MADAME FAUST Madame Faust, roman de 750 pages de Christophe Deshoulières est un chefd’œuvre visionnaire qui est à la France monoromitterrandesque ce que L’Homme sans qualité de Musil est à l’empire austrohongrois finissant. Ce roman est un chef-d’œuvre parce que l’auteur, musicologue, épuise comme Bach dans L’Art de la fugue toutes les figures de réthorique à la disposition d’un écrivain contemporain, parce que l’auteur sait créer un espace et des personnages qui nourrissent votre réflexion, vos émotions longtemps après la lecture, parce que comme Proust dans La Recherche, l’auteur, avec une drolatique pertinence sociologique, dévoile le mouvement des idées, les stratégies du pouvoir, parce que la construction est originale, complexe sans être chiante. Vous devez me croire, parce que je ne connais pas l’auteur, parce que je ne suis pas stipendié par une maison d’édition, parce que je ne suis nullement tenu à une louange hebdomadaire ou mensuelle, parce que, cela va de soi, j’ai bon goût, parce que, en outre, je m’engage à racheter le livre à ceux qui suivront mon conseil et me démontreront que mon jugement est infondé. Jacques Polvorinos
GRABUGES COLLECTIF POÉTIQUE «Aujourd’hui, écrire de la poésie. Aujourd’hui, vivre sa jeunesse Dans une sorte de lutte, régulière, quotidienne. Aujourd’hui, le langage et les milles ressources…» Ceci est l’avant-propos du premier numéro de la revue Grabuges, créée à Poitiers en 2000 et réunissant textes poétiques et images (photos, œuvres picturales). En 2001, Grabuges a vu naître son deuxième numéro. Aujourd’hui, ces auteurs-créateurs dispersés (pour raisons «professionnelles») continuent à écrire et espèrent se retrouver pour Grabuges 3… «Espace commun de liberté et d’échange autour des mots… Faire tomber des cloisons Pour que votre lecture soit critique, engagée Et que les mots soulèvent quelque chose.» La mascarade
Odile Caradec
ur les hauteurs de Poitiers vit une charmante vieille dame qui regarde sa ville, qui regarde le monde avec bienveillance. Surtout ne pas s’y fier ! Car la douceur du regard n’enlève rien à l’ironie (jamais désabusée), à la lucidité (jamais amère) et à l’humour (toujours aigre-doux) d’Odile Caradec. Se jouant des maux de son corps fatigué et des mots qui parfois euxmêmes se défilent, elle sème les poèmes comme des diamants ou comme autant de liens fraternels avec ses collègues humains. Bien sûr, elle dérange, avec «ses pieds glacés» qu’on ne peut plus réchauffer, ce corps qui «part en
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Sébastien Laval
vadrouille» et ce jour maudit mais sans cesse rappelé où il faudra «passer le Clain». Ce jour-là, le ver luisant aura définitivement cessé de briller. E n attendant, la vieille dame n’oublie jamais chaque matin de regarder le ciel, et sa ville, et le monde. N. M. Dernière parution : Chants d’ostéoporose, Editinter, 2000.
HÉLÈNE KÉRILLIS
Jean-Claude Martin Jean-Claude Martin, né en 1947 à Montmoreau (Charente), vit à Poitiers. Il a obtenu le prix du livre en Poitou-Charentes 1995 pour Un ciel trop grand, Le dé bleu, 1994. Dernier paru : Ciels de miel et d’orties, Tarabuste, 2000.
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’aurais préféré être pilote de course plutôt que poète.» Pourtant, c’est pas l’écriture que Jean-Claude Martin a choisi de se mettre en danger. Il a préféré l’errance de l’imagination à la trajectoire parfaite d’un bolide. Le calme et la lenteur au bruit et à la fureur. C’est presque un devoir d’être poète, «pour que rien ne se perde». Alors sur un petit magnétophone, il capte les petits riens graves ou légers du quotidien. Dans son dernier recueil, il a scruté les ciels : «une nuit grise et mauve», «un ciel en équilibre» ou «semblable au visage tuméfié d’un boxeur». Et de se demander ce qui se cache derrière ces horizons changeants : «Un mur ? Un autre papier peint. […] La caverne d’Ali Baba ?» Et de se rebeller contre la cruauté de certaines certitudes météorologiques : «Comment demain seraitil gris quand ce soir est d’un ciel si bleu ?»
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Sébastien Laval
Nathalie Magidson
On pressent la générosité chez Hélène Kérillis, dans sa volonté de faire partager le plaisir des mots aux enfants pour qui elle écrit (chez Hatier) et à ceux dont elle réinvente la vie en rédigeant leurs mémoires. Comme le fil qui relierait les générations. Installée à Echiré (DeuxSèvres), elle recueille des moments de vie et les fixe sur le papier. Elle fait naître des héros dans la banalité du quotidien. Donner à voir, donner à rêver… Quand, d’un grand tableau d’Henry Geoffroy, L’Asile de nuit (1891) exposé au musée Bernard d’Agesci à Niort, elle s’approprie les personnages et leur invente un histoire, elle veut encore faire partager, par la grâce des mots, les émotions qui la traversent. Car, écrit-elle, «je conçois mon travail d’écrivain comme une manière de se déchiffrer soi-même et de déchiffrer le monde». N. M. Trois nuits, Association Musées vivants, Niort, 2000.
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s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 53 s