Texte et peintures Claude Margat
Notes d’atelier
Calligraphie. Le poignet commence à nager mieux. On me dit que mes paysages débordent d’étendue. En réalité, cela fait bientôt quarante ans que je les arpente. J’y ai vécu tant de délicieux instants que ma mémoire s’en est tout simplement imprégnée. Lorsque je suis en train de peindre un paysage, celui-ci apparaît comme s’il émergeait de ma vue. J’oublie totalement ce que fait ma main. Je poursuis la contemplation, puis le rêve autrefois commencé. L’action de peindre finit par conduire le regard vers ce qu’il ne doit absolument pas manquer. Pendant le jour, dans le ciel, la source de lumière est unique. La peinture à l’encre fait surgir la lumière de partout. Pendant les nombreuses périodes d’attente qui entrecoupent l’accomplissement d’un lavis, le silence se creuse et s’intensifie jusqu’à faire «penser l’encre». Calligraphier, c’est entrer dans une forêt de gestes. Le corps s’imprègne de la réalité physique des choses comme la rétine s’imprègne de l’image. Ce qui donne vie à la peinture, c’est l’empreinte invisible que le corps y laisse. Lorsque j’observe les choses avec le regard du rêve, le regard du rêve atteint les choses à travers moi. L’exercice assidu de la calligraphie chinoise dévoile que chaque geste possède une ossature «dans le vide». Lorsque je peins un paysage je me trouve simultanément dans le papier et dans l’espace. Rien ne justifie un choix esthétique plutôt qu’un autre, mais au-delà du choix effectué, le rapport d’efficacité reste identique. L’œuvre fonctionne ou pas.
Paysages de marais, encre de Chine sur Xuan, 105 x 18,6 cm, et 13,2 x 12,6 cm (page de droite).
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Le visible est la ligne de résonance de l’Immense. En peinture, il faut que le sujet devienne le lieu de résonance de l’Immense, que le visible ainsi recomposé rende tangible une présence intentionnelle au sein des choses. Ce qui est visible dans un paysage peint doit évoquer ce qui ne l’est pas. Plus on s’exerce à la calligraphie chinoise et plus on a la sensation de nager à l’intérieur du signe que le pinceau dépose. L o r s q u ’ o n peint un paysage, il faut l’ouvrir où s’efface le visible, où il devient indiscernable, car c’est de l’indiscernable qu’il surgit.
s Claude Margat, né en 1945, vit à Rochefort-sur-Mer. Il a publié des romans et de la poésie. Dessine et peint aussi depuis 1990. Ses encres de Chine et ses «caricatures» son régulièrement exposées en France (médiathèque de Poitiers en 2000). Livres récents : Vision dans le silence (poésie), Unes, 1997, Exorcismes, éditions Hesse, 1998, Rêves de plume, éd. de L’Attentive, 2001.
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