éditions
Histoires littéraires L
KLAUS SCHERÜBEL
Mallarmé, Das Buch, de Klaus Scherübel, prend son origine dans le projet Le Livre de Mallarmé. Le livre que, durant des décennies et jusqu’à sa mort, le poète avait défini comme le «seul», montrant «la totalité des relations existantes entre tout». Ce grand œuvre ne vit jamais le jour. Klaus Scherübel questionne l’existence de ce livre en réalisant sa jaquette, dont la première version est publiée chez Walter König à Cologne.
’histoire littéraire, qui fut au dix-neuvième siècle une discipline «de pointe», a souffert depuis une ou deux générations de la tyrannie de ses concurrentes académiques, pour finalement jouer «aujourd’hui les utilités un peu honteuses, sans théorie et presque sans méthode». Le temps est venu, peut-être, d’un retour en grâce, dont prend le pari la revue très exigeante et néanmoins séduisante que publie en Charente l’excellent JeanPaul Louis à l’enseigne Du Lérot éditeur. Les rédacteurs sont des «professionnels de la recherche, des érudits indépendants, collectionneurs et curieux» qui travaillent sous la direction de Jean-Jacques Lefrère et Michel Pierssens (assistés de Jean-Paul Goujon et Jean-Didier Wagneur). On notera au passage les noms de Noël Arnaud, François Caradec, Michel Décaudin, Éric Dussert, Claude Martin, Steve Murphy, Claude Pichois, parmi beaucoup d’autres, tous authentiquement passionnés et passablement ironiques contre eux-mêmes et à l’égard de leurs sujets.
Sans aucun doute les meilleurs possible dans le moment présent. Histoires littéraires, trimestrielle, a déjà donné cinq copieux numéros de plus ou moins 200 pages chacun, «accessibles au plus grand nombre de lecteurs» et destinés «à ceux qui aiment la littérature française du XIXe et du XXe siècles». On pourra vérifier à l’observation qu’il ne s’agit pas là de faciles formules publicitaires. Dans cette somme considérable de documents, études (sur Rimbaud, Nerval, Lautréamont, Janin, Nodier, mais aussi Breton, Verhaeren, Cendrars, Darien, Yourcenar), de comptes-rendus et d’annonces, place est faite aux opinions, aux jugements, à l’humour, à la subjectivité. Et cependant on est frappé par le sérieux des recherches, la richesse et l’originalité des sources, la pertinence des approches théoriques. Preuve que, dans ce domaine, la passion et l’intelligence ont partie liée. On trouve encore dans ces pages assez d’informations sur les livres reçus, les ventes et les catalogues, les congrès, séminaires et colloques et même sur l’@, pour se convaincre que l’histoire littéraire envisagée par cette admirable revue est une chose bien vivante et naturellement susceptible d’éclairer la production contemporaine. Jean-Didier Wagneur suggère dans le numéro 3 d’Histoires littéraires que le pluriel volontairement ambigu de ce titre introduit une confusion assez plaisante avec l’idée d’une «fiction savante» produite par la littérature sur elle-même. C’est dire aussi que la frontière est bien ténue entre l’histoire et la création littéraires. Quoi d’étonnant alors que la jubilation soit au rendez-vous de la plupart de ces cinq précieux premiers volumes ?
Georges Monti
32, avenue de Suffren, 75015 Paris (350 F, 4 numéros).
PLEIN CHANT POUR ANDRÉ BLAVIER
André Blavier s’est éteint le 9 juin 2001 à l’âge de 78 ans. D’origine belge, André Blavier s’est intéressé aux avant-gardes, en particulier au surréalisme. Personnage iconoclaste, il était membre du Collège de pataphysique et d’Oulipo, sans souscrire à une quelconque forme d’orthodoxie. Il a consacré une grande part de ses recherches aux singularités littéraires. Son ouvrage sur Les Fous littéraires est réédité aux Editions des Cendres. Les éditions Plein Chant, dirigées par Edmond Thomas à Bassac (Charente), ont publié un cahier sous le titre Les très riches heures d’André Blavier (rééd. 1997, 80 F). Un très bel hommage au «dénicheur de fous littéraires, erratomane, fondateur du centre de documentation Raymond Queneau, gynécolâtre, homosyntaxiste...» Boris Lutanie Page de droite : Les Triumphes de la noble et amoureuse dame, de Jean Bouchet, Paris, 1536. Médiathèque François-Mitterrand de Poitiers. La gravure représente l’auteur offrant son livre à François Ier.
12 s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 53 s
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