idéogrammes
Sous le signe de la tortue e système d’écriture chinois, riche au départ d’environ 5 000 graphies, a perduré jusqu’à nos jours, explique Michel Grenié, maître de conférences en sciences du langage l’Université de La Rochelle. Il a peu évolué – on trouve même des caractères, comme celui de la tortue, qui n’ont pas changé depuis 4 000 ans – et il a conservé les attributs de ses origines divinatoires, la force symbolique, l’abondance de sens et la multiplicité des caractères.» «
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Les plus anciens écrits chinois remontent au IIe millénaire avant notre ère. Ce sont des inscriptions tracées par les devins sur des os ou des écailles de tortues et censées interpréter les messages de l’au-delà Par Mireille Tabare
Mais comment apprendre, comment utiliser une écriture qui comporte, dans sa forme actuelle, 50 000 caractères, dont 3 000 d’usage courant ? Le problème se posait déjà à l’époque de Confucius (VIe siècle avant J.-C.), où l’on dénombrait plus de 10 000 signes d’écriture différents. Pour faciliter l’apprentissage et l’usage des caractères chinois, l’Empereur Qin entreprit, en 221 avant notre ère, de simplifier et d’uniformiser l’écriture en dressant un inventaire des 3 300 caractères les plus usuels, et en attribuant à chacun une forme et une signification bien définies. A la même époque, on mit au point le système des «clés» : 540 signes graphiques simples, porteurs de sens, entrant dans la composition des caractères, et permettant une classification de ces caractères. «Les clés n’existaient pas à l’origine, elles ont été un moyen commode, a posteriori, pour ordonner de façon mnémotechnique l’apprentissage des caractères, et permettre l’accès aux dictionnaires.» Cette réforme a favorisé la diffusion de l’écriture à travers toute la Chine, et permis de développer la communication, au moyen de l’écrit, entre des populations régionales ne parlant pas la même langue. Elle a débouché sur le wenyan, l’écriture «classique» utilisée exclusivement par les lettrés, un système autonome ne correspondant à aucune langue parlée. Par la suite, cette écriture a peu évolué
jusqu’à l’époque contemporaine. «En 1919, pour faciliter la diffusion de la connaissance et la modernisation de la Chine, on a décidé de rompre avec l’écriture des classiques en prônant l’utilisation de la “langue vulgaire” comme support de communication oral et écrit. Parmi les quelques dizaines de langues parlées en Chine, on a choisi comme langue standard le mandarin, le dialecte de la région de Pékin.» Après la fondation, en 1949, de la République populaire de Chine, d’autres réformes ont été engagées (réformes qui n’ont été adoptées ni à Taïwan, ni à Hong-Kong). On a introduit d’abord, sur plus de 2 000 caractères courants, une «graphie simplifiée». Le but : réduire le nombre de traits composant ces caractères, pour en faciliter l’apprentissage. A la même époque, on a inventé un modèle plus simple d’écriture, le pinyin, un système basé sur une transcription phonétique des caractères chinois en alphabet latin, permettant notamment d’identifier un caractère à partir de sa prononciation en chinois standard. De nos jours, un jeune Chinois, de Canton par exemple, communique en famille dans sa langue maternelle, le cantonnais. A l’école, il apprend à parler et à écrire dans la langue officielle, le mandarin. Il apprend également le pinyin et maîtrise, de ce fait, l’alphabet latin. Comment cherche-t-on, en chinois, le sens d’un caractère dans un dictionnaire ? Il y a d’abord la méthode «classique», qui s’appuie sur les clés – on en dénombre aujourd’hui 227. La première étape consiste à repérer la clé entrant dans la composition de ce caractère et à en compter le nombre de traits. Un tableau général présente l’ensemble des clés, rangées en fonction de leur nombre de traits, et permet d’identifier la clé recherchée. Deuxième étape : chaque clé renvoie à un tableau exhaustif de tous les caractères qui lui sont associés, ces caractères étant ordonnés euxmêmes en fonction de leur nombre de traits. Pour un même nombre de traits, on trouve en général une liste de plusieurs caractères possibles. Il suffit alors, après avoir repéré le caractère recherché, d’aller consulter sa définition au numéro de page qui lui est associé. Une autre méthode, moins courante en Chine po-
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Fragment de carapace de tortue, Chine, 1 200 ans av. J.-C. L’écriture chinoise s’est constituée à partir des symboles graphiques que les devins inscrivaient sur la face ventrale des carapaces de tortue.
pulaire mais en usage à Taïwan, la «méthode des 4 coins», consiste à décomposer le caractère en fonction de l’ordre de traçage de ses traits. La méthode la plus utilisée en Chine populaire, et la plus simple, fait appel au pinyin. Elle permet d’accéder au caractère directement à partir de sa prononciation. PUCES, OCTETS ET UNICODE Remisées, en Chine, les machines à écrire encombrantes, dotées de volumineux claviers, d’un maniement très complexe, qui permettaient de dactylographier environ 2 000 caractères parmi les plus usuels. Avec l’apparition de l’ordinateur, les choses sont devenues beaucoup plus simples. Le système de codage des lettres sur un octet – permettant 8 combinaisons de (0,1), soit 256 valeurs possibles –, utilisé pour l’alphabet latin, arabe, hé-
breu ou cyrillique étant insuffisant pour l’écriture chinoise, on a choisi de coder ses caractères sur deux octets – soit 65 536 valeurs possibles. Il existe d’ailleurs aujourd’hui un programme informatiq u e standard utilisant ce procédé, la norme Unicode, qui permet de saisir, avec un clavier en alphabet latin, toutes les langues du monde. Pour saisir un texte en caractères chinois sur un ordinateur, on passe par l’intermédiaire du pinyin. Une première méthode consiste à taper le caractère dans sa transcription phonétique. L’ordinateur propose alors une liste de caractères ayant la même prononciation parmi lesquels il suffit de choisir. On peut aussi, toujours en transcription phonétique, taper en continu la séquence de caractères composant une phrase. L’ordinateur reconnaît alors les caractères au fur et à mesure en fonction du contexte. s L’Actualité Poitou-Charentes – N° 46
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