CULTURE
ARCHÉOLOGIE
Recherches sur l’urbanisme antique
Histoire des protestants poitevins
En 1680, la communauté protestante poitevine compte quelque 80 000 fidèles. Les Dragonnades de 1681 et 1685 ont pour but de la faire disparaître. Des conversions forcées à l’exil, des «assemblées du désert» à l’édit de Tolérance de 1787, Jacques Marcadé, professeur d’histoire moderne à l’Université de Poitiers, dans son ouvrage intitulé Protestants poitevins, de la Révocation à la Révolution, retrace la vie quotidienne de ces «mal sentants de la foi». Des cartes indiquant notamment la présence protestante du Poitou, un glossaire et une bibliographie accompagnent l’ouvrage. Les noms de personnes et de lieux sont répertoriés par ordre alphabétique. Edité dans la collection «Pays d’histoire» chez Geste éditions, l’ouvrage représente une synthèse des nombreux travaux de l’auteur. Il s’adresse aux étudiants, professeurs et aux amateurs d’histoire souhaitant comprendre la spécificité protestante poitevine. Geste éditions, 240 p., 130 F.
près avoir fouillé pendant six mois le chantier des Cordeliers, au cœur de Poitiers, les arc h é o l o g u e s se concentrent maintenant sur l’étude de plusieurs tonnes de mobilier et des milliers de structures à identifier. Le premier secteur fouillé, situé près de la rue des Grandes Ecoles, avait permis de mettre au jour une rue antique nord-sud joignant l’amphithéâtre aux thermes de Saint-Germain et bordée de boutiques, ainsi qu’une partie du couvent des Cordeliers. La deuxième tranche, achevée à la mi-décembre, concernait près de 1 000 m2, derrière les boutiques et le long de l’actuelle rue du Marché. Un vaste bâtiment a été découvert. Les archéologues ont d’abord pensé à un domus.
A
Mais les dimensions de l’entrée monumentale et le vestibule qui c o m m u n i q u a i t avec une cour entourée d’une riche galerie à colonnade bordée d’une série de pièces ont été interprétés par un architecte du CNRS comme les éléments d’une schola. De nombreux textes antiques font référence à ce type d’édifices, très répandus en Italie. La schola de Poitiers serait en revanche la première découverte en France. Maison des corporations professionnelles, la schola a un rôle social. On s’y rassemble pour les cultes, les fêtes, on y reçoit les apprentis. Les boutiques toute proches devaient servir de vitrines. «Nous sommes descendus jusqu’aux niveaux les plus anciens, explique Anne-Marie Jouquand, responsable du chantier. Trois
Sébastien Laval
Michel Boujut prix du livre
Michel Boujut a reçu le prix du livre en Poitou-Charentes, décerné en décembre 1998 par l’Office du livre, pour son récit intitulé Le Jeune Homme en colère (Arléa, 1998). Il y raconte un périple dans sa Charente natale à la recherche des paysans et artisans photographiés par Paul Strand à la fin des années 50. Il a retrouvé le jeune homme en colère dont le portrait a fait le tour du monde.
états architecturaux se superposent. Une première couche noirâtre renferme des céramiques datant de l’époque d’Auguste (-47/+14) qui marque la naissance de Poitiers. Au Ier siècle après J-C, la ville est rasée pour céder la place à un nouveau plan d’urbanisation. Au IIIe siècle, la ville est détruite par un violent incendie qui a figé les éléments et permis de conserver des trac e s bien visibles. Nous pouv o n s ainsi réfléchir sur les g r a n d s problèmes de l’urbanisme antique.» Sur l’autre bord de la voie antique, un vaste monument était longé par une canalisation voutée. L e s archéologues l’avaient d ’ a b o r d identifié comme un aqueduc. Mais ils ont finalement révisé leur jugement lorsqu’ils ont découvert que le conduit venait se jeter dans un bassin rectangulaire. Celui-ci constituait probablement un réservoir associé à des latrines publiques. L’ouverture d’une vanne libérait l’eau qui nettoyait tout le réseau. «Ce dispositif exceptionnel est chargé de symbole. Maîtriser l’eau pour évacuer les déchets était pour les Romains une marque de leur avancement technique.» Premier bilan de l’étude au cours de l’été 1999.
Marie Martin
Trente ans d’inventaire
A l’occasion de son trentième anniversaire, le service régional de l’Inventaire est présent au musée Sainte-Croix de Poitiers. Cette institution, qui est dirigée en Poitou-Charentes par Yves-Jean Riou, a pour mission de «recenser, étudier et faire connaître toute œuvre qui, du point de vue historique, artistique ou archéologique, fait partie du patrimoine national». L’exposition comprend cinq parties : la documentation de l’Inventaire, en particulier les bases de données Mérimée accessibles par Internet, le patrimoine religieux du XIXe siècle, le patrimoine industriel photographié par Marc Deneyer (lire le dossier de L’Actualité n° 36), l’architecture rurale et le mobilier civil régional. Un ouvrage de 424 pages abondamment illustrées – Patrimoine de Poitou-Charentes, architectures & mobiliers – doit paraître. Exposition jusqu’au 15 mars, musée Sainte-Croix de Poitiers.
s Les hommes en colère
Odile Azagury, chorégraphe installée depuis plusieurs années à Poitiers, crée un nouveau spectacle avec la compagnie Les Clandestins :
Les Hommes en colère.
Création au Centre de Beaulieu, à Poitiers, du 25 au 27 février (tél. 05 49 39 29 29), puis à la chapelle FromentinBallet atlantique, le 20 mai (tél. 05 46 51 54 00).
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CRÉATION
Georges Aperghis à Poitiers
Le compositeur Georges Aperghis est invité à Poitiers du 28 janvier au 4 février par l’ensemble instrumental Ars Nova, en partenariat avec Le Théâtre-Scène nationale, pour une série de concerts, d’ateliers et de rencontres. Jeudi 28 janvier, à la médiathèque, 18h30 : Sans commentaires, film de JeanBaptiste Mathieu autour d’un spectacle d’Aperghis, suivi d’une rencontre avec le réalisateur et le compositeur ; prélude musical par le Conservatoire national de région (entrée libre). Dimanche 31, au musée Sainte-Croix, 16h : Concert promenade avec au programme des pièces en solo, duo ou trio : Récitations, Les Guetteurs de sons, A bout de bras, La date, la signature… en présence du compositeur (entrée libre). Lundi 1er février, au musée, 14h : Atelier ouvert aux étudiants de musicologie et du CFMI . Mardi 2, au lycée Victor-Hugo, 14h : Atelier ouvert aux élèves des classes Terminales option musique de la région PoitouCharentes. Mercredi 3, à la médiathèque, 18h : «Georges Aperghis, le corps musical», conférence d’Antoine Gindt. Jeudi 4, au centre de Beaulieu, 20h30 : Concert mis en espace par Georges Aperghis par Ars Nova, direction Philippe Nahon : Pièce pour 12, pour 12 musiciens, Ruinen, pour trombone solo, Babil, concerto pour clarinette et 15 instruments (création), Faux mouvements, trio à cordes, In Extremis, pour 9 musiciens (création, commande d’Ars Nova). Entre les pièces, Isabelle Lagarde, soprano, chante des extraits de Récitations . Réservations : 05 49 39 29 29
Le décor “extravagant” de sa maison natale, à Rochefort, a également contribué à la redécouverte de Pierre Loti. Plus de 30 000 personnes la visitent chaque année. Il y a vingt ans, les gens y voyaient l’œuvre d’un fou médiocre. Aujourd’hui, cette maison apparaît comme une œuvre en soi, cohérente, forte. D’où vous vient ce goût pour l’exotisme ? Je suis né à Rochefort, ville quadrillée par des rues aux noms de voyageurs, mais c’est un voyage à Istanbul avec mes parents qui m’a ouvert la porte de l’exotisme. Je me suis plongé dans Pierre Loti pour voyager, et aussi par esprit de contradiction. En effet, au début des années 70, Pierre Loti était encore considéré comme un écrivain mineur, tout juste bon pour la dictée des grands-mères. En travaillant sur son œuvre, j’ai compris qu’exotisme ne rime pas forcément avec colonialisme, qu’il s’agit plutôt d’un imaginaire de la différence, de l’altérité. C’est pourquoi, plus tard, j’ai créé les Carnets de l’exotisme, revue qui explore et interroge cet imaginaire sous ses aspects les plus divers : littérature, histoire, arts, voyages, diplomatie… Le livre Via Poitiers, est-ce de l’exotisme à l’envers ? L’exotisme est majoritairement un regard de l’Occident vers le reste du monde. Et pourquoi pas l’inverse ? Ne serions-nous pas exotiques pour les autres ? Poitiers semblait un excellent sujet d’étude car cette ville symbolise historiquement un lieu de rencontre, ou de contact, entre l’Occident et l’Orient, qui plus est, géographiquement située sur un seuil. Nous avons donc cherché à savoir ce qui avait frappé les étrangers lors de leur passage à Poitiers. Puis nous avons fait l’inventaire de tout ce qui a été écrit sur cette ville. L’anthologie rassemble près de deux cents auteurs. Nous constatons que Poitiers apparaît comme le prototype d’une ville de l’Ouest, avec sa légende dorée et sa légende noire, une ville repliée sur elle-même, qui ne se donne pas au premier venu. Une ville qui ne s’affiche pas, mais qui se mérite.
Propos recueillis par Carlos Herrera
Pierre Loti, le pèlerin de la planète, éd. Aubéron, 528 p., 168 F. Soldats bleus. Journal intime 1914-1918, de P. Loti, édition établie par A. Q.-V. et Bruno Vercier, La Table ronde, 312 p., 135 F. Via Poitiers, anthologie réunie et présentée sous la direction d’Alain Quella-Villéger, Jean-Paul Bouchon, Claude Deméocq, photographies de Marc Deneyer, éd. Atlantique/Le Torii, 352 p., 148 F. Carnets de l’exotisme, «Retour à Segalen», n° 21, janv. 1999, 80 F (Le Torii éd., BP 93, 86003 Poitiers cedex). Alain Quella-Villéger participe à l’organisation du colloque pluridisciplinaire sur «Les Méditerranées de Pierre Loti» qui aura lieu à Rochefort et La Rochelle en octobre 1999.
L’Actualité Poitou-Charentes – N° 43
Claude Pauquet
Poitiers via Loti
lain Quella-Villéger est originaire de Rochefort, ville de grands voyageurs et surtout ville natale de Pierre Loti. C’est chez cet auteur, lu et relu depuis l’adolescence, qu’il a cultivé ce goût pour le voyage, pour l’exotisme, pour l’imaginaire de la différence. Au fil de ses livres (une quinzaine déjà) Alain Quella-Villéger nous guide sur des voies peu fréquentées ou non conformes, qu’il s’agisse de l’œuvre de Pierre Loti – qu’il a contribué à faire redécouvrir –, d’anthologies de textes oubliés sur la Polynésie, l’Indochine, le Québec et l’Acadie, le Poitou-Charentes et de recherches historiques sur la littérature exotique ou coloniale.
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Que s’est-il passé entre Pierre Loti l’incompris, titre de votre première biographie, et Pierre Loti, le pèlerin de la planète, qui vient de paraître ? Douze années séparent ces deux biographies. Entre-temps, nombre de livres de Pierre Loti ont été réédités, son journal intime en grande partie publié ainsi que des études sur son œuvre, ses photographies, etc. Pierre Loti n’est donc plus un incompris. Il a trouvé une nouvelle génération de lecteurs ; des jeunes notamment qui découvrent dans ses récits de voyage un homme tolérant, ouvert et généreux, à l’écoute de ce que les autres cultures peuvent nous apprendre. Pierre Loti n’est pas un colonialiste – pour lui, la France n’est pas au centre du monde – mais un pérégrin avide de découvrir des civilisations disparues ou en train de s’éteindre. Il veut arriver avant qu’il ne soit trop tard, témoigner, sauver même : attitude très moderne.
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CULTURE
PATRIMOINE
Les émaux de Ligugé
Palmarès du festival Henri Langlois
Parmi les 62 films sélectionnés aux 22e rencontres Henri Langlois, qui se déroulaient du 5 au 13 décembre 1998 à Poitiers, le jury, composé de professionnels du cinéma, a récompensé quatre courts métrages réalisés par de jeunes cinéastes originaires du monde entier. Le grand prix est décerné à deux films. Külla Tuli, de Jaak Kilmi (Estonie), est une fiction en noir et blanc relatant la vie d’un jeune citadin qui espère retrouver des rapports humains plus authentiques en partant à la campagne. Le film reçoit également le prix des jeunes réalisateurs. Hotel Belgrad, de Andrea Staka (Suisse), est un huis-clos entre deux personnes de nationalités différentes. Le couple ne pourra pas vivre une histoire d’amour dans un contexte de guerre. Le prix spécial du jury est attribué à la jeune réalisatrice anglaise Devika Ponnambalam, pour Father’s day. La Finlandaise Olli Saarela reçoit le prix de la mise en scène pour son film Koverhar, trois jours dans la vie d’un boucher. Deux mentions spéciales reviennent à Arne Brejc (Slovénie) pour Stan et Charmaine Choo (GrandeBretagne) pour Peaches. Le prix Canal + est décerné à Rosemary Hesp (Australie) pour Relative Strangers. Le prix de l’Université Campus-Mnef revient à Boele Weemhoff (Pays-Bas) pour Blanche et Marie. Enfin, le prix du public est attribué à Andrea Katzenberger (Allemagne) pour Anja, Bine und der T o t e n g r ä b e r.
La passion du patrimoine maritime
Le très bel ouvrage que viennent de publier les éditions Chasse-Marée-ArMen, Bateaux traditionnels français, reconstitutions et répliques, est un livre-bilan du mouvement de conservation et de renaissance du patrimoine maritime français. Quand la restauration de navires anciens existants, de toute façon rares, souvent fragiles ou cantonnés dans des musées, ne suffit pas aux passionnés de navigation à l’ancienne, il reste la construction de répliques réalisées avec un souci de fidélité scrupuleuse aux originaux. Cet ouvrage collectif rédigé par les collaborateurs du ChasseMarée sous la direction d’Yves Gaubert, correspondant de la revue à La Rochelle, nous embarque pour un voyage abondamment illustré à la rencontre des précurseurs européens, le caboteur viking Roar Edge lancé il y a quinze ans au Danemark, et le Batavia, trois-mâts de 58 mètres de la Compagnie hollandaise des Indes, naufragé en 1629 en Australie et refait à l’identique sous l’impulsion d’un charpentier de marine néerlandais. Au fil des pages, on découvre aussi des voiliers plus humbles, navires de pêche et de travail de nos côtes, crevettiers, caboteurs ou lougres. Parmi ces voiliers, dont la reconstruction est à chaque fois une aventure, trois charentais-maritimes, la gabarre de Gironde Les Deux Frères et Le Boucholeur, sloup ostréicole de la baie de l’Aiguillon, tous deux construits au chantier Durand de Marans, et l’un des plus prestigieux, l’Hermione, la frégate de Lafayette, en chantier depuis un an à la Corderie royale de Rochefort.
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n 1945, Dom Jean Coq u e t crée un atelier d ’ é m a u x à l’abbaye Saint-Martin de Ligugé dans la Vienne. Il sollicite les plus grands peintres de l’époq u e : Marc Chagall, Georges Braque, Georges Rouault, Alfred Manessier... Malgré certaines réticences, tous accepteront finalement que leurs toiles soient transcrites en émail. Les moines deviennent alors orfèvres. Le feu et les poudres d’émail r e n o u v e l l e n t la matière de l’œuvre sans pour autant trahir l’original. Plus de deux cents émaux sur cuivre et quelquesuns en argent seront réalisés en pièces uniques. Des pièces pour la plupart acquises par des collectionneurs, dont la trace est aujourd’hui perdue. Ce sont quelques-uns des émaux conservés par l’abbaye que Sabine de Lavergne, docteur en théologie, diplômée de l’Ecole du Louvre et membre expert du comité national d’art sacré présente dans Les émaux de Ligugé. Un ouvrage très complet réunissant un catalogue de cinquante-
Job en prière, d’après Chagall, 29,2 x 22,2 cm, 1960.
quatre pièces d’émail accompagnées de fiches techniques, un historique de l’atelier, des textes de critiques ou d’historiens de l’art, des échanges épistolaires entre les peintres et les moines et une préface signée Domin i q u e Ponnau, directeur de l’Ecole du Louvre. Soulignons la qualité de la reproduction : chaque image a été vernie pour créer l’illusion de la surimpression de l’émail. Un travail remarquable.
Emmanuelle Daviet
Éditions Siloe, 192 p., 290 F.
Le Footsbarn Travelling Theatre
L
e Footsbarn est un théâtre nomade d’origine anglaise à vocation universelle. Son utopie ? Créer un théâtre intelligible à tous les publics, à toutes les cultures, à tous les âges. Créée en 1971, la troupe s’est enrichie au fil de ses tournées de comédiens de nationalités différentes et de traditions théâtrales nouvelles. Le fruit de cette aventure : des représentations en langue Footsbarn, anglaise, française où se mêlent la comédie, le mime, l’humour, le décalage, la musique. Le Footsbarn plante son chapiteau du 9 au 27 mars à Poitiers, au parc de Blossac, invité par Le Théâtre-Scène nationale. Cette
saison, le répertoire proposé est un triptyque : Don Juan de Molière, Le Conte d’hiver de Shakespeare, L’Arbre à palabres du Footsbarn.
Tél. 05 49 39 29 29
Jean Roquecave
Ed. Chasse-Marée-ArMen, 350 p., 450 F.
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L’Actualité Poitou-Charentes – N° 43