atlantique
Un pionnier de la science-fiction française fut le chantre de l’île d’Oléron
Par Claude Deméocq
Maurice Renard
Oléron, île «sérénissime»
En haut, Maurice Renard en 1935, sur le trajet Chapus-Oléron, et ci-dessous, en 1939, une de ses dernières photos.
E
n 1905, Maurice Renard publie son premier recueil de contes, Fantômes et fantoches1. Dans cet ouvrage apparaissent les prémices d’un genre littéraire nouveau, le merveilleux scientifique, ancêtre de la science-fiction. En 1908, Le Docteur Lerne, sous-dieu, est qualifié par Apollinaire de «subdivin». Viendront ensuite Le Voyage immobile, Le Péril bleu. Cet écrivain, né en 1875 à Châlons-en-Champagne, compte parmi ses amis Henri de Régnier, Rachilde, Colette, Rosny aîné et Jean Ray2.
Après 1918, Maurice Renard entame une nouvelle carrière littéraire où voisinent le merveilleux scientifique (L’Homme truqué, Les Mains d’Orlac, Le Singe écrit avec Albert-Jean, L’Invitation à la peur, Un Homme chez les microbes, etc.), les romans policiers (Le Mystère du masque, Le Bracelet d’émeraudes, etc.), les romans historiques et sentimentaux, et plus de six cents nouvelles. Il entend parler d’Oléron pour la première fois en 1911 grâce à l’écrivain Aimé Graffigne qui possède, près du Château-d’Oléron, le pittoresque moulin de la Côte. En 1924, Maurice Renard arrive dans l’île avec son ami Graffigne et le poète Charles Derennes. Il est vite séduit par le calme, la lumière. Le voilà loin de ses habituels séjours à Nice, guindés et pesants ! «Ici, la campagne a la tranquillité d’intérieur, d’un intérieur familial, très intime et bon.» «L’île d’Oléron : quelque chose d’absolu... sérénissime.» Le mois lui semble très court ; le 31 août, il écrit à sa femme partie en son Bugey natal : «J’ai été un peu flemmard pour écrire depuis mon débarquement dans l’île paisible d’Oléron. [...] C’est vraiment le lieu du monde le plus calme. Du sable, de la verdure, une mer adoucie entre la côte et l’île. Peu d’habitants, tous quiets. Jamais un mot plus haut que l’autre, jamais de colère ni même d’animation. Ils sont gais sans éclat. Tout cela produit une impression de ralenti qui m’est extrêmement agréable. Il semble qu’ici, tout le monde est honnête. Graffigne ne ferme jamais ses portes.» Durant l’été 1925, puis en 1926, il revient dans l’île, au Château d’abord, à côté du moulin de la Côte, chez la famille Porché. En 1927, il trouve pension au Chaudron, près du Riveau chez M. et Mme Greleaud. En 1928, il est à nouveau chez les Porché où il termine La Divine empreinte, le premier conte qui traduit son amour pour Oléron. Les séjours dans l’île se renouvellent d’été en été.
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En février 1930, Maurice Renard fait publier, La Jeune Fille du yacht, dans le supplément littéraire de L’Illustration. Succès populaire immédiat. Le 26 mars 1930, Crès signe un contrat pour une parution en volume de dix mille exemplaires ! Certaines couvertures seront estampillées dix-neuvième édition ! Ce roman partiellement autobiographique est un hymne à l’île d’Oléron. Le héros découvre l’île par la mer, car alors, il n’est point de pont ! «Au sortir du train, avant de s’embarquer sur le vapeur, Jacques Cernay découvrit, comme l’autre rive d’un large fleuve, l’île d’Oléron. Longue, basse, bien verte au-dessus de la ligne pâle des sables, elle traçait une mince barre de solidité entre la mer paisible et le ciel immense où, derrière elle, le soleil se couchait à grand spectacle. Le calme surprenait ; les bruits étaient rares, les voix semblaient contenues. Le soir silencieux et magnifiquement embrasé avait pour le voyageur quelque chose d’exceptionnel.» «LES PLUS GRANDES LEÇONS DE PHILOSOPHIE, DE MORALE» La plage de Vert-Bois au soleil couchant suscite nostalgie et admiration : «La journée s’achève. La lumière est si pure qu’on dirait que Dieu vient de nettoyer l’univers ; et toutes les couleurs s’y marient merveilleusement. L’Océan où s’agite la moitié du monde, arque toutes ses échines en faisant son vieux grondement. […] C’est un grand soir philosophique, empreint d’une paix indicible.» Dans la revue Vient de paraître, Paul Fort, ami et rémois, écrit : «Je viens de lire La Jeune Fille du yacht et je découvre un nouveau Maurice Renard. Un Maurice Renard psychologue, descriptif, sentimental et tout aussi séduisant, ma foi, que l’auteur du Docteur Lerne ou du Péril bleu. Le romancier s’est souvenu qu’il était poète tout en n’oubliant pas qu’il est un solide écrivain ; j’ajoute, un conteur génial. Tout Oléron, ses lagunes, ses salines, sa lande d’immortelles, son fort et ses tamaris embaument ces pages baignées de lumière, rayonnantes comme l’océan au grand soleil. Vous avez décrit votre île d’une plume amoureuse.» Léon Bocquet, dans la même revue, affirme que l’intrigue bénéficie «d’une ferveur toute romantique et du sens aigu du modernisme qui marque l’œuvre de Maurice Renard d’une sobre poésie», et que l’auteur «atteint presque la perfection». En décembre1930, Les Feuillets bleus résument le roman : «Où placer le bonheur ? Dans l’amour ? Dans la tendresse ? Tel est le problème que M. Maurice Renard a mis en scène dans l’éclatante lumière de l’île d’Oléron. C’est donc, avant tout, une œuvre de sentiment et de p s y c h o l o g i e amoureuse que nous donne aujourd’hui le plus ingénieux des romanciers d’aventures.» Début 1931, Abert Dubeux dans L’Alliance littéraire considère «le roman comme
une œuvre pleine d’amertume et de tendresse». L’avis du journal de l’île, L’Initiative, est aussi intéressant. Le bouillant rédacteur, Paul Cadars, en juillet 1931, écrit : «Voici un roman où Maurice Renard a mis toute son exquise sensibilité de poète, dans un décor de rêve, où se déroule une action dramatique. […] Maurice Renard s’est laissé envoûter par notre île.» L’île est aussi présente dans d’autres ouvrages : Le Maître de la lumière, roman de science-fiction (1933), commence par un voyage de La Rochelle à Saint-Trojan en passant par l’île d’Aix, et deux chapitres du feuilleton Une Rose sous l’orage (1936), devenu Fleur dans la tourmente au fil de sa publication dans Le Petit Parisien, se passent sur la plage préférée de Maurice Renard : «C’est à Vert-Bois que j’ai pris les plus grandes leçons de philosophie, de morale.» Lorsqu’il réside, à partir de 1930, dans l’île, c’est dans la maison de vacances3 , blanche, aux volets bleus, acquise par sa seconde femme, près de Dolus. Pendant dix ans, chaque année, les époux vont y goûter repos et recueillement, recevant enfants, amis : Aimé Graffigne, Albert D u b e u x , Claude Farrère, Henri-Jacques Proumen... Mais, comme Maurice Renard l’exprime dans une lettre adressée en octobre 1933 à son amie la romancière et journaliste Simone Saint-Clair, il apprécie plus modérément le mauvais temps : «Je vous écris au sein des tempêtes. Pluies et vents singulièrement dynamiques. C’est l’assaut, la charge ! On se demande ce qu’on leur a fait. Ça devient sévère ici. Aussi, dimanche... la fuite !» La vie locale ne le laisse pas indifférent. Contacté dès 1931 par Paul Cadars, Maurice Renard devient, au sein de la Société des amis de l’île d’Oléron, l’actif promoteur de la pose d’une plaque en hommage à Pierre Loti sur la façade de la maison des Aïeules, à Saint-Pierre (le 15 août 1934). Il est aussi président de l’Union amicale oléronaise et il s’active pour la promotion de l’île et pour la protection de son charme unique. Il meurt à Rochefort, âgé de 64 ans, le 18 novembre 1939, au cours d’une opération de la prostate. Oléron sera sa dernière demeure, au cimetière de Dolus. Avec Jules Verne et Rosny aîné, Maurice Renard est un des pionniers de la science-fiction française. Son œuvre de merveilleux scientifique est connue du monde entier, comme le montrent les nombreuses traductions de ses romans en allemand, anglais, russe, polonais, tchèque, italien, espagnol, etc. Le charme distingué de Maurice Renard réside dans la qualité de son imagination et dans son art de conteur. Ses nouvelles fantastiques, de mystère et de merveilleux scientifique sont des modèles de ces genres. «Maître du mystère» comme le célébraient ses amis, «scribe des miracles» comme il s’instituait lui-même, Maurice Renard reste, avant tout, un écrivain attachant que l’histoire littéraire néglige quelque peu. s
Le Croît vif esprit Charentes
L’histoire, les habitants, le cadre naturel des îles et de la côte charentaises n’ont cessé d’inspirer les écrivains. Le Croît vif exhume cette mémoire littéraire et culturelle, et l’enrichit. Le fondateur de ces éditions charentaises, François Julien-Labruyère, apporte aussi sa contribution, notamment dans L’Alambic
de Charentes. Quelques titres au fil du
catalogue : Ernest ou le travers du siècle (1829) de Gustave Drouineau, situé en partie à La Rochelle et alentour ;
Jarousseau, pasteur du désert (1852)
d’Eugène Pelletan ; Grands Charentais et
Charentes… j’écris ton nom (anthologie
des poèmes charentais) d’Andrée Marik,
François Mitterrand et les Charentes de
Vincent Rousset, Claude de Geneviève Fauconnier (prix Femina 1933). www.croitvif.com Chez d’autres éditeurs, signalons
La Nuit de l’île d’Aix de Gilbert Prouteau
(Albin Michel, 1985), L’été finit sous les
tilleuls de Kléber Haedens, paru en 1966
(«Les cahiers rouges» Grasset, 1988).
1. Réédité par le Fleuve Noir en 1999, avec une importante bio-bibliographie de Claude Deméocq. 2. Voir Le Visage Vert, Ed Loosfeld, nov. 1999, l’article de C. Deméocq : «19221939, Jean RayMaurice Renard, une amitié littéraire ?» 3. Il y écrira de nombreux contes ayant pour cadre l’île d’Oléron, réédités en 1998 par le Local sous le titre de Contes atlantiques et préfacés par C. Deméocq. Le Local a publié, en 1999, une réédition de La Jeune Fille du yacht.
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