paysage nocturne
Quel était votre programme pour la coulée verte à Niort?
Roger Narboni Redessiner la ville D u paysage nocturne, Roger Narboni est un éclaireur au sens noble du terme. Un pionnier qui redessine la ville pour le promeneur. Il travaille le concept et la sensibilité de notre fibre optique. Entretien avec ce poète, invité récemment par l’Ecole municipale d’arts plastiques de Niort. L’ A c t u a l i t é . – Quelle est votre approche du paysage urbain et du paysage nocturne? Roger Narboni. – Le paysage urbain, A v e z - v o u s travaillé dans ces quar tiers ?
La coulée verte de la Sèvre niortaise mise en lumière par Roger Narboni (agence Concepto).
c’est le paysage qu’on regarde, qu’on habite, qu’on traverse quand on se transporte, quand on avance, dans tous nos actes quotidiens. Plus les lieux sont familiers, plus notre regard se banalise. Pour nous, la nuit est l’équivalent de la page blanche. Dans le paysage nocturne, on peut redessiner la ville, offrir de nouvelles perspectives, de nouveaux regards, privilégier ou effacer des choses. On peut donner à vivre la ville esthétiquement et émotionnellement car la lumière est un matériau en relation psychologique et physiologique avec chacun de nous. Dans beaucoup de villes, l’éclairage génère des climats angoissants, car il a été traité de manière banale et fade. Cela se vérifie dans les quartiers d’habitats sociaux, stigmatisés par un éclairage absolument sinistre.
Oui, parce que dans ces quartiers on peut apporter du rêve et métamorphoser l’environnement. Le Clou Bouchet à Niort fut, pour mes confrères et moi, une expérience pilote. En 1992, nous étions les premiers en France à travailler dans une cité HLM. Ce fut fondateur. Par la suite, j’ai pu mener une étude interministérielle sur ces aspects d’ambiance et d’éclairage dans les quartiers dits en difficulté. Dix ans après, le bilan est très positif. Je suis revenu au Clou Bouchet pour questionner les gens dans la rue : ils étaient ravis de la poésie apportée dans leur quartier. Gérard Lancereau, l’architecte en chef de l’opération, et le paysagiste ont fait un énorme travail. En lien avec les jeunes et les personnes âgées, nous avons apporté des réponses correspondant aux attentes des habitants. Les ratios au m2 étaient absolument impensables alors plutôt que d’éclairer les rues où personne ne roule la nuit, nous avons privilégié les chemins piétons. C’était une révolution. On vit et on regarde autrement dans un environnement où la lumière a été pensée.
Nous avions carte blanche du maire pour rendre la rivière et ses abords profitables à la nuit tombée, alors qu’elle était, dans l’inconscient collectif, une zone désertée et mal famée. C’est le Marais Poitevin, présent aux portes de Niort, que nous avons choisi de faire remonter par la Sèvre niortaise. Il s’agissait de se réapproprier le marais en tirant parti de la géographie même dessinée par la rivière au cœur de la ville, avec ses conches, ses îles, sa structure végétale. C’est devenu un lieu de promenade, avec des pointes de 15 000 visiteurs en août. Même les Rochelais sont venus ! Et dans un autre marais, celui de Brouage?
C’est un projet très différent. Brouage était un des plus grands ports d’Europe, étendu sur 60 ha. Aujourd’hui, dans cet immense paysage plat, on ne parvient même pas à repérer à 5 km à la ronde la petite citadelle qui est entourée de remparts de 6 m de haut. Intuitivement, j’ai cherché à raconter cette gloire perdue, à écrire son histoire avec la lumière. Nous avons relevé les traces des anciens ouvrages avancés dans le marais, à partir de cartes aériennes, afin d’en restituer la géométrie avec des balises lumineuses fonctionnant à l’énergie solaire. Ainsi cette architecture militaire disparue pouvait devenir lisible extra-muros et du haut des remparts. En fait, ce projet a été mal compris et nous n’avons pu réaliser que le projet intra-muros. Avec qui avez-vous travaillé à Poitiers ?
Concepto
A la demande du cabinet DeshoulièresJeanneau, j’ai sauvé la place du Conservatoire des traditionnels candélabres. Sur l’idée des jingles, j’ai emprunté le vocabulaire musical : noires pointées sur sept mobiles et blanches au sol. Il y avait peu de moyens. Donc système D avec la complicité d’un fabricant : les verres au sommet de chaque poteau sont des isolateurs haute tension reconvertis (50 F pièce). En ce qui concerne la place du marché, j’étais dans l’équipe de Gérard Lancereau. Nous avons imaginé faire de l’église Notre-Dame le diffuseur de lumière du côté ville médiévale pour laisser le marché, créé par un architecte des Bâtiments de France, dans le noir. Recueilli par J.-L. T
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s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 57 s