polar
Hugues Pagan, auteur de polars, a quitté Paris il y a quatre ans pour s’installer dans un hameau au sud de Jonzac
Entretien Christophe Pouchol Photos Sébastien Laval
Caché chez les Gaulois
C
hez Gonin n’est pas inscrit sur les cartes. Ce hameau de «sept faux» n’est desservi ni par le train, ni par le bus. Il n’y a que des routes incertaines et cabossées pour l’atteindre. Chez Gonin se trouve près de Jonzac et SaintCiers-sur-Champagne. C’est ici qu’habite Hugues Pagan, 54 ans, exprof de philo, ex-flic, écrivain et auteur de la série Police District (M6). Sa maison ressemble aux autres : basse, solide, paysanne, pierreuse, spacieuse et isolée dans les champs. Voilà quatre ans qu’Hugues Pagan y a posé ses valises, après sept romans noirs ravagés d’un blues aussi lyrique que lancinant.
L’Actualité. – Comment vous êtes-vous installé Chez Gonin ? Hugues Pagan. – Par hasard. Je
venais d’obtenir mes droits à la retraite, le 16 avril 1996. Nous allions acheter dans la Creuse mais ma femme eut envie d’essayer la Charente-Maritime.
la campagne, le tempo est plus lent, le décor moins familier. La ville, il suffit d’écrire le mot «rue» pour que tout le monde la visualise. La campagne, vous devez décrire les champs, les arbres, les maisons… Faire passer au lecteur l’émotion procurée par un paysage est excessivement difficile. D’autre part, avec mon dernier livre, Dernière station avant l’autoroute, j’ai passé une étape. C’était l’aboutissement d’une trilogie, après Tarif de groupe et L’Etage des morts. Aujourd’hui, je ne veux plus faire de polar narratif comme dans mes précédents bouquins. Je veux resserrer, éviter l’anecdote.
Vivre ici influe donc sur votre travail ?
Hugues Pagan dans son jardin et la citadelle de Brouage.
Nous sommes allés voir un moulin près de Baignes. Et nous sommes tombés sur cette maison. On a acheté tout de suite. J’avais surtout envie d’être loin de Paris. La pollution, les embouteillages, le bruit, tous ces gens qui brassent du vent, c’est terrifiant. Je n’en pouvais plus. Avec les Gaulois de Chez Gonin, j’ai trouvé ce que je cherchais.
Tous vos livres ne parlent que de la ville. Allez-vous maintenant écrire sur la ruralité?
Oui. J’ai en tête plusieurs histoires. Pas encore la bonne mais… j’écris un scénario qui serait une suite télévisée aux Rivières pourpres de Mathieu Kassovitz et j’aimerais le tourner à Brouage. Cet endroit est tellement magique, avec les murailles, les marais, surtout l’hiver. LE CHOIX D’HUGUES PAGAN
Typhon, Joseph Conrad, Folio Gallimard Voyage au bout de nuit, L-F Céline, Folio Gallimard Adieu ma jolie, Raymond Chandler, Folio Gallimard Ne plus raconter la ville changet-il votre écriture?
O u i , c’est ici que je bosse. Pas de b a v a r d a g e et les gens sont sympas. I l s savent ce que je fais et nous s o m m e s sur un pied d’égalité. Ici, c ’ e s t le terreau idéal pour écrire. D e p u i s deux ans, j’ai écrit huit s c é n a r i o s de 52 minutes. A Paris, ce n e serait pas possible. On est sans c e s s e capté par des choses sans i n t é r ê t . Paris, la télévision, c’est un j e u . Comme Police District marche b i e n , on essaie de m’acheter à l o n g u e u r de temps ! Ils ne comprenn e n t pas. Je ne suis pas obligé d ’ é c r i r e , ni de vendre ou de publier, j e n’ai pas de calendrier éditorial. C e t t e agitation parisienne paraît t e l l e m e n t futile vue d’ici. Le TGV m e sert de sas lorsque je vais à Paris. V r a i m e n t , pour rien au monde je ne q u i t t e r a i s Chez Gonin. s
C’est beaucoup plus difficile. L’urbain permet facilement les digressions. Avec
s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 53 s
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