p a rc o u r s
Par Jean-Luc Terradillos Photo Mytilus
Les artistes sont toujours
en avance séminaire, puis du lycée de Poitiers, sans briller, il avoue n’avoir jamais eu le goût des études, peut-être à cause de profs «trop barbants». En revanche, il se souvient de chocs salutaires qui vont faire de lui un autodidacte boulimique. Chez une tante qui tenait une imprimerie-papeterie à Cahors, le garçon de 15 ans tombe sur Paroles de Prévert. «Ce livre me fit l’effet d’une déflagration. On avait le droit d’écrire ça, aussi simplement que ça ! Deuxième choc le lendemain : je vais au ciné-club de Cahors. On y projette Le Chien andalou !» Cela déclenche une passion pour les surréalistes et le cinéma. D’ailleurs, lors de son service militaire, en 1955 à Paris, Gérard Bourgadier verra trois films chaque soir à la Cinémathèque, plus les nouveautés le week-end. Grâce à un prof qui tente de le faire bachoter pendant l’été, la découverte de Michaux «met le feu aux poudres». «A la fin du cours, le prof m’a dit : “il y en a toujours un que ça intéresse”. Pourquoi moi et pas mes copains de Montmorillon ? Je n’en sais rien.» Et surtout, il y a le jazz. Il écoute «clandestinement le dimanche soir» les émissions de Jean-Marie Masse sur Radio Limoges, crée ensuite le Hot club de Poitiers, devient assidu des clubs parisiens, fréquente les musiciens, écrit dans Jazz Magazine. «Le cœur de ma pile, c’est le jazz, dit-il. Tout s’est concentré autour de l’amour du jazz, petit à petit, comme les pellicules d’un oignon qui iraient vers l’extérieur : le sens du tempo, cette sorte d’aristocratie naturelle chez des gens incultes, la primauté de l’instinct et de l’émotion sur la pensée. J’ai lu et je respecte de grands esprits comme Lévy-Strauss, mais je donne une primauté à l’art. Les artistes sont toujours en avance.» Omniprésence du jazz, jusque dans le choix des manuscrits. «Pour être éditeur, il faut percevoir le son et le tempo d’un texte, comme si vous écoutiez Bach, Parker ou Armstrong. Je ne me demande jamais si un livre va se vendre, je sais seulement s’il a été écrit sous la nécessité.» s
G
érard Bourgadier a créé L’Arpenteur chez Gallimard, collection qu’il dirige «comme une maison d’édition». Les premiers livres de Christine Angot viennent de là. La surprise Delerm aussi, et bien d’autres. Gérard Bourgadier connaît tout du livre car il en a exercé presque tous les métiers : gestionnaire et vendeur de la librairie L’or du temps, à Paris, sous la houlette de Régine Deforges et JeanJacques Pauvert, diffuseur chez Maspero (en 1969, avec les écrits du Che dans sa voiture jusqu’en Ardèche), puis chez Gallimard, directeur des éditions Denoël, et même l’écriture – l’an passé, il a publié un récit, Mug, chez Galilée. Absolument rien ne prédestinait le fils du garagiste Peugeot de Montmorillon (rue Gambetta) à suivre un tel parcours. Né en 1934 dans une famille aisée mais où il n’y avait ni livres ni disques, à part Tino Rossi, élève du Petit
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s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 53 s