nunisme
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Né à Angoulême en 1876, Pierre Albert-Birot
Entretien Boris Lutanie
Pierre Albert-Birot
sont des autre s
L’Actualité. – Quelles sont les circonstances de votre rencontre avec Pierre Albert-Birot? Arlette Albert-Birot. – Universitaires. J’envisageais de travailler sur Apollinaire pour ma maîtrise. Mais alors il était interdit de travailler sur un auteur qui faisait l’objet d’un cours en Sorbonne. J’ai alors pensé travailler sur la baronne d’Œttingen, une émigrée russe, qui vécut à Paris avec son frère le peintre Serge Férat – ils furent responsables de la deuxième série des Soirées de Paris. Sous le pseudonyme littéraire de Roch Grey, elle collaborait à toutes les revues de l’époque et je trouvais intéressant d’aborder la notion historique d’Esprit nouveau à travers ce personnage singulier. Serge Férat me conseilla de rencontrer trois personnes : le peintre Gino Severini, Louis de Gonzague Frick, un des plus anciens camarades d’Apollinaire, et enfin Pierre Albert-Birot, intime de Roch. Tel qu’il m’était décrit, PAB était un ours et pouvait me flanquer à la porte. Résultat : il ne l’a pas fait, et finalement j’ai préféré sa poésie à celle de la baronne. Tout le reste est littérature… Pierre Albert-Birot semble indissociablement lié à sa revue Sic. Quel est votre sentiment à ce sujet ?
fut un électron libre des avant-gardes historiques
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Pierre Albert-Birot entre Solange et Roger Roussot dans Matoum et Tévibar, 1929. Photo Claude Cahun, Fonds Albert-Birot.
rofesseur de littérature à l’Ecole normale supérieure, Arlette Albert-Birot y enseigne la poésie moderne et contemporaine. En 1955, elle rencontre Pierre Albert-Birot (1876-1967) qu’elle épouse sept ans plus tard. Définir qui fut Pierre Albert-Birot n’est pas chose aisée, chercher à le circonscrire dans une époque ou à un mouvement relève de l’aporie. A cheval sur deux siècles, le fondateur de la revue SIC touche à tous les domaines de la création : dessin, peinture, sculpture, gravure, poésie, roman, e s s a i , théâtre, cinéma, autobiographie, épopée… Dans le climat concurrentiel et confusionnel au sein d u q u e l les avant-gardes historiques se livrent bataille, Pierre Albert-Birot fait figure d’électron libre. A l’inflation avantgardiste et aux schismes des ismes, il oppose une toute autre quête, la rec h e r c h e de l’autre Moi. Avec Grabinoulor, épopée s u r r é e l l e , Je sont des autres…
Il suffit de reprendre ses propres mots pour s’en convaincre : «C’est ma fille, je suis son père et elle m’a
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choise avec son premier «poème à crier et à danser» – où il utilise le son en faisant abstraction du signifiant et du signifié – ce qu’il nomme la «poésie pure». Il collabore aux premiers numéros de Dada, à 391, la revue de Francis Picabia, parce qu’il aime les casseurs de vaisselle. Mais en même temps, il affirme que la «vieillerie se détruit toute seule». Pour lui, il est inutile de faire table rase. Quand Dada sera à Paris, les relations s’estompent. Tristan Tzara est un personnage spectaculaire, diamétralement opposé à Albert-Birot. Quant au surréalisme, il est hors du coup, PAB a été totalement et violemment occulté par André Breton.
Quelle place occupe la figure du double dans son œuvre?
Le premier «poème à crier et à danser» de Pierre Albert-Birot. Page de gauche : dessin de PAB, «Tête de femme (étude)», publié dans SIC, n° 15, mars 1917.
En 1927, PAB publie Les Poèmes à l’autre moi. Il déteste son moi de «petit homme mécanique» comme il dit. Il est à la recherche du surmoi, de l’autre. Ces poèmes constituent les premières approches qui se poursuivent à travers un autre personnage qui lui offre toutes les possibilités, le mythique Adam, et, dans les années trente, il écrit Les Mémoires d’Adam. La recherche de l’autre s’accomplit pleinement avec l’invention de l’épopée Grabinoulor, son double exalté qui n’existe que par l’imaginaire et l’imagination. Finalement, celui-là reste, compagnon de route pendant cinquante ans. Ce besoin de dépassement de soi, ce désir de transcender la part humaine est commun à toute démarche créatrice. Grabinoulor est son double merveilleux. Mais dès le Troisième Livre de Grabinoulor, il crée Furibar, un anti-Grabinoulor, un double du double, un double inversé en quelque sorte. On se trouve dès lors en présence d’un trio infernal : le créateur et ses doubles.
Quel regard portait-il sur sa ville natale ?
donné naissance.» C’est grâce à SIC qu’il s’est découvert. Pierre Albert-Birot est un tardif. En 1916, il reste encore sourd et aveugle aux mouvements d’avant-garde. On peut attribuer cela à son éducation classique, à la province intérieure dans laquelle il vit, aux difficultés de sa vie matérielle, à la culture excessivement académique de ses maîtres de l’Ecole des Beaux-Arts… Mais une chance s’offre à lui en la personne de la musicienne Germaine de Surville qu’il épouse en 1913. Elle croit vraiment en lui et le soutient lorsqu’il décide de fonder SIC. Contrairement à la revue Nord-Sud de Reverdy, qui paraît plus d’un an après SIC, les premiers numéros de la revue paraissent assez hétéroclites, dépourvus de ligne éditoriale sûre. En gros, il a soif de «tout casser», mais comment ? Par chance il rencontre Severini – représentant à Paris du futurisme italien – par l’entremise duquel il fait la connaissance d’Apollinaire. A dater de ce jour, PAB rattrape très vite le temps perdu.
Pierre Abert-Birot se définissait par la négation : «ni futuriste, ni cubiste, ni dadaïste, ni surréaliste». Quels rapports entretenait-il avec l’avant-garde?
PAB pensait qu’un jour ou un autre, on s’intéresserait à sa vie. En 1952, il a donc écrit son autobiographie, la recréant en toute bonne foi, comme il arrive souvent. Sur les soixante pages qu’elle compte, vingt-six concernent Angoulême, la ville qu’il quitte à l’âge de quinze ans pour Bordeaux, puis Paris. PAB y vécut une enfance très heureuse. La ville natale, les plages de sable de Royan constituent son terreau primordial. Il reviendra en 1914 pour se faire réformer. Je crois qu’il n’y retournera plus pendant soixante ans… Nous sommes venus en 1958, entrant par L’Houmeau, un quartier populaire où il fut dans l’incapacité de nous guider. Lui, qui connut bien des vicissitudes de la vie, il redevint là l’homme du Plateau, le petit bourgeois du XIXe siècle, plus proche des Illusions perdues que de combats des avant-gardes. Si Pierre Albert-Birot entretenait un rapport lointain avec sa ville natale, il la promenait partout : un mot, un paysage, un nom, une situation surgissent souvent au détour d’un poème et des Six Livres de Grabinoulor. s
BIBLIOGRAPHIE
Théâtre, 6 volumes, Mortemart, Rougerie, 1977-1980. Les Mémoires d’Adam suivis de Les Pages d’Eve, L’Allée, 1986. Poésie, 8 volumes, Mortemart, Rougerie, 1987-1996. Autobiographie suivie de Moi et Moi, Troyes, Librairie bleue, 1988. Les Six Livres de Grabinoulor, Jean-Michel Place, 1991. SIC, 1916-1919, reproduction anastatique, Jean-Michel Place, 1994. Marie-Louise Lentengre, Pierre Albert-Birot, L’invention de soi, Jean-Michel Place, 1993. Madeleine Renouard et als, Pierre Albert-Birot, Laboratoire de modernité, colloque de Cerisy, Jean-Michel Place, 1997.
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Il n’est pas un homme de groupe. PAB est agacé par toutes ces querelles autour du cubisme et des autres ismes. L’idée d’adhérer à une école lui est étrangère et il invente le nunisme, du grec νυν, maintenant. J’ai longtemps cru à une boutade de sa part, mais non, c’était vraiment sérieux. Le dadaïsme l’intéressa un temps. C’était en 1916 au tout début de Dada. Il donne à la revue zuri-