Ligués
contre le cancer Trois axes de lutte pour les bénévoles de la Ligue contre le cancer : prévention et dépistage, aide aux malades et soutien à la recherche oici quatre vingts ans que la Ligue contre le cancer existe – un anniversaire fêté par les 101 comités départementaux, en juin dernier au Futuroscope. Dans la Vienne, le comité a été créé il y a quarante ans. «Nous nous sommes mobilisés très tôt contre ce fléau, première cause de mortalité dans notre région, explique Philippe Chartier, radiologue, vice-président du comité départemental. Le Poitou-Charentes est une des régions où la moyenne d’âge est la plus élevée, et le cancer touche plus les personnes âgées.» Contrairement à ce que beaucoup de Français pensent, en termes de mortalité, le cancer arrive de loin en tête, au niveau national (en 1996, 140 000 décès), devant les accidents de la route (8 080 décès) et le sida (2 885 décès). Une enquête récente le prouve : le public a encore, sur cette maladie, des connaissances fausses et parcellaires. L’information, en tant qu’outil essentiel de la prévention, est l’un des objectifs prioritaires de la Ligue. Par ses publications, à l’occasion de manifestations, par des
V
q Mireille Tabare P h o t o s Claude Pauquet 54
campagnes nationales de prévention, la Ligue informe sur la maladie, sur l’hygiène de vie, les facteurs de risque, sur l’intérêt du dépistage. Au travers des clubs Pataclop, elle mène une action permanente de sensibilisation sur les méfaits du tabac, qui est générateur de nombreuses maladies graves et, parmi celles-ci, le cancer du poumon. Il meurt, chaque année en France, 23 000 personnes de cancers du poumon, dont 21 000 sont dus au tabac. «Le club Pataclop a été créé il y a sept ans, explique Rolande Porcheron, bénévole chargée des relations extérieures et responsable de cette opération dans la Vienne. Il a pour objectif de sensibiliser les jeunes de 7 à 14 ans aux méfaits du tabac et de leur proposer un mode de vie sain et sans tabac, sur le thème Génération non fumeurs.» Le club intervient dans les manifestations publiques, à l’école. Le club Pataclop de la Vienne regroupe 600 enfants. L’adhésion est gratuite. Devenir adhérent du club, c’est d’abord s’engager à porter la bannière de la Génération non fumeurs, c’est aussi recevoir régulièrement les publications du club, et participer à différentes activités culturelles et sportives. «Nous env i s a g e o n s déjà l’après-Pataclop, indique Rolande Porcheron. Nous prévoyons d’étendre notre campagne de prévention à la tranche d’âge suivante, et nous sommes en train d’étudier une formule d’action adaptée aux enfants de plus de 14 ans.» En 1998, a été lancée la première campagne nationale d’information et de sensibilisation sur le dépistage des cancers féminins. On dénombre, chaque année, plus de 25 000 nouveaux cas de cancers du sein et environ 4 000 du cancer du col de l’utérus. Dans notre pays, ces deux cancers provoquent encore chaque année le décès de 13 000 femmes. «C’est une des raisons qui m’ont fait m’engager dans la Ligue, et c’est mon “challenge” quotidien, en tant que radiodiagnosticien, remarque Philippe Chartier. Grâce à un dépistage de masse, qui permet un diagnostic précoce, il est possible d’agir concrètement pour faire reculer la maladie. Le dépistage du cancer du col permet d’obtenir une baisse de la mortalité de 90%, celui du cancer du sein une baisse de près de 30%. La science a fait de grands progrès dans ce domaine et l’imagerie médicale est à l’avant-garde du dépistage efficace du cancer du sein.» Deuxième axe d’intervention de la Ligue, le traitement social de la maladie. Quand le cancer arrive dans une famille, cela peut entraîner une diminution des revenus, une augmentation
L’Actualité Poitou-Charentes – N° 42
des dépenses, la perte d’un emploi, en même temps qu’un désarroi psychique chez le malade et ses proches. Avec persévérance et discrétion, les bénévoles de la Ligue apportent leur soutien matériel, social et moral à ces familles. Un comité de secours distribue des aides aux personnes les plus en difficulté, les assiste dans leurs démarches, œuvre à leur réinsertion. De nombreux patients souhaitent être davantage associés à la prise en charge de leur maladie. Ils veulent être informés, ils veulent s’exprimer. Pour répondre à cette demande, des groupes de paroles vont être mis en place dans le département. En novembre, à l’initiative de la Ligue, s’ouvriront, au plan régional et national, les premiers états généraux des malades du cancer. L’enjeu de cette manifestation : donner la parole aux malades pour mieux connaître leurs problèmes, leurs attentes, et contribuer à les satisfaire. «En tant que médecins, nous nous réjouissons de cette initiative qui favorisera le dialogue et la concertation entre les malades, les professionnels de la santé et l’ensemble des intervenants sociaux», note Philippe Chartier.
LIGUE
Un praticien engagé Alain Daban est cancérologue, chef de service depuis 1980 du service de radiothérapie et cancérologie au CHU de Poitiers, membre de la Ligue depuis quinze ans. «En tant que professionnel de la cancérologie, il était de mon devoir de participer activement à la lutte contre la maladie dans les cadre de la Ligue. Et j’étais particulièrement sensible à la démarche de la Ligue, centrée sur la recherche, mais aussi sur l’homme, sur les malades autant que sur les professionnels de la santé. Et, parmi toutes les associations qui existaient à l’époque, la Ligue me semblait la plus proche de mes préoccupations.» Alain Daban est membre du conseil scientifique du comité départemental. Ce conseil, composé de chercheurs et de praticiens, examine les dossiers de demandes de subventions et choisit ceux qui méritent d’être soutenus : demandes d’équipements pour la recherche clinique ou biologique, aide à une recherche fondamentale. «En tant que praticien, je bénéficie des subventions que la Ligue alloue à certaines recherches. La Ligue nous aide beaucoup au niveau départemental et national. Le besoin se fait sentir actuellement de mieux orchestrer nos efforts au niveau régional. Des Ligues régionales se mettent place. C’est l’objectif que nous nous sommes fixé en Poitou-Charentes : cela permettrait de gagner en cohésion, en force, en moyens, et de définir une politique plus globale sur l’ensemble de la région.»
L’enjeu de la recherche
La recherche a toujours représenté une priorité. Au cours des cinq dernières années, la Ligue a attribué 70% de ses ressources disponibles à la recherche. «Notre mode d’organisation décentralisé permet une sensibilité d’intervention à tous les niveaux, commente Philippe Chartier. Notre objectif : offrir à tous l’égalité des chances devant la maladie. Par exemple, dans une région donnée, sous-équipée médicalement, le conseil scientifique peut décider d’investir en matériel de diagnostic ou de dépistage. Dans la Vienne, nous avons la chance d’avoir un conseil scientifique particulièrement développé, en raison de la présence d’un CHU et d’un réseau complet de prise en charge des patients.» La recherche fondamentale est au cœur de la lutte contre le cancer. «A l’heure actuelle, nous mettons la priorité de notre action sur les laboratoires qui traitent des mécanismes de la cancérogénèse. Si l’on réussit à comprendre comment un “bon” gène peut devenir “mauvais”, comment, à cause d’un gène altéré, une cellule normale se transforme en cellule cancéreuse, il sera alors possible de proposer des thérapies permettant d’éviter que le cancer ne survienne.» s
Des moyens pour lutter La Ligue nationale contre le cancer, c’est : un comité national et 101 Comités départementaux, associations Loi 1901, 650 000 adhérents, 30 000 bénévoles sur le terrain. C’est aussi la transparence des comptes. Du 1er janvier au 31 août 1998, le montant des cotisations et dons a atteint 340 000 F dans la Vienne, le comité a reçu 72 000 F de subventions de la part de mairies et organisations sociales ou mutualistes, les donations et legs se sont élevés à près de 180 000 F. Le produit des collectes départementales est directement redistribué dans les départements. L’Actualité Poitou-Charentes – N° 42
55