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A Niort en 1965, l’artiste abstrait avait conçu et construit sa maison comme une œuvre totale
Par Amélie Fillaud Photos Marc Deneyer
Jean Gorin l’habitat, art total
ean Gorin (1899-1981) est considéré comme le seul disciple français de Piet Mondrian, le maître du mouvement De Stijl. Cet artiste de renom a vécu en Poitou-Charentes de 1970 à 1981. Son épouse étant originaire de la région, il eut à cœur de créer une maison secondaire à Sainte-Pezenne, un quartier de Niort, qu’il a conçue et construite luimême. Il a longtemps rêvé de cette habitation. Dès 1943-1944, il crée un projet de maison similaire qu’il reprendra avec peu de modifications et, en 1965, il dessine les plans de ce qui deviendra «La petite maison de Sainte-Pezenne» en 1967-1968. Seules quelques personnes ont eu le plaisir et la chance de la découvrir route de Coulonges. Même si «ce cube blanc» passe inaperçu de prime abord par sa neutralité, il présente les caractéristiques essentielles du Néoplasticisme : l’imbrication des plans les uns dans les autres, la géométrisation des formes, la présence des fenêtres en bandeaux et du toit-terrasse. Placée
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Etudiante en histoire de l’art à l’Université de Poitiers, Amélie Fillaud prépare un mémoire de maîtrise sur Jean Gorin en PoitouCharentes, sous la direction de Solange Vernois.
sous le signe de la simplicité et de l’épure, cette maison est conçue comme une œuvre totale dont l’artiste a pris en charge l’ensemble de la réalisation, des plans à la création du mobilier. Cette maison à la blancheur uniforme ne se situe cependant pas complètement en harmonie avec les idées du Néoplasticisme qui prône en particulier l’utilisation des trois couleurs primaires. En outre, des contraintes urbanistiques ont sans doute empêché la mise en œuvre d’un bâtiment aux pans colorés. La maison est de petite dimension : elle comporte une pièce principale, une chambre et un coin-cuisine. Le jardin, au fond duquel se situe encore le petit banc de pierre où l’artiste aimait à réfléchir ou tout simplement laisser aller son imagination, se décline comme un véritable havre de paix. La salle de bain est attenante à la cuisine, mais aucun passage ne permet d’y accéder de l’intérieur. Les Gorin devaient donc ressortir de l’habitation pour s’y rendre. Peut-être le désir hygiéniste du couple explique-t-il la volonté d’isoler la salle de bain de toutes sources microbiennes. En effet, le couple Gorin était naturiste et végétarien et il ne mangeait que les légumes de son jardin. Il vivait en quelque sorte en autarcie à SaintePezenne mais Jean Gorin n’était pas coupé du monde car toujours en prise avec l’avant-garde. Il voyagea beaucoup à la fin de sa vie et alternait des séjours à Meudon (où il y possédait un appartement) et à SaintePezenne. L’originalité de cet artiste écologiste avant l’heure est d’avoir adopté une philosophie de vie basée sur le purisme, et il est incontestable que cet état d’esprit a eu une incidence sur son évolution plastique et architecturale. L’artiste a produit de nombreuses œuvres de 1970 à 1981, alliant l’activité picturale à celle d’architecte, sous l’influence de Théo van Doesburg qui, contrairement à Mondrian, s’est détaché du support de la toile.
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Artiste aux multiples facettes, le théoricien Jean Gorin fut aussi peintre, architecte et urbaniste. Toute sa vie, il élabora des projets grandioses dans la lignée de Le Corbusier, comme «la cité résidentielle de Nice» en 1929, mais, de 1970 à 1981, il se concentra surtout sur la fonction des reliefs dans l’espace. Quelques œuvres de Jean Gorin sont aujourd’hui visibles au musée des Beaux-Arts de Nantes et au Centre Georges-Pompidou à Paris. Le fonds du musée de Niort possède également quelques lithographies que Christian Gendron, conservateur du musée, souhaite faire connaître au public dans les années à venir. La majorité de la production – qui s’élève à plusieurs centaines d’œuvres – se situe au musée de Grenoble, en raison des relations étroites établies par Serge Lemoine, alors conservateur du musée, avec l’artiste. Une partie de la collection est présentée dans une salle qui lui est consacrée. Jean Gorin exposa dans des musées internationaux et, durant sa période niortaise, à Bâle, à la galerie Denise René à Paris, à Nantes, à Grenoble et à Dijon. Après le décès de Suzanne Gorin en 1995, la maison fut mise en vente et les biens dispersés. Il est surprenant que «La petite maison de Sainte-Pezenne» n’ait pas été protégée au titre des Monuments historiques parce que, des nombreux projets architecturaux conçus par l’artiste, celui-ci est le seul à avoir vu le jour. s
En haut : Composition spatiotemporelle n° 135 de Jean Gorin, 1997, 103,8 x 204 cm. Coll. Musée des Beaux-Arts de Nantes. Ci-dessus: Amélie Fillaud et MarieChantal Girardin, propriétaire de la maison de Jean Gorin depuis 1996 ; la maison côté terrasse et jardin, donnant sur la cuisine et la salle de bain. Ci-contre: façade donnant sur la rue. On aperçoit la fenêtre et la porte vitrée du séjour (à droite) et la fenêtre de la chambre (à gauche). Page de gauche : dans le vestibule, les portes ouvertes du séjour (gauche) et de la chambre (droite). Les peintures n’ont rien du décor originel. Elles ont été refaites par l’actuelle propriétaire.
BIBLIOGRAPHIE
Jean Gorin, par Alberto Sartoris, Alfieri, 1975 L’œuvre de Jean Gorin, par Marianne Le Pommeré, Waser Verlag, 1985 Jean Gorin, ouvrage collectif, RMN-Musée de Grenoble, 1998
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