Pierre Loti
Remparts contre le temps L’obsession de la survie, qui caractérise à la fois une part de la morbidité récurrente de l’œuvre de Pierre Loti (1850-1923) et sa soif boulimique de jouissances existentielles, passa également par son intérêt fétichiste pour les lieux de son enfance et de ses bonheurs. Le petit bassin construit par son frère aîné dans la cour de la maison familiale n’eut pas moins d’intérêt à ses yeux que la château de la Roche Courbon (près de Saintes) où, adolescent, il avait découvert l’amour dans les bras d’une jolie Gitane. De fait, si ses œuvres mémorialistes en quête des premiers souvenirs (Le Roman
d’un enfant, 1890 ; Prime jeunesse, 1919) malaxent le passé comme une matière fertile et construisent un barrage contre l’oubli, Pierre Loti n’eut de cesse de défendre le patrimoine. Comme il lança un cri d’alarme afin que les ruines de la Roche Courbon ainsi que la forêt attenante soient rachetées et restaurées (Le Figaro, 21 octobre 1908), puis «Contre les vandales» dans Le Figaro également (27 janvier 1913) en faveur du site de Gavarnie, il lutta pendant et après la Première Guerre mondiale, auprès des élus et au plus haut niveau gouvernemental et avec l’aide de son secrétaire l’avocat et journaliste Gaston Mauberger, pour qu’on ne détruisît pas les remparts de Rochefort (déclassés militairement, depuis 1902). Sa santé déclinante ne pourra empêcher les premiers coups de pioche en 1921 – démolition amplement poursuivie après sa mort. Ce qui restera sera heureusement inscrit à l’inventaire des Monuments historiques en 1930… Alain Quella-Villéger
Du même auteur : «Lotirature et temps qui passe», dans le prochain numéro des Carnets de l’exotisme, Le Torii éditions, Poitiers BP 93. Et sa biographie : Pierre Loti, le pèlerin de la planète, Aubéron, 1998.
La vieille porte du Martrou à Rochefort dans les années 20. On voit au fond la guérite de la caserne des marins. Lettre de Pierre Loti à son secrétaire, envoyée de Mirecourt le 11 juin 1916.
s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 57 s
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