ENGOLISMA
d’Astérix à Cléopâtre Les aventures mouvementées d’Uderzo à Angoulême se terminent évidemment bien puisque le musée de la bande dessinée lui consacre une grande exposition cette année. Autre clin d’œil à l’histoire : «Toutan’BD», l’Egypte dans la bande dessinée
Ci-dessus, le dessin d’Uderzo pour l’affiche de l’exposition à Angoulême, jusqu’au 27 septembre. Tél. 05 45 38 65 65
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n 1965, Astérix le Gaulois avait déjà visité Lutèce (dans La Serpe d’or), affronté les Goths, et joué au cirque avec des gladiateurs romains. Puis, à la suite d’un défi avec leur pire ennemi, Astérix et Obélix doivent faire le tour de Gaule et rapporter «des spécialités de chaque région». C’est là que Goscinny commet sa première bévue : pour éviter à ses personnages la province du Poitou et a fortiori la ville d’Angoulême, il fait prendre à ses héros le bateau à Burdigala (Bordeaux) pour rejoindre directement l’Armorique ! De son côté, le dessinateur Uderzo mit un point d’honneur pendant des années à ne pas se montrer dans les bulles du salon de la BD1. A vrai dire, il n’avait jamais été invité. Le village charentais peuplé d’irréductibles bédéphiles allait pourtant recevoir officiellement en janvier 1998 ce maître de la BD. Les 25 ans du festival ont permis de réparer l’outrage, et Astérix, ses amis et son papa graphique sont (enfin !) venus à Engolisma pour inaugurer la très belle et très complète exposition qui leur est consacrée : 450 m˝ offrant un grand nombre de planches originales d’Uderzo, de ses débuts à ses travaux d’aujourd’hui, coup de chapeau mérité à cet homme de 71 ans qui garde toujours le même enthousiasme pour son art (même s’il se prétend plus artisan qu’artiste).
part des adultes. Pourtant Astérix est né en 1959 dans les premières pages de Pilote, alors dirigé par Goscinny et Charlier. A cette époque, Uderzo dessine déjà Oumpah-Pah (scénarios de Goscinny) et s’attelle à la série d’aviation Tanguy et Laverdure (scénarios de Charlier). Astérix prend sa vitesse de croisière en 1962 avec Astérix Gladiateur. Les auteurs réalisent alors combien le public aime les jeux de mots. Ils apparaissent comme un des aspects majeurs de la série, et on commence à lire Astérix parce qu’il y a des jeux de mots ; on se remet à le relire parce qu’on sait qu’on a dû en laisser échapper lors de la première lecture. Doubles sens et second degré fondent la nécessité d’une relecture et assurent à Astérix sa légitimité culturelle.
Les faiseurs de potion ludique Mais revenons un peu sur les deux héros. Astérix / astérisque : du signe typographique en forme d’étoile, Astérix (l’as des risques !) est devenu une étoile de la BD. De la «petite étoile» latine (asteriscus), le personnage gaulois a également gardé la petitesse. Mais la petitesse du héros, c’est là toute sa grandeur ! Astérix est un guerrier vif, rapide et intelligent, un homme d’esprit ! Obélix est au contraire un homme de pierre. L’obélisque est d’ailleurs un monolithe quadrangulaire, ce qui n’est guère typique de la Gaule ni propre à décrire les rondeurs du célèbre acolyte ! Mais Obélix est bien plus qu’un monument de pierre, c’est un constructeur de menhirs. Comme eux, il est taillé dans la masse,
Des démystificateurs mythiques q Didier Quella-Guyot 24 L’Express s’empare dès 1966 du «phénomène Astérix» dont le contenu tant graphique que verbal vaut à la BD une reconnaissance de la
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tenant plus du rocher que du bel obélisque de Louxor. C’est toutefois à l’occasion de son voyage en Egypte que son nom sera le plus adapté. Là-bas, ces personnages à gros nez peuvent vérifier l’existence d’autres gros nez, celui du Sphinx, celui de Cléopâtre !
Les «anacrobaties» Outre les jeux de mots, la série doit une partie de son succès au joyeux charivari anachronique auquel s’amuse Goscinny. La plupart de ces tours de magie «anachrobatiques» consistent à annexer les noms, les expressions, les chants. Les noms gaulois se terminent tous en «-ix», construits sur le modèle «Vercingétor-ix». Ils signifient quelque chose et ne sont pas de simples jeux phoniques. Les dénominations romaines imitent la latinité par la finale en «us» pour les personnages (Sacapus, Gracchus Plaindastus...), et les finales en «um» pour les camps romains (Petibonum, Babaorum...). Il y a ainsi une «latinisation» du vocabulaire moderne, et non l’inverse ! Cela permet des clins d'œil, par exemple à Alain Saint-Ogan et à ses personnag e s de bande dessinée avec le Romain «Ziguépus». Par ailleurs, en modifiant des expressions consacrées ou en remplaçant ici et là un mot actuel par un mot renvoyant aux cultures gauloise ou latine, c’est un nouveau monde qui se crée, un monde qui se situe dans les faubourgs du monde gallo-romain, un univers certes nourri d’anachronismes mais également uchronique et utopique.
Dans le cadre de «L’été égyptien à Angoulême», deux expositions sont présentées jusqu’au 20 septembre : «Toutan’BD, l’Egypte dans la bande dessinée» au musée de la BD, et «La publicité à l’égyptienne» au musée du papier. Un catalogue – L’Egypte dans la bande dessinée –a été publié par le CNBDI et le CRDP de Poitiers, 128 p., 110 F.
Blake et Mortimer : Le Mystère de la grande pyramide, T. 1, p. 50, par Edgar P. Jacobs, éd. Blake et Mortimer.
Le réalisme caricatural L’exposition associe pourtant aux planches d’Astérix près de 70 objets d’époque gauloise rassemblés avec l’aide du musée national des arts et traditions populaires de Paris2 et du musée archéologique de Saintes, des objets d’origine gauloise qui affrontent leur imagerie. L’intérêt est double : d’ordre historique d’une part en démontrant que cette BD caricaturale n’a jamais totalement écarté la vraisemblance documentaire ; d’ordre pédagogique d’autre part en montrant côte à côte dessins et objets modèles.
la qualité des documents, soulignant ainsi la recherche et l’exigence qui président à la création d’une BD. Goscinny rédigeait ses scénarios d’une manière extrêmement claire et précise, ce qu’Uderzo appréciait beaucoup : «Avec Goscinny je n’ai rien à modifier, parce qu’il n’y a rien à jeter dans ses scénarios. La seule chose que je me permets de faire, c’est de glisser parfois un petit gag visuel4». Les étapes du travail de Goscinny et Uderzo sont parfaitement mises en évidence et prouvent à leurs lecteurs et à leurs détracteurs qu’ils ne les ont jamais pris ni pour des gogos, ni pour de vulgaires zozos.
Astérix, Cléopâtre… et l’Egypte dans la BD Parce que l’actualité d’Astérix y invite, il faut e n f i n signaler l’exposition «Toutan’BD, l’Egypte dans la bande dessinée», inaugurée en mai dernier et qui se tient jusqu’au 20 septembre 1998. Elle présente tous les avatars des rapprochements «Egypte et BD» et de la fascination exotico-mystique : du célèbre Mystère de la Grande Pyramide (Jacobs) à La Femme piège (Bilal) en passant par Papyrus ou la rencontre mémorable d’Astérix et de Cléopâtre. Par Toutatis et par Horus, que voilà une belle occasion de voyager dans le temps et de découvrir la belle et forte histoire de la bande dessinée mondiale ! La Gaule, Rome, l’Egypte, etc., tout cela à Angoulême, sur les rives de la Charente où s’activaient autrefois les usines de papier à cigarette5... du Nil. s
1. En fait, Uderzo vint quand même deux fois à Angoulême, deux visites éclair, l’une en 1985 «piégé» par Jack Lang pour se voir remettre le Grand Prix des arts graphiques, l’autre en 1995 pour l’exposition consacrée à son ami Charlier. 2. L’exposition d’Angoulême reprend d’ailleurs le concept d’une précédente exposition qui s’était tenue en 1997 dans ce musée. 3. Le CNBDI a édité une vidéo de 52 mn dans laquelle Uderzo raconte son itinéraire. 4. Uderzo, de Flamberge à Astérix, pp. 177-181. (Ed. Philipsen, 1985, 270 p.). 5. Aujourd’hui musée du papier. Tél. 05 45 92 73 43 (L’Actualité n° 30)
Gogoscinny et Uderzozo L’exposition est en ceci très complète qu’elle offre aux visiteurs des interviews filmées des auteurs3, des objets dérivés (de collection). Enfin, symboles attachants, la machine à écrire de Goscinny, une Royal, est là aux côtés de la table à dessin d’Uderzo. Un des intérêts de cette exposition tient aussi à
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