 2000, gants de vaisselle, sequins, plomb de pêche.
Que cherchez-vous aujourd’hui dans les muséums d’histoire naturelle?
Yasmina Bennya
liers pour les stylistes Frédéric Baldo et Fred Sathal, ainsi que pour des particuliers. Et sans cesser de collectionner les insectes et de visiter les muséums.
Marc Deneyer
J’y cherche des atmosphères, et j’y vais souvent pour dessiner, par pur plaisir. L’observation finit toujours par développer de nombreuses ramifications qui permettent de m’aventurer plus loin sur ce territoire des mœurs des insectes jusqu’aux rituels ethniques. Je suis toujours en train de décrypter des travaux d’éthologie, éclairant apparence, morphologie et comportement animal appliqué au genre humain. Comment cette observation se traduit-elle dans vos œuvres?
d’invisibles informations, notamment d’ordre hormonal, que notre cerveau émet sans que nous en soyons conscients. Je fais parler le corps sans parole. M a i n t e n a n t , ne vous éloignez-vous pas de la zoomorphie pour aborder la question du langage ?
Par rapprochement formel, je crée des correspondances avec des états psychiques humains. Le Casque de réflexion et le Corset de respiration sont des pièces d’introversion, créées à partir de constats référant au corail, animal ambiguë, apparemment mivégétal mi-minéral et qui, pourtant, respire, se nourrit, vit. La série des Habits de l’attente cristallise cette vie au ralenti. Le casque est constitué de centaines de dentales que j’ai ramassées sur la plage de Châtelaillon. Le corset se noue autour du buste. Les polypes de voile colonisent le corps et l’emprisonnent. Les œuvres appartenant aux Habits de parade jouent au contraire l’extraversion. Le corps se montre, se déploie dans la séduction avec ses couleurs, ses danses, ses parures. Ses signaux transmettent
Ce qui nous différencie des autres mammifères, c’est la parole. Mes Conversations sont muettes. Aucun son n’est émis. J’essaie de détourner une incapacité à exprimer verbalement des réflexions, des sensations. Je donne corps à cette incommunicabilité qui nous envahit parfois, nous contraint. Les œuvres s’attachent à trois éléments de communication : la gorge, la bouche, les mains. Les minerves en basane qui recouvrent le cou et la bouche disent le trouble du langage. Fulgore, du nom d’un insecte, relie les mains de deux interlocuteurs par un bandeau de coton, et travaille la notion de distance et de tension – qui s’établissent dans l’échange entre deux personnes. Simultanément, Conversations secrète cette élasticité de la parole et dessine des cercles de relations de moindre ou grande proximité : selon l’écart, on est amant, parent, ami, collègue… s Les œuvres de Karine Bonneval sont exposées à Thouars, à la chapelle Jeanne d’Arc et au musée Henri Barré jusqu’au 29 septembre. Conversation avec l’artiste le 13 septembre à 20h30. Tél. 05 49 67 93 79
Karine Bonneval est née à La Rochelle en 1970. Après un cursus à l’Ecole des BeauxArts d’Angoulême et à l’Ecole nationale des arts décoratifs de Strasbourg, elle s’est installée à Paris. Elle expose régulièrement à la galerie Martine et Thibault de La Châtre, à Paris. 87
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