saveur s
Les céteaux de La Cotinière Par Denis Montebello Photo Marc Deneyer
C
éteau serait solette, on n’irait pas le pêcher avec les chaluts de petit maillage, on n’aurait pas le droit. Nuance, certes, mais de taille : si la loi protège les bébés soles, rien n’interdit – pour l’instant – que l’on capture ce précieux fretin. Céteau, c’est entendu, n’est pas solette. Il est pourtant, comme elle, un diminutif. Le céteau de La Cotinière n’est pas seulement un octosyllabe (on en tire, si on sait le couper, quatre menus filets), le vers fait chère (la version marine des épigrammes d’agneau), on reconnaît aussi en lui le suffixe eau, exprimant la notion de «petit». Le nom auquel il est accolé, je ne laisserai à personne le plaisir de le deviner. Qu’on ne compte pas sur moi pour donner ma langue au chat, pour lui jeter cette «langue d’avocat» ou dicologoglossa cuneata, c’est-à-dire le céteau. Je hante (j’en ai peur, et en même temps l’idée ne m’effraie pas) des fonds vaseux où les chercheurs d’étymologies v r a i e s ne s’aventurent pas. Je ferai remarquer en passant à ces très doctes savants que la redondance rend douteuse l’étymologie du mot étymologie (il en existerait de fausses !), et encourage les amateurs de mon espèce, rêveurs en eaux profondes, poètes frayant avec l’onomatopée, et tous ceux qui ne craignent pas de remonter, en fait d’étymons, d’authentiques calembours. Je le dis sans plus de précaution : céteau est, pour moi, une métaphore. Une métaphore, quand elle suit sa propre étymologie, vous «transporte». C’est ce que font les céteaux, de La Cotinière jusqu’à ces eaux saumâtres qu’ils affectionnent ; de la côte jusqu’à cent mètres de profondeur et, plus haut encore, jusqu’à l’Antiquité : jusqu’à ces cestes qui étaient des gantelets, des courroies garnies de fer ou de plomb, dont les athlètes s’entouraient les mains pour le pugilat. On aurait donc comparé de si jolis poissons, qui se laissent si gentiment attaquer par couteaux et fourchettes, à
ces terribles gants de boxe ? Il y a eu substitution. Mais en vertu de quelle analogie ? La couleur ? S’il y a du gris fer dans le céteau, du plomb quoique légèrement, il y a surtout du brun, plus exactement du brunâtre, ce qu’il faut enfin pour qu’on le confonde avec les fonds qu’il fréquente, le sable, la vase où il se cache. La forme ? Ovale, commune aux membres de la famille (des téléostéens, autrement dit des poissons plats), il n’est pas certain qu’elle soit celle des gantelets appelés cestes. C e t t e métaphore, je l’avoue, me donne du fil à retordre. Je constate quand même que si mon hypothèse est risquée, il existe, et dans la famille, des cas similaires. Je parle de la sole : une «sandale», une «semelle». Je parle de la limande. Elle aussi est une métaphore. Elle aussi me transporte quand je songe q u ’ e l l e vient du latin lima (parce que sa peau râpeuse évoque une lime) e t d’un suffixe gaulois anta. Ceux qui l’aiment meunière, normande ou à la florentine, savent-ils q u e la limande est d’abord (c’est ainsi que je la vois, ainsi que je la préfère) gallo-romaine ? Sinon un fossile vivant, comme le cœlacanthe, du moins un monstre. Un «gros animal marin» (cetus en latin, mot qui vient du grec kêtos), une Léviathan mais miniature. Il s’en trouve beaucoup – si on accepte le principe que chercher est une aventure – dans les profondeurs du dictionnaire. Notre poisson ne s’appelle donc pas céteau, parce que «c’est tôt», trop tôt pour le pêcher. Le céteau, je l’ai dit, je le répète, n’est pas une petite sole. Ce serait plutôt, selon moi, un «petit ceste» qui nage. Qui navigue entre Les Sables-d’Olonne et le bassin d’Arcachon. C’est-àdire le zist et le zest. Car le céteau est difficile à définir. A juger, en revanche, il est des plus commodes. Sa chair si blanche, si fine, est tout bonnement excellente. s L’Actualité Poitou-Charentes – N° 49
113
Les fonds musicaux anciens conservés en Poitou-Charentes L’inventaire des sources musicales des XVIIe et XVIIIe siècles a été entrepris par le ministère de la Culture avec l’appui scientifique de la Bibliothèque nationale de France. C’est dans le cadre que l’association Musique et Danse a réalisé, avec le soutien de la Région et de la Direction des affaires culturelles de Poitou-Charentes, l’inventaire des fonds musicaux anciens conservés dans notre région. Un catalogue de 92 pages a été publié. Il est diffusé dans les bibliothèques, les archives, les écoles de musique et les associations dont l’objet est la valorisation du patrimoine musical. Cet ouvrage recense 247 partitions de musique polyphonique éditées ou copiées entre 1580 et 1800. Des index permettent une recherche rapide des compositeurs et arrangeurs, des poètes et librettistes, des éditeurs, graveurs, libraires, copistes, etc. Ce fonds méconnu devient ainsi accessible aux chercheurs et musiciens, amateurs ou professionnels. Ces partitions sont conservées, pour la plupart, à Poitiers, à Saintes et à Niort. Musique et Danse en Poitou-Charentes, 91, bd du Grand-Cerf 86000 Poitiers. Tél. 05 49 55 33 19
Sébastien Laval
LA COLLECTION MODAL Dans la collection Modal, éditée par la Fédération des associations de musiques et danses traditionnelles et diffusée par Geste, signalons plusieurs titres d’ouvrages : Autour de l’œuvre de Patrice Coirault, Ballades et complaintes, Vielles à roue, territoires illimités, Accordéon diatonique, itinéraires bis, Dictionnaire biographique des collecteurs de l’ancienne chanson folklorique française ainsi que de ses publicistes et théoriciens (1830-1930).
Pour recevoir chez vous L’Actualité, plus les numéros hors série, retournez ce bon à : L’Actualité - Service abonnements - BP 23 - 86190 Vouillé
¢ t Je désire souscrire un abonnement d’un an à L’Actualité au prix de 95 F (étranger 120 F)
L'ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES LA REVUE TRIMESTRIELLE DE L'INNOVATION RÉGIONALE
t Je désire souscrire un abonnement de 2 ans à L’Actualité au prix de 180 F (étranger 230 F) t Je vous adresse ci-joint mon règlement à l’ordre de L’Actualité Veuillez servir cet abonnement à : M. Mme Mlle ......................................................... Prénom ................................................. Adresse ........................................................................................................................ ............. Code postal ................................ Ville ......................................................................................
BULLETIN D'ABONNEMENT
114
L’Actualité Poitou-Charentes – N° 49