bande dessinée
Martin Veyron préside la 29e édition du Festival international de la bande dessinée. Un dessinateur avide d’expressions multiples
Entretien Astrid Deroost Photo Mytilus
Martin Veyron la révélation de l’écriture
pour cela que je me suis tourné vers la bande dessinée. On pouvait ajouter des bulles, du sens... J’avais un dessin anecdotique, un dessin qui raconte des histoires. J’adore l’anecdote, les images qui me parlent d’une chose que je n’ai jamais entendue. Et c’est en faisant de la bande dessinée que je me suis rendu compte que je pouvais écrire. L’écriture était l’art sacré de la littérature, je ne m’y serais pas aventuré, ce n’était pas ma vocation. Enfant – et enfant sans télévision –, j’avais le goût des livres. J’étais un gros lecteur de bonne littérature de divertissement. Je lisais Dumas, Verne, Stevenson avec toujours l’envie de découvrir... Je n’étais pas un fondu de bande dessinée, j’en ai lu vers l’âge de 15 ans mais j’ai dû arrêter vers 25 ans. Le fait de pratiquer plusieurs disciplines me semble assez évident. Quand on est dessinateur, on peut tout faire, et je voulais tout faire. C’est une volonté liée aux hasards. Ensuite, il y a des techniques d’écriture différentes, on installe davantage une scène au cinéma, on utilise l’ellipse d’une autre manière. Faire un roman est ce qui m’a le moins fait souffrir mais, en supposant que cela marche, je ne voudrais pas être uniquement romancier. Le dessin me manquerait.
La bande dessinée est-elle la discipline qui vous correspond le mieux ?
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utre son œuvre dessinée, actuellement présentée au CNBDI, Martin Veyron a coécrit le scénario de Circulez, y a rien à voir, film de Patrice Leconte (1983), a écrit et réalisé L’Amour propre (ne le reste jamais très longtemps), tiré de l’album éponyme (1985) et a coécrit le scénario de Tandem, réalisé par Patrice Leconte (1987). Son roman, Tremolo Corazon, a paru en 1996 aux éditions JeanClaude Lattès. Martin Veyron a également écrit des chansons et notamment Vas-y mollo pour Henri Salvador, «la seule qui ait été enregistrée», précise-t-il.
L’Actualité. – Vous pratiquez l’écriture pour la narration graphique, mais aussi l’écriture romanesque, cinématographique, l’éditorial, la chanson. Mar tin Veyron. – Mon intérêt de départ, c’était le des-
La bande dessinée me correspond dans la mesure où elle m’a accueilli et permis de gagner ma vie. Mais c’est un médium globalement très mauvais et souvent discrédité. On ne traite pas les auteurs de bande dessinée comme on traite, par exemple, les cinéastes. Et certaines revues respectables ne présentent pas la production de qualité, d’autres en parlent du bout des lèvres... La bande dessinée reste un ghetto avec des lecteurs fétichistes.
Etes-vous attiré par d’autres genres littéraires, notamment par le théâtre ?
sin. Je l’ai pratiqué d’abord dans la presse mais je souffrais de constater que la bonne idée ne passait pas. C’est
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C’est le rêve. Ne serait-ce que pour l’excitation des retours : être dans une salle, sentir le public, c’est
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une chose que l’on envie aux chanteurs et aux comédiens. Mais comme je ne suis ni boulevardier, ni auteur d’avant-gar de, la difficulté serait de monter une pièce, de convaincre un directeur de salle comme par le passé, un producteur. Les univers sont très cloisonnés. Je le remarque lorsque je fais des livres pour enfants.
L’ironie est-elle votre figure de style préférée ?
L’ironie est ce que j’apprécie le plus chez les autres. L’ironie voltairienne, celle des auteurs anglais m’enchante. Ce qui m’a toujours intéressé, c’est l’hostilité, le fait d’utiliser une espèce d’agressivité latente, l’aspect injurieux des relations. Dans les Exercices de R a y m o n d Queneau, j’aime précisément le style injurieux. Parler de deux personnages qui échangeraient des propos sucrés ne serait pas amusant mais ennuyeux.
Ironie, art du dialogue, souplesse du trait... Est-ce la définition de votre style ?
Le dialogue de bande dessinée, c’est l’art de la concision. Le texte ne doit pas être choquant, les gens doivent s’exprimer selon leur fonction sociale et professionnelle, selon leur âge et leur sexe. C’est un mélange de littérature et de vernaculaire. Le langage quotidien ne passe pas. Il ne faut pas non plus tomber dans le bon mot d’auteur, qui donnerait un texte trop folklorique. Pétillon fait cela très bien même dans le dessin de presse, Bretécher également, en inventant un langage jeune. On sent vraiment les rapports qui unissent les personnages. Chez les plus jeunes, je trouve parfait le travail de Sfar, Trondheim, David B. ou Matthieu Blanchin. Mais la plupart des auteurs utilisent un français laborieux qui ne dépasse pas le niveau troisième... Quant à la souplesse du trait, je dirais plutôt mollesse. Je suis un bon dessinateur mais j’étais un mauvais encreur. Au départ, on trouvait mon dessin moche et sale. Aucun outil ne me convenait vraiment jusqu’à ce je découvre le feutre-pinceau. J’ai désormais un vrai plaisir à encrer.
Dessin de Martin Veyron pour L’Actualité Poitou-Charentes, inspiré par un texte écrit le 9 mai 1940 par André Breton. L’écrivain était alors mobilisé comme médecin à Poitiers (cf. Via Poitiers, éd. Atlantique Le Torii, 1998).
L’obser vation de vos contemporains est-elle une source inépuisable d’inspiration ?
Je regarde le monde, les gens avec intérêt et sans cynisme. J’utilise des stéréotypes. L’idée du prochain album serait de parler des soixante-huitards à travers trois portraits de femmes. Evoquer cette génération qui a eu du bol, le pouvoir et qui n’a pas été très généreuse, bien sûr tous (ses représentants) ne sont pas comme cela. Dire : il ne fallait pas faire de si belles annonces. Aujourd’hui, mes préoccupations vont vers des récits plus élaborés. Bernard Lermite était un personnage de pure fantaisie et je voulais me débarrasser de ce personnage récurrent. Moi-même mûrissant, je me dis : «Faisons plus sens» et à la fois, je m’interroge. Ne dois-je pas réserver certaines préoccupations à ma réflexion citoyenne et en revenir à des choses plus légères ? s
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