ARCHÉOLOGIE
L’îlot des Cordeliers est l’objet de la plus vaste intervention archéologique jamais menée à Poitiers
Quinze siècles dans quatre mètres de dénivelé
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oitiers est mentionnée pour la première fois en 51 avant J-C. Les archéologues espèrent trouver des vestiges datant de cette époque sur le chantier de l’îlot des Cordeliers. Situé dans le centre-ville, près de la Banque de France et le long du secteur piétonnier, ce chantier est effectué dans le cadre d’une opération préventive, avant la réalisation d’un grand projet immobilier comprenant un parking de 400 places, trois niveaux de commerces et 88 logements. «Le montage financier de l’opération est original puisque pour l a première fois, un promoteur privé, SNC Soccorde, l’Etat et les trois collectivités territoriales y sont associés», explique Luc Bourgeois, conservateur au Service régional de l’archéologie. Le chantier représente la plus vaste opération archéologique jamais menée à Poitiers, tant par son envergure (près d’un demihectare à étudier) que par le nombre de personnes mobilisées (une vingtaine de professionnels de l’Association pour les fouilles archéologiques nationales), les moyens (6 MF) et la durée de travaux consentie (de mai à décembre 1998). Les fouilles mobiliseront ensuite pendant huit mois une dizaine d’archéologues pour rédiger une première synthèse des résultats. «L’intérêt du site est sa position, en plein cœur de la ville antique, l’un des derniers vastes espaces du centre historique ancien encore accessibles. Les archéologues peuvent ainsi retrouver les traces de l’évolution de l’urbanisation et de l’histoire de la ville depuis l’Antiquité», affirme Luc Bourgeois. Depuis les débuts de l’urbanisation au Ier siècle, on construisait les nouveaux bâtiments directement sur les ruines des anciens, faute de moyens pour les déblayer. Ainsi, les archéologues découvrent aujourd’hui quatre mètres de dénivelé contenant quinze siècles d’histoire. Entre le Ier siècle après J-C et le IIIe siècle de notre ère, le quartier s’organise autour d’une voie gallo-romaine nord-sud de huit mètres de
large, joignant l’amphithéâtre aux thermes de Saint-Germain, et qui séparait deux îlots. La rue sera plus tard réduite par l’implantation d’un important aqueduc. Dans un premier temps, l’îlot ouest est bordé d’un trottoir couvert et de maisons urbaines. Puis, à une date qui reste à préciser (début du IIIe siècle ?) un vaste ensemble, dont il ne subsiste qu’un grand portique et quelques blocs de maçonnerie, est aménagé. Il s’agit peut-être d’un édifice public. A l’est, une rangée de boutiques, très régulière, dont les murs sont en parfait état de conservation, s’ouvre sur la rue. Elles seront détruites avec leur contenu lors d’un violent incendie. Néanmoins, de nombreux vestiges ont été découverts, des morceaux de vaisselles, des bronzes ou des objets en os. Les éléments extraits du chantier remplissent environ vingt caisses par jour.
De précieuses informations sur la vie quotidienne au Moyen Age
A la fin de l’Antiquité (IVe-Ve siècles), au moment des invasions, à Poitiers, comme dans les autres villes de Gaule, une enceinte vient défendre le cœur de la cité. D’une ampleur considérable, elle entoure 42 ha. Sur l’emprise du chantier, elle se situe au milieu de l’ancienne rue. Sa construction a entraîné la destruction d’une large bande de bâti de part et d’autre. Elle est composée de matériaux de récupération, sans doute prélevés sur des bâtiments publics antérieurs. Devant l’enceinte, pour que celle-ci soit efficace, un fossé de 20 m de large et un glacis la protègent. «Le mobilier qui est resté dans le glacis va d’ailleurs permettre de donner des dates.» L’enceinte reste en usage jusqu’au XIIe siècle. Progressivement désaffectée, elle libère de
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vastes espaces. Du Moyen Age à la Révolution, de nombreux bâtiments conventuels se succèdent. Ils livrent aujourd’hui de précieuses informations sur la vie quotidienne à cette époque (présence de cheminées, carrelage, installations hydrauliques, déchets alimentaires, latrines). Deux ordres mendiants vont s’établir, les Cordeliers ou Franciscains (vers 1240) et les Frères Sachets (1269), ces derniers étant rapidement interdits. Les Cordeliers étendent leur couvent sur près de deux hectares. Une partie de la chapelle subsiste aujourd’hui. La fouille du cloître, bordé de galeries utilisées comme cimetière à partir du XIVe siècle, a permis de mettre au jour près de 200 sépultures. Après la bataille de Nouaillé en 1356, des chevaliers y ont probablement été enterrés. Néanmoins, rien ne permet de le vérifier puisqu’il ne subsiste aucune trace de leur armure ou autres objets personnels, les champs de bataille étant systématiquement pillés. Des sépultures de femmes et d’enfants, les plus récentes datant du XVIIIe siècle, ont également été mises au jour. s
Etude du chantier du Calvaire Les fouilles du Calvaire représentent l’autre grande opération effectuée en 1998 à Poitiers (lire L’Actualité n° 39). Ce site gallo-romain a fait l’objet d’une étude préliminaire à une publication scientifique. Elle met en évidence l’évolution de l’îlot, des origines – un terrain labouré à l’époque gauloise – à l’implantation d’une rue et de ses habitations. «Pour la première fois, nous avons des maisons complètes avec leur évolution dans le temps. Nous pouvons ainsi établir un plan type, le modèle de la maison romaine avec la cour intérieure, l’alimentation en eau, etc., et nous rendre compte de la façon dont fonctionne et évolue un quartier, pour comprendre sa disposition actuelle, avec des maisons le long de la Grand’rue et de la Trésorerie générale. Il n’y a plus aujourd’hui de traces de la rue antique», explique Luc Bourgeois. Un ouvrage pour le grand public devrait être tiré de cette étude.
Les fouilles programmées Des fouilles programmées, effectuées sans délais imposés, se renouvellent tous les ans. Fait rarissime, une opération programmée à Poitiers est menée depuis quatre ans au baptistère Saint-Jean, monument majeur de l’époque paléochrétienne (IVe-Ve siècles). Il s’agit d’une étude critique des fouilles anciennes. Tout le plan est redessiné. Actuellement, des sondages sont entrepris au fond de la douve autour du baptistère. En 1999 débute l’étude des élévations. Dans la Vienne, les fouilles se poursuivent à Antigny où un sanctuaire romain permet aux archéologues d’étudier les cultes antiques. Des travaux continuent sur la frise magdalénienne d’Angles-sur-l’Anglin. A Dissay, un ciste a été découvert cette année, «dolmen miniature» avec un corps unique à l’intérieur, il fait partie des plus anciennes tombes néolithiques du Centre-Ouest de la France. L’Actualité Poitou-Charentes – N° 42
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