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«La notion de lieux de mémoire excède de beaucoup l’inventaire patrimonial»
«Depuis le traité de Paris de 1763, les liens ne sont pas rompus» et «à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, l’attachement des deux peuples s’exprime sur le plan diplomatique par, notamment, la venue du navire La Capricieuse, la création du Québec en 1858, du consulat de France et la nomination à Paris, en 1882, d’un agent commercial et financier du Québec en la personne d’Hector Fabre.» L’histoire, aussi prestigieuse soit-elle, n’est pas à la l’abri d’un nivellement progressif. Marcel Masse dresse le constat suivant : «Dans un contexte de mondialisation et de médiatisation qui tend à l’uniformisation des cultures et des sociétés, le déséquilibre entre mondialisation et identité se traduit par un besoin et une volonté de renouer avec nos racines et notre histoire.» Au risque de déperdition identitaire s’ajoute celui d’un manque relatif d’intérêt pour cette mémoire commune. Marcel Masse déplore un «important déficit de la connaissance de cette histoire de part et d’autre de l’Atlantique». Méconnaissance sans doute plus sensible encore chez les Français que chez les Québécois. Pour combler ces lacunes, il était plus qu’urgent de «développer des axes d’échange de connaissances sur ces lieux de mémoire communs aux Français et aux Québécois». Ce développement des relations francoquébécoises impliquait la création d’une organisation bilatérale : «C’est en ce sens qu’en décembre 1996, alors délégué général, j’ai proposé, à l’occasion de la 55e session de la Commission permanente de la coopération franco-québécoise, la création d’une commission binationale sur les lieux de mémoire communs.» Le travail d’identification et de définition nécessite une multiplicité d’approches. La notion de lieux de mémoire excède de beaucoup l’inventaire patrimonial, ces lieux peuvent, en effet, se révéler extra-géographiques, immatériels comme la langue elle-même. Ici la pluridisciplinarité n’est pas un vain mot, elle se justifie par la complexité de «cette notion qui admet une variété d’approches, qu’elles soient historiques, ethnologiques, sociologiques, scientifiques, musicologiques, muséologiques, littéraires, etc.». Le concept de mémoire lui-même n’est pas univoque, il recouvre une diversité d’aspects, «mémoire personnelle, mémoire régionale, mémoire nationale». Et Marcel Masse d’affirmer : «Pour nous, la France est le lieu de provenance de notre mémoire commune et l’Amérique française, le lieu d’accomplissement». B. L. s
A la redécouverte de
l’«Amérique française»
ncien ministre du gouvernement fédéral à Ottawa, Marcel Masse est coprésident de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs. La Commission s’attache à redéfinir et à réactualiser l’ensemble des repères historiques et culturels qui lient la France au Québec : «Pendant près de 250 ans, du début du XVIe siècle au milieu du XVIIIe siècle, le destin des deux peuples est intimement lié. Ils vivent la même aventure, celle de l’Amérique française.» Aventures et tribulations d’une migration transocéanique qui, en dépit des distances géographiques, n’ont jamais aboli la relation quasi ombilicale entre le Québec et la France.
Sébastien Laval
A
Ci-dessus, Marcel Masse.
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s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 55 s