L’expertise expérimenté par Christophe Dansac Par Mireille Tabare Photo Sébastien Laval
textuelle
L’art d’organiser des informations dans un texte
I
maginons une personne à qui l’on communique des informations, non pas en mots, mais sous forme d’images. Comment s’y prendra-t-elle pour organiser ces informations, si elle doit les restituer par écrit ? C’est à ce processus d’activité rédactionnelle que s’est intéressé Christophe Dansac, pour sa thèse de doctorat en psychologie au sein du laboratoire langage et cognition de l’Université de Poitiers. Pour procéder à cette étude, il a mis au point, sur support informatique, un dispositif expérimental dont le principe est simple. On présente à des sujets une carte géographique sur laquelle sont réparties des icônes figurant des ressources économiques. Puis on demande à ces sujets de décrire, sous la forme d’un texte, l’illustration qu’ils ont eue sous les yeux. «En comparant la str ucture de l’information sur la carte et la structure de l’information dans le texte, j’ai pu constater que certains sujets restituaient l’information telle qu’elle se présentait, de manière spatiale, sans chercher à l’organiser, tandis que d’autres organisaient l’information selon des critères plus élaborés», explique Christophe Dansac. L’expérimentation, menée dans un premier temps sur un public de collégiens et de lycéens, a permis de montrer que, quel que soit l’âge – en tous cas dès la 6e – on trouvait
des sujets capables d’organiser le contenu du texte d’une manière conceptuelle. Il existe donc, à âge égal, des différ ences entre sujets, et l’on peut conclure que ceux qui organisent le texte de manière conceptuelle sont plus experts, au niveau rédactionnel, que ceux qui s’en tiennent à de simples critères spatiaux. Autre résultat de cette expérimentation : l’aptitude à l’organisation conceptuelle des informations dans le texte croît, pour un sujet donné, à mesure qu’il grandit. A quoi attribuer cet accroissement ? A une augmentation des connaissances en général, ou au développement spécifique de l’aptitude à l’expertise textuelle ? «Tant que l’on n’avait pas réalisé d’expérimentation en utilisant un matériel imagé, il était impossible de trancher, remarque Christophe Dansac. C’est toute la force de ma thèse : montrer, dans des conditions déterminées, que c’est bien l’accroissement de l’expertise textuelle et non celui des connaissances qui induit un supplément d’organisation conceptuelle dans le texte.» Dans un deuxième temps, le jeune chercheur a tenté d’explorer plus en profondeur les mécanismes du processus d’organisation textuelle et d’en évaluer le «coût» en effort mental et en temps. Il a mis en place un dispositif expérimental permettant d’enregistrer au fur et à mesure le texte écrit par le sujet, et de repérer, au cours de cet enregistrement, les moments où celui-ci retourne consulter la carte, et le temps que dure, à chaque fois, cette consultation. De cette expérimentation, menée auprès de 120 sujets adultes, il est clairement ressorti que les sujets qui mettaient en œuvre le processus d’organisation avaient besoin de consulter plus longtemps le référent imagé. Et ce, pas à n’importe quel moment, mais, en général, lorsqu’ils passaient d’un «thème» à l’autre, d’un paragraphe à l’autre. Autre constat : plus un sujet organise son texte de manière conceptuelle, plus il fait preuve de créativité par rapport à l’image qui lui est présentée. La capacité à réorganiser les informations dans le texte est donc génératrice de contenu nouveau. «D’où un conseil utile pour la rédaction en général : ne jamais se contenter de retranscrire ce que l’on a dans la tête, mais s’efforcer, avant d’écrire, de réorganiser ses pensées d’une manière différente. Le texte qui en résultera sera plus intéressant et plus créatif.» Les recherches menées par Christophe Dansac ont ouvert des perspectives nouvelles, notamment sur le plan méthodologique. Ainsi, on dispose pour la première fois d’une méthode permettant de mettre en évidence, chez certaines personnes, l’application d’un processus d’organisation du texte, et d’étudier les mécanismes de ce processus. On pourrait par exemple utiliser ce dispositif expérimental pour évaluer le degré d’expertise textuelle chez un sujet, à partir de son aptitude à réorganiser les informations dans le texte. En arrière-plan de ces recherches, une question se profile : a-t-on besoin du langage pour organiser du contenu et, plus généralement, a-t-on besoin du langage pour penser ? «Nous avons posé sur le plan expérimental, note Christophe Dansac, les bases d’une méthode qui devrait nous permettre d’approfondir cette question.» s L’Actualité Poitou-Charentes – N° 47
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