aventure La Rochelle boucle le millénaire sous le signe de l’aventure et du voyage et rend hommage à l’explorateur de la Bolivie Par Jean Roquecave Coll. médiathèque de La Rochelle
Alcide d’Orbigny
voyageur naturaliste
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our rappeler aux Rochelais que, depuis mille ans, le voyage fait partie de leur histoire, une série de manifestations sont organisées jusqu’à la fin de l’année. «C’est une année symbole, souligne Denis Leroy, adjoint au maire chargé de la communication et initiateur de l’opération. Depuis des siècles, La Rochelle a pris sa part à la découverte du monde, l’avenir est un nouveau voyage, il faut sortir de chez soi avec l’envie de connaître, d’apprendre. Le voyage, ça commence quand on ouvre sa porte pour aller se frotter au monde.» Cette année des voyages s’organisent autour d’un lieu et d’une figure emblématique, le Muséum d’histoire naturelle, où les aventuriers du passé ont laissé leurs découvertes, et dont la restructuration sera achevée en 2002, et le voyageur-naturaliste Alcide d’Orbigny. Le muséum sera réorganisé en trois niveaux, consacrés aux voyageurs, aux continents qu’ils ont touchés, et aux collections particulières. Le jardin, baptisé Jardin des essences du monde, sera planté d’un échantillonnage de plantes et d’arbres de tous les continents. L’aspect «musée dans le musée» qui fait le charme du muséum sera préservé, un espace est d’ailleurs prévu pour être le «grenier du voyageur». «Il y a encore des choses entassées dans le grenier du muséum comme dans les caves du château de Moulinsart, note Denis Leroy. Récemment, nous avons trouvé des malles provenant de l’expédition de Dumont d’Urville qui n’avaient jamais été ouvertes. Nous avons brisé les scellés et pour la première fois un herbier a pris l’air du XXe siècle.» Les visiteurs du muséum peuvent d’ailleurs jouer aux voyageurs, grâce à l’animation «laboratoire du voyageur», un atelier pédagogique conçu pour les scolaires puis mis à la disposition des adultes, et qui permet, en parcourant les collections, de se mettre dans la peau d’un explorateur. Fin août, le «grenier du voyageur» sera à la foire exposition de La Rochelle, avant que le 18 septembre, une
animation théâtrale, «La ronde de nuit des grands voyageurs», ne rende hommage aux aventuriers d ’ a u t r e f o i s . Alexandre Aufrédy, marchand rochelais du XIIIe siècle, Samuel Champlain, René Caillié, Samuel de Missy, négociant du XVIIIe siècle qui fut député de l’île Maurice avant d’être maire de La Rochelle, Paul Savatier, médecin de la marine et botaniste qui inventoria la flore japonaise au siècle dernier. Une place particulière est réservée à Alcide d’Orbigny, dont le cabinet de travail a été reconstitué au muséum en prélude à la grande exposition qui doit célébrer le bicentenaire de sa naissance en 2002. «J’avais résolu qu’au risque de tout ce qui pourrait advenir, j’explorerai la Patagonie ; m’y voilà depuis deux mois et je suis pas encore mort.» Quand cette lettre, datée du 6 juin 1829, paraît dans L’Echo Rochelais du 28 janvier 1834, Alcide d’Orbigny est sur le point de rentrer de son voyage de huit ans en Amérique Latine. «Naturaliste voyageur du gouvernement français», il a traversé l’Argentine et exploré la Patagonie, avant de séjourner trois ans en Bolivie. Alcide Dessalines d’Orbigny, né en 1802 à Couéron près de Nantes, a été élevé à La Rochelle dans un milieu de naturalistes. Son père, Charles-Marie, a fondé avec Fleuriau de Bellevue le Muséum d’histoire naturelle de La Rochelle, et a communiqué également sa passion au peintre animalier américain Jean-Jacques Audubon. A 23 ans, Alcide publie un tableau méthodique de la classification des céphalopodes. En 1826, le Muséum d’histoire naturelle de Paris lui confie une mission d’exploration de l’Amérique du Sud, où il fait œuvre de naturaliste aussi bien que d’ethnologue et de géographe. Son travail sur les tatous nains sera l’occasion d’une querelle avec Darwin, qui l’a suivi de quelques années en Amérique du Sud. Alors que d’Orbigny est resté partisan de la théorie fixiste de Cuvier, c’est en étudiant les mêmes tatous que Darwin forge sa con-
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viction évolutionniste. En 1840, il est le premier titulaire de la chaire de paléontologie, et publie une description de tous les fossiles trouvés en France qui recense 18 000 espèces. Son cours de stratigraphie est à l’origine de la monenclature des couches géologiques. «C’est une œuvre fondatrice, affirme Denis Leroy, et pourtant, on n’a pas retenu son nom, sans doute parce qu’il n’était pas du sérail universitaire. Il y était entré par la petite porte et, malgré ses quatorze candidatures, il n’a jamais été reçu à l’Académie des sciences.» C’est en Bolivie que le voyageur rochelais a laissé l’empreinte la plus vivace, au point qu’il y est sans doute le Français le plus connu. Pas une ville sans une rue ou une place d’Orbigny, le plus grand lycée de La Paz porte son nom et même un village, dans la région du Chaco, au sud-est du pays. Alcide d’Orbigny a été le premier scientifique à s’intéresser au pays. Quand il débarque, en 1830, l’indépendance, qui remonte à 1825, est toute fraîche, et il est donc un des premiers à en témoigner en Europe, d’autant que pendant la colonisation espagnole, les voyageurs étrangers n’étaient pas les bienvenus.
La Rochelle et Lisbonne, destins croisés Villes-ports de l’espace atlantique européen, Lisbonne et La Rochelle ont croisé leurs destins à plusieurs reprises aux XVIe et XVIIe siècles, à l’époque de la découverte du monde par les marins du vieux continent. Une exposition réalisée par l’Astrolabe et l’Université de La Rochelle présente dans la tour de la Lanterne quelques étapes marquantes de cette ancienne relation. Avec d’abord, une évocation de la figure d’Alphonse de Saintonge, navigateur portugais fixé à La Rochelle en 1530 qui a laissé une cosmographie publiée pour la première fois en 1904. Et les épisodes, peu connus, qui virent à deux reprises La Rochelle jouer un rôle dans les affaires royales portugaises quand, en 1582, Dom Antonio, roi déchu du Portugal, s’y réfugia, puis un siècle plus tard, le 27 juin 1666 jour de mariage par procuration, dans la maison dite de Henry IV, rue Gargoulleau, du roi Alphonse VI avec la princesse Elizabeth de Savoie. Jusqu’au 30 septembre, tour de la Lanterne.
L’œuvre d’Alcide d’Orbigny fait partie du patrimoine bolivien Scientifique, aventurier, car les voyages dans cette région étaient difficiles au début du siècle dernier, sans doute aussi un peu agent de renseignement, il a décrit la Bolivie sous tous ses aspects, établissant même la cartographie du pays. Son œuvre fait aujourd’hui partie du patrimoine bolivien et constitue une base de références historiques. Gonzalo Campero Paz, ambassadeur de Bolivie en France, qui visitait en mai dernier l’exposition d u Muséum de La Rochelle, se souvient : «D’Orbigny, c’est un nom très familier aux Boliviens. A l’école primaire, on nous montrait les gravures tirées de ses livres, et dans n’importe quelle maison bolivienne vous allez trouver des copies de ces gravures. D’Orbigny a une énorme importance dans notre histoire, c’est le premier scientifique européen à avoir étudié la Bolivie, ce pays entouré de montagnes, perdu au milieu de l’Amérique du Sud, et je suis tout à fait convaincu qu’il a participé à la naissance de la nation bolivienne. On nous apprenait qu’il était parti de La Rochelle, et dans notre mémoire c’est toujours vivant. Pour nous, La Rochelle et d’Orbigny c’est un ensemble.» En quittant la Bolivie, Alcide d’Orbigny a été fait citoyen d’honneur d’un pays dont il devait écrire «si le monde devait disparaître, le Créateur devrait au moins sauver la Bolivie, préservant ainsi toutes les essences et les beautés de la planète». s Daniel Nouraud
Le phare du bout du monde, février 1998.
Le phare du bout du monde L’année de l’aventure et des voyages à La Rochelle se clôturera sur un événement chargé de symboles. Aux douze coups de minuit, le 31 décembre prochain, une réplique du phare du Bout du Monde, reconstruit sur l’île des Etats en Argentine, grâce au voyageur rochelais «Yul» Bronner, entrera en service à La Rochelle. Construit lui aussi à l’identique du phare décrit par Jules Verne, le phare rochelais sera implanté à quelques centaines de mètres au large de la pointe des Minimes, assurant une réelle fonction de signalisation pour les navigateurs. Le 31 décembre, une liaison par satellite sera établie entre les deux phares, reliant ainsi La Rochelle à l’extrémité du monde.
CD-Rom «Le voyage d’Alcide» Ce récit interactif sur l’œuvre et le voyage en Amérique méridionale du naturaliste-voyageur Alcide d’Orbigny s’opère en 30 étapes et 378 bandes illustrées autour d’une bibliothèque thématique sur l’Amérique du Sud, un imagier de la plus grande partie des images des bibliothèques d’Aquitaine et Poitou-Charentes sur l’Amérique du Sud, parmi lesquelles des gravures réalisées à partir de dessins d’Orbigny extraites d’un livre paru en 1840 aujourd’hui conservé à la Bibliothèque de Bordeaux. Ce CD-Rom paraîtra d’ici à la fin de l’année. Réalisation : Alain Néris. Coédition : Mémoires d’images et Coopération des bibliothèques en Aquitaine.
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