COLLECTIONS
Dons d’artistes et d’Afrique Arts d’Afrique noire ou Figures énigmatiques : une centaine de pièces récemment acquises s’exposent au musée d’Angoulême
é d i é v i s t e de formation, Monique Bussac est le conservateur en chef des musées d’Angoulême. A ce titre, elle veille sur les différentes collections de la ville dont celle, polyvalente, du musée des Beaux-Arts. L’institution se distingue toutefois par l’importance de ses collections africaines et océaniennes. Une centaine d’œuvres nouvelles, datant de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, sont exposées en ce Ci-dessus, statuette moment dans un décor qui dékafigueledyo (Sénoufo, cline le brun des terres loinCôte d’Ivoire, hauteur : 55,6 cm, ancienne collection taines. Une muséographie Bohumil Holas). Cette figurine modeste au service de pièmagique est utilisée pour désigner les fauteurs de troubles. ces fortes, selon Les bras sont articulés, la tête est M o n i q u e Bussac qui souvent surmontée de plumes et parfois de piquants de porc-épic. accompagne volonElle porte quelquefois des sachets t i e r s le visiteur chargés de substances nocives. d a n s sa découverte des «Figures q Astrid Deroost Photos Claude Pauquet, Thierry Blais énigmatiques».
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Claude Pauquet
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L’Actualité. – «Figures énigmatiques» est le fruit de deux donations. Monique Bussac. – L’aiguillon de cette exposition a été l’arrivée presque simultanée de deux donations. Nous avons fait l’inventaire d’une centaine de pièces magnifiques et nous avons aussitôt pensé qu’il fallait, étant donné leur beauté, les montrer au public dans leur totalité. Soixante œuvres viennent de Côte d’Ivoire, souvenir de Bohumil Holas qui était un grand monsieur de l’ethnologie africaine et directeur du musée d’Abidjan. Ce Praguois naturalisé français a vécu plus de trente ans en
Afrique. La Côte d’Ivoire a souhaité partager ses collections entre ses deux pays de cœur : la Côte d’Ivoire et la France. Le Musée des arts d’Afrique et d’Océanie (Maao, Paris) et Angoulême ont bénéficié de cette attention. L’autre collection vient d’un donateur parisien, anonyme, particulièrement intéressé par les travaux de notre musée. Ces deux collections sont l’œuvre d’hommes de terrain qui ont aimé l’Afrique, qui ont choisi et aimé les objets sans préoccupation marchande. Cela se sent intuitivement. Au cours de l’inventaire, nous avons marqué, mesuré, manipulé tous les objets et ils nous ont touchés. Un plaisir que nous voulons transmettre au public. La collection africaine d’Angoulême, née d’un legs, s’enrichit-elle surtout de cette manière ? Statistiquement, oui, car la donation fon-
datrice de Jules Lhomme représente plus de 3 000 œ u v r e s . De plus, nous recevons des pièces quasiment tous les ans, et n o m b r e u s e s puisqu’il s’agit parfois de collections. Toutefois, le musée a toujours acheté. Nous avons eu, pendant dix ans, un spécialiste de l’Afrique en la personne d’Etienne Féau. Il est aujourd’hui au Maao et garde un œil amical sur notre collection, t o u t comme Roger Boulay pour l ’ O c é a n i e et Marie-France Vivier pour le Maghreb. Les collections qui bougent, s’enrichissent et donnent lieu à des animations attirent les donateurs. Les collectionneurs ou les personnes particulièrement liées à l’Afrique savent qu’un musée préservera l’ensemble de leurs objets en les faisant vivre. Mais ils choisiront une structure avec laquelle ils ont des affinités. Raison pour laquelle les dons viennent de partout. Aujourd’hui, la collection africaine d’Angoulême est la seconde de province et nous prêtons des pièces pour toutes les grandes ex p o s i t i o n s internationales, notamment celles du Maao. D’autre part, n o s acquisitions sont r é g u l i è r e m e n t citées dans les publications traitant de l’art africain. L’ i n s t i t u t i o n charentaise a-t-elle des re l a t i o n s privilégiées avec des musées africains ? Nous avons surtout des contacts privilégiés avec des individus. Lorsque Etienne Féau était présent, nous avons reçu pas mal de collègues comme l’un des conservateurs du musée de Bamako. Salia Malé a fait la préface de notre publication et vient souvent à Angoulême. Nos é c h a n g e s sont alors très riches et nourCi-dessus, masque Toussian (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, don de la Côte d’Ivoire, ancienne collection Bohumil Holas). Statuette kafigueledyo (Sénoufo, Côte d’Ivoire, hauteur : 70 cm, don anonyme).
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rissent notre connaissance. Quant aux musées... Le Maao a des relations avec tous les musées d’Afrique et joue le rôle d’interface entre nous et les collections étrangères. Nous avons par ailleurs de très bonnes r e l a t i o n s avec le Centre culturel J e a n - M a r i e Tjibaou de Nouméa. Une dizaine de pièces sont en dépôt ici. Q u e l l e est la spécificité de cette exposition ? Le thème s’est imposé de luimême. Une grande partie des objets sont des masques et des statuettes, figurations humaines ou animales. Dans tous les cas, ce sont des figures d’êtres vivants qui ne se livrent pas facilement. Même expliquées, ces p i è c e s cultuelles gardent leur mystère... d’où le titre de l’exposition. L’autre spécificité est géographique puisque les pays principalement représentés dans notre collection sont ceux du centre ouest de l’Afrique : Côte d’Ivoire, Burkina Faso surtout puis Mali, Ghana, Bénin... Enfin, nous proposons des ensembles de statuettes (Lobi du Burkina et Yoruba du Nigéria) vouées au culte des ancêtres et traditionnellement présentées en groupe sur les autels familiaux. Quelles sont les modalités d’évaluat i o n d’une œuvre hors normes européennes ? Nos critères d’évaluation sont légitimes mais ne sont pas ceux des auteurs des œuvres. Le sculpteur a réalisé une pièce en fonction de paramètres religieux et esthétiques. Nous, Européens, allons la regarder du point de vue est h é t i q u e ou philosophique. Les deux regards ne coïncideront pas mais ce n’est pas grave. L’important est de le savoir et de ne pas porter de j u g e m e n t sur le regard de l’autre. Après, on peut trouver une pièce belle ou laide. C’est une des questions es-
sentielles de l’art africain. Les artistes européens du début du siècle, en amoureux de la forme, ont vu dans cet art une source de liberté. Alors que le sculpteur africain travaille dans le respect de la tradition sans prétendre au statut individuel de créateur. Comment expose-t-on des œuvres cultuelles qui, par définition, ne sont pas destinées à être exposées dans un musée ? Très franchement, une immense majorité d’objets sont dans les musées sans avoir été prévus pour. On y voit des locomotives, des coiffes... Même les peintures destinées à l’exposition n’étaient pas imaginées pour ce lieu. Seules les œuvres d’art contemporain peuvent être commandées dans cette p e r s p e c t ive . A partir du moment où l’on présente un objet dans un musée, on le pert u r b e . Un masq u e n’y est pas p l u s à sa place q u ’ u n chapiteau r o m a n conçu p o u r être vu de l o i n et dans l ’ o b s c u r i t é . Il faut donc perturber avec respect e t porter un regard sur la créativité, il faut connaître et aimer la pièce. Vo u s proposez d e s visites thématiques. M e s interventions ne sont pas destinées à des spécialistes et je ne veux pas noyer les visiteurs sous une masse d’informations. Je propose une première approche à travers des thèmes communs à une Ci-contre, statuette babeta (Lobi, Burkina Faso, hauteur : 90 cm, don anonyme). Elle matérialise les relations des hommes et des esprits de la nature, possède une fonction de protection et de conjuration. La sculpture lobi, qui n'a pas produit de masque, n’a été découverte que récemment par les ethnologues. Ci-dessus, statuette Ebrié ou Akyé (Côte d’Ivoire, hauteur : 35,4 cm, don de la Côte d’Ivoire, ancienne coll. B. Holas). Page de droite, poupée biiga, gainée de cuir (Mossi, Burkina Faso, hauteur : 34 cm, ancienne coll. B. Holas).
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grande partie des cultures africaines et océaniennes. Outre la fonction des objets, je parle des grandes mythologies, de l’idée de la mort et des funérailles, du totémisme. Je souhaite donner des clés qui permettent ensuite aux gens de se débrouiller seuls, à commencer par l’abandon du regard ethnocentrique. Lorsque la différence est comprise, s’il y a émotion, il y a transcendance, donc un contact avec la fonction religieuse première de l’objet. Ces masques et ces statuettes sont des œuvres métaphysiques, de relation avec un au-delà, et je pense pour cela qu’elles peuvent nous toucher. Quand j’évoque le culte des ancêtres, les visiteurs sont émus, pensent à leurs grands-parents. Ce sont des notions proches intellectuellement. P a r m i les pièces de «Figures énigm a t i q u e s » , à laq u e l l e va votre préférence ? La grande statuette d u groupe Lobi m’émeut d’une façon forte. Peut-être e s t - c e son aspect m o n u m e n t a l . Elle e s t aussi érodée, fragilisée et donne l’impression d’avoir vécu. Elle est à l’instar de la Vénus de Milo vue p a r André Malr a u x , un chefd’œuvre du hasard et c’est ce qui fait sa force. s Commissaires de l’exposition «Figures énigmatiques» : Etienne Féau et Monique Bussac, respectivement conservateur chargé de la section Afrique au Musée des arts d’Afrique et d’Océanie (Paris) et conservatrice en chef des musées d’Angoulême. Outre la publication déjà consacrée aux collections africaines et océaniennes, le musée propose un catalogue rassemblant les trente pièces les plus exceptionnelles de l’exposition (48 pages). Exposition jusqu’au 24 mai au musée des Beaux-Arts, 1, rue Friedland, 16000 Angoulême. Renseignements au 05 45 95 07 69
Musiques Métisses
Cesaria, Busi, Chiwoniso et Sally Espéranto musical nord-africain, charangas, maskanda, chants zulu, tuku sound, mornas... L’édition 99 du festival Musiques Métisses d’Angoulême est forcément internationale, diverse, conviviale et instructive. Car, au fil du temps, Christian Mousset, directeur artistique et fondateur, a façonné la formule idéale : talents nouveaux et confirmés, scènes multiples, spectacles non-stop gratuits ou payants et tables épicées, préparées bénévolement par les habitants. Du 20 au 24 mai, les musiciens et chanteurs d’Afrique, de l’océan Indien, du Maghreb, de la Caraïbe se mêlent à leurs jeunes disciples, créateurs en terre de France des nouvelles musiques urbaines. «Il est important que les enfants d’immigrés des deuxième et troisième générations travaillent sur leurs racines, s’intègrent tout en gardant leur identité», le message de Christian Mousset mène tout droit au théâtre de la ville. La compagnie de danse Black Blanc Beur y lance, le jeudi soir, les 24 Musiques Métisses. Dès le vendredi, les artistes femmes, «de plus en plus nombreuses et confirmées», éclairent le grand chapiteau. Chiwoniso, originaire du Zimbabwe, a vécu aux Etats-Unis. Sa voix exceptionnelle s’arrange de toutes les musiques électriques ou acoustiques. Busi Mhlongo, ambassadrice de la culture zulu et révélation des Musiques du monde en 1998, s’inspire d’un art vocal Musiques Métisses. Du 20 au 24 mai. Renseignements au 05 45 95 43 42 Site Internet : http// festival.musiques-metisses.com Email : festival@musiquesmetisses.com e
traditionnel. Sally Nyolo, née au Cameroun, a déjà publié deux albums, Tribu et Multiculti. Ancienne chanteuse de Touré Kunda, de Princess Erika, elle a fait partie du groupe vocal Zap Mama avant de faire route en solo. Enfin, un timbre nostalgique désormais fameux achèvera la soirée : Cesaria Evora fait partie des fidèles que le festival aime à retrouver. Autres temps forts : la soirée Maghreb avec l’Orchestre national de Barbès accompagné d’Idir, ou la nuit latine qui révélera la Cubaine Magaly Bernal et la Péruvienne Susana Baca, ou le concert d’Oliver Mtukudzi, fulgurant musicien du Zimbabwe pratiquement inconnu en France... En tout, près de quarante artistes vont faire vivre le site du festival (qui dispose cette année d’une troisième scène), le centre, les quartiers et des petites communes environnantes. Des groupes congolais, guadeloupéens, guinéens, en résidence, animent déjà des stages de danse ou de percussions en direction des jeunes de toutes les communautés. Une manière de propager l’esprit d’un festival tellement respectueux des métissages.
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