a rc h é o l o g i e u pied du moulin du Fâ, Talmont-sur-Gironde domine l’estuaire, s’illumine les soirs d’été, interdit les voitures dans ses ruelles, soigne ses roses trémières. Mais il y a 2 000 ans, Talmont n’était rien. Un rocher avant l’entrée dans le grand port de Novioregum. C i t é antique qui s’est étendue sur 150 ha, Novioregum a connu une vie intense et vouée au commerce. Il en reste de nombreuses traces dans les champs de Barzan, village près de Talmont, devenu, en 1993, propriétaire des parcelles qui cernent le moulin. «C’est le début de l’exploitation d’un site que l’on sait gigantesque. Le moulin du Fâ est la partie émergée de l’iceberg», affirme Stéphane Gustave, responsable du site pour l’Assa Barzan, association créée en 1994 pour sauvegarder et animer ce patrimoine vraisemblablement légué par la géographie des lieux. L’Assa a relancé les fouilles et ouvert le lieu au public (4 000 visiteurs en 1994, 10 000 en 1998). Son action, essentiellement bénévole, vient d’être récompensée. Le Conseil général de Charente-
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naturelles pour des activités portuaires. L’histoire de Barzan est très liée à sa géographie, on ne peut donc pas l’étudier sans le replacer dans son contexte.» Les mystères du port de Barzan sont nombreux. C’est comme si l’homme y avait vécu à pas de géant, sautant de longues étapes. Des bribes néolithiques sont d’abord récoltées en 1877. Une cinquantaine d’années plus tard, Léon Massiou puis Louis Basalo, érudits Royannais, découvrent l’occupation romaine : le temple sera classé monument historique en 1937. En 1956, toujours grâce à Louis Basalo, l’âge de Bronze (1 000-900 av. J.-C.) apparaît. Et depuis la reprise des fouilles, en 1995, les constructions et céramiques du Ve siècle avant notre ère montrent qu’à Barzan, les Romains auraient habité chez les Gaulois avant de tout détruire et de reconstruire cette «ville fameuse», comme l’a qualifiée Claude Masse, ingénieur de Louis XIV, qui fut en fait le premier à découvrir l’ampleur de cette cité gallo-romaine. En 1975, les photos aé-
Le grand port du pays santon Quatre équipes d’archéologues sont cet été sur le site de Barzan pour tenter de reconstituer la morphologie de ce qui fut l’un des plus grands ports antiques de la région. Et, dans quelques années, nous marcherons sur les traces de nos ancêtres les Gallo-Romains Par Sandrine Lopez Photos Sébastien Laval
Maritime et la commune de Barzan ont créé en mai un syndicat mixte dont les missions sont la protection, l’étude et la mise en valeur du site. Ce syndicat mixte travaillera avec l’archéologue que le Département va engager pour superviser les fouilles à Saintes et Barzan. «Les liens entre ces deux sites sont évidents, explique Jean-François Baratin, responsable du service archéologie de la Direction régionale des affaires culturelles. Barzan était le port antique de Saintes et de tout le pays santon. S’il existait aujourd’hui, il ressemblerait à celui de Marseille. Comme il se trouve sur l’itinéraire Saintes-Angoulême-Limoges-Clermont-Ferrand, on pense que Saintes a créé Barzan pour des raisons marchandes. Le découpage des côtes formait un havre propice aux échouages, ce sont les conditions
riennes de Jacques Dassié confirment une superficie urbaine de 150 ha, l’équivalent d’une ville comme Poitiers. Il n’y a pas de traces médiévales près du moulin du Fâ. Rien sur ce qui s’est passé entre le Néolithique et l'Antiquité. On suppose qu’à partir du Moyen Age, les gens du pays sont venus chercher des pierres pour construire leurs maisons. Ce pillage aurait duré jusqu’à l’époque contemporaine. Cela évitait un voyage aux carrières de Crazanes ou Saint-Porchaire. «Longtemps, nous avons cru que le site datait du IIIe siècle à cause de pièces gauloises qui avaient été mal datées», explique Stéphane Gustave. En fait, il semble bien que la ville portuaire de Barzan a été abandonnée au IIIe siècle. L’une des quêtes des archéologues est de savoir pourquoi. «Il n’y
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Le temple romain de Barzan, découvert sous les broussailles entre 1921 et 1926, était similaire à celui de Vésone à Périgueux. Son socle, 5 000 tonnes de pierres, 36 m de diamètre, 5 m de hauteur, est devenu celui du moulin du Fâ, construit au XVIe siècle et exploité jusqu’en 1934. Ce socle a été classé monument historique en 1937. Les deux années suivantes, les thermes et un aqueduc souterrains ont été mis au jour à une centaine de mètres du temple.
a aucune trace d’incendie ni de destruction brutale.» Stéphane Gustave exclut également les Grandes Invasions, intervenues bien plus tard. Si aucun cataclysme n’est venu déloger les Romains, les évolutions naturelles de la géographie pourraient expliquer la fin du port de Novioregum. Du moins, c’est l’hypothèse la plus probable pour Jean-François Baratin. «Il faut parfois arrêter d’être archéologue et devenir géographe. Dans le cas de Barzan, un envasement naturel du port est une piste vers laquelle nous allons travailler avec des géomorphologues.» La corrélation entre un port envasé et l’arrêt de toute activité économique lui semble aussi facile à établir que celle qui lie la falaise de Talmont à la vocation militaire du village. Jean-François Baratin espère que les mesures des déplacements du littoral confirmeront cette présomption. Il attend aussi beaucoup des quatre équipes d’archéologues qui sont cet été sur le site. Depuis 1995, les chercheurs et étudiants des universités de Poitiers, Bordeaux et La Rochelle, fouillent Barzan. Aux uns les thermes ou le temple, aux autres le fossé gaulois ou les avenues romaines... Cet été, une prospection géophysique devra identifier les rues et les îlots urbains. En envoyant du
courant électrique entre deux diodes enterrées, les chercheurs pourront dresser une carte des anomalies géologiques. «Bien connaître l’organisation de la voirie nous permettra de mettre en valeur les quartiers d’habitation, l’emplacement des grands édifices publics, religieux, administratifs... L’idée serait de réorganiser foncièrement l’espace comme à l’origine. C’est bien de l’avoir dans les jambes pour mesurer l’ampleur du site», dit Jean-François Baratin qui voit déjà les visiteurs monter et descendre les vallons de Barzan, en découvrant des panneaux évocateurs du passé de chaque parcelle traversée. Il imagine aussi une «maison» du site dans le village comme un bon complément du musée, en cours d’aménagement près du moulin du Fâ. Dans le même esprit, la région Poitou-Charentes souhaite créer une route r o m a i n e des Charentes qui reliera Barzan à Chassenon via Saintes, Saint-Cybardeaux, Angoulême. «La chance de Barzan, ce sont ses champs de blé. Nous avons le devoir de préserver et de mettre en valeur ce site car c’est unique en France d’avoir si facilement accès aux vestiges», se réjouit Jean-François Baratin, qui entretient de bonnes relations avec les agriculteurs de la rive droite de l’estuaire de la Gironde. s L’Actualité Poitou-Charentes – N° 45
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