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La recherche québécoise a entrepris d’exploiter les archives françaises, soit des centaines de milliers d’actes notariés et registres paroissiaux, pour reconstituer la population des pionniers de la Nouvelle-France Entretien Boris Lutanie Photos Marc Deneyer et Sébastien Laval
Etat des lieux ves Landry est chercheur en histoire quantitative à l’Université de Caen. D’origine québécoise, Yves Landry dirige une enquête scientifique sans précédent sur l’ensemble des 30 000 Français ayant migré vers la Nouvelle-France.
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autre, basée à Tourouvre dans le Perche (département de l’Orne), s’intéresse à l’ensemble des 30 000 Français qui sont partis vers la Nouvelle-France au XVIIe et au XVIIIe siècle. Les émigrants du Poitou-Charentes sont inclus dans l’étude que nous entendons mener à l’échelle de toute la France. De quelle façon allez-vous procéder?
L’Actualité. – Quels sont les enjeux de ce colloque ? Yves Landry. – Les relations entre la France, le Qué-
bec et le Canada s’intensifient de plus en plus. Il y a des enjeux économiques mais également des enjeux culturels. Depuis quelques années, un tournant a été pris dans le sens où l’on essaye de rapprocher les racines des Québécois des Français actuels. Il y a des enquêtes qui sont actuellement menées et d’autres qui devraient bientôt être engagées. Notamment en Poitou-Charentes, une enquête sera lancée sous peu. Une
Nous allons construire une banque de données informatisées sur la population percheronne aux XVIe et XVIIe siècle. Le but étant de reconstruire cette population à l’aide des registres paroissiaux et des actes notariés. Les pionniers percherons sont à l’origine de ce pays qu’est le Québec. Ces Percherons sont en effet partis au tout début de la colonie dans les années 1630 à 1650. Même s’ils ne sont qu’environ 300 à être iden-
Ci-contre, l’église de La Chaussée, près de Loudun, village où l’on peut visiter la Maison de l’Acadie (05 49 22 35 38). Il a donné des pionniers, ainsi que les paroisses proches, notamment Arçay, Aulnay, Martaizé, Moncontour, Monts-surGuesnes, Rossay, Verrue. 28
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Marc Deneyer
tifiés nominativement, leur poids dans le patrimoine génétique des Québécois est beaucoup plus important que leur nombre. Le risque qu’une maladie d’origine génétique vienne d’un émigrant percheron est à peu près de deux sur quatre. En Poitou-Charentes, ils étaient beaucoup plus nombreux mais leur poids génétique est bien moins important. Comment expliquer cette différence?
Le fait que ces Percherons soient partis au tout début de la colonie est déterminant. Lorsque l’on fait son arbre généalogique, on voit bien que le nombre d’ancêtres double à chaque génération. On les retrouve partout, dans tous les arbres généalogiques. Ils ont eu une descendance très importante. Les tout premiers p i o n n i e r s étaient Percherons, ceux du PoitouCharentes sont arrivés un peu plus tard. L’enquête que l’on mène est complémentaire de celle menée dans le Poitou-Charentes. De ce fait, nous encourageons ce qui se passe ici et nous espérons bien y collaborer. C’est donc une rencontre importante pour bien fixer les balises des enquêtes qui seront menées. A partir de quelles sources travaillez-vous ?
Je suis d’origine québécoise et j’ai travaillé pendant une vingtaine d’années sur ces immigrants français à partir des sources canadiennes. Mais si l’on veut saisir les raisons précises pour lesquelles ces émigrants sont partis, les sources canadiennes ne sont pas suffisantes. Elles ne nous permettent pas vraiment de déterminer le profil socioéconomique de ces immigrants et les multiples causes de cette émigration. Il faut donc exploiter les sources françaises et c’est pour cette raison que je réside en France depuis six ans. Mon parcours m’a amené à l’Université de La Rochelle, puis à l’Université d’Artois dans le Pasde-Calais, et actuellement je suis au Centre de recherche d’histoire quantitative à l’Université de Caen qui a montré beaucoup d’intérêt pour cette enquête. Je suis aussi rattaché à l’Université de Montréal. Vo u s bénéficiez d’un budget sans précédent. Comment expliquez-vous le regain d’intérêt dont bénéficie ce type de recherche?
Sébastien Laval
«Le gouvernement canadien nous a octroyé un budget de deux millions de dollars pour mener cette enquête» teurs ainsi qu’un personnel de dépouillement. A partir du mois de janvier, ce dernier va s’atteler à dépouiller plus de 330 000 actes notariés et plus de 300 000 actes de baptêmes, de mariages, de sépultures pour la période du début des archives : courant XVIe siècle jusqu’en 1700. Tous ces résultats seront l’objet d’un traitement informatique et ces données seront disponibles sur Internet. On va ainsi reconstituer toute la population des trois cantons de Mortagne, Bellême et de Tourouve, ainsi qu’une quarantaine de communes. Notre équipe se compose essentiellement d’historiens, mais nous avons aussi un informaticien et un généticien. L’aspect génétique est primordial en raison de certaines maladies héréditaires qui ont été transmises. Les généticiens québécois nous ont affirmé que nos recherches étaient fondamentales pour leurs travaux sur les mutations génétiques introduites au Québec. Pour nous, c’est un encouragement supplémentaire, et ceci explique aussi pourquoi nous avons un tel appui de la part des autorités canadiennes. C’est un projet gigantesque qui nécessite des moyens considérables. J’espère qu’un tel projet fera tache d’huile en France. s s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 55 s 29
Le gouvernement canadien nous a en effet octroyé un budget de deux millions de dollars pour mener cette enquête. En sciences humaines et en histoire en particulier, l’octroi d’un tel budget est rarissime. Nous bénéficions d’une liberté scientifique à peu près totale. Notre projet a été avalisé par les plus hautes autorités politiques du Canada. Le Premier ministre est venu dans la région de la Basse-Normandie il y a un an. Nous lui avons présenté ce projet de Maison de l’émigration française au Canada. Il s’agit d’un projet de musée auquel est rattaché un volet recherche très important. Ce volet implique le recrutement de chercheurs et de collabora-
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