HUGUENOTS
Les mal sentants de la foi Dès le XVIe siècle et durant près de trois siècles, l’histoire des protestants est ponctuée par les guerres et les persécutions. En Poitou, Aunis et Saintonge, les luttes pour célébrer librement le culte seront particulièrement virulentes
D Ci-dessus, baptême au «Déser t», au Chaillou près de Lezay, le 15 juillet 1928.
q Marie Martin P h o t o Claude Pauquet 30
ans la presqu’île d’Arvert, la Saintonge et le sud des Deux-Sèvres, des enclos et des tombes isolés témoignent de l’intolérance dont furent victimes les protestants. Pour la plupart à l’abandon, seuls les ifs ou les cyprès signalent leur présence. Pendant près de trois siècles, ces «mal sentants de la foi» ont souvent dû enterrer leurs morts sur des terres privées, au fond d’un jardin ou à l’orée d’un bois, «le matin à la pointe du jour ou le soir à l’entrée de la nuit» (L’histoire du Poitou protestant), sans cortège ni cérémonie. L’église catholique leur refusait l’accès de la terre sanctifiée par les bénédictions des prêtres. En 1598, l’édit de Nantes accorde le droit aux protestants d’avoir un cimetière. Droit supprimé à la Révocation, en 1685. Les cimetières et les temples sont détruits. Il faudra attendre la Révolution française pour que chaque culte possède son propre lieu d’inhumation. Dans certaines paroisses, l’unique cimetière sera séparé par une haie ou un mur pour distinguer chaque religion. Les troubles opposant catholiques et protestants commence dès le début du XVIe siècle. Luther, prêtre allemand et docteur en théologie, grand initiateur de la Réforme, s’insurge contre les privilèges et les abus de l’Eglise, considère que l’homme est pardonné par sa foi au Christ et insiste sur la gratuité de la foi. Il publie ses thèses en 1517. La Bible doit être le seul fondement de la foi. En ce sens, l’imprimerie joue un rôle majeur dans le développement de la Réforme. P o u r les protestants, l’instruction est la meilleure arme pour faire accepter leur culte. Ils se battent pour l’enseignement laïque et l’école pour tous ; une démarche qui va dans
le sens de la nécessité pour chacun de lire et de comprendre la Bible dans sa langue. Riches ou pauvres, filles ou garçons, les enfants doivent être instruits. L’école étant au XVIe siècle le monopole de l’église catholique, les protestants font la classe chez des artisans et délaissent peu à peu l’enseignement de l’église dominante. Chaque femme se fait institutrice en sa maison. Ensuite, des collèges sont construits à Niort, Melle, Couhé-Vérac, Loudun ou La Rochelle. Celui-ci, fondé par Jeanne d’Albret, mère du futur Henri IV, et l’amiral Coligny, enseigne aussi le grec et l’hébreu. Calvin est à Angoulême et à Poitiers en 1534. Venu se réfugier dans la région, il va donner une impulsion décisive à la Réforme. Lui et ses disciples parcourent les campagnes pour prêcher. Des assemblées se tiennent dans les grottes de Saint-Benoît et de Croutelle, près de Poitiers. En Aunis et Saintonge, plutôt que l’œuvre d’un grand personnage, c’est l’élite intellectuelle qui propage les idées de la Réforme. A la fin du XVIe siècle, plus de 90% de la population de La Rochelle est protestante. Les églises «dressées» apparaissent en 1555 à Poitiers, Loudun et Châtellerault. Elles seront saccagées dès 1562, début des troubles dans la France entière. La Rochelle, où se réunissent les forces protestantes, devient leur capitale en 1568. Mais 1569 est l’année des défaites pour les protestants, Louis de Condé est battu à Jarnac et Gaspard de Coligny à Moncontour. En 1572, c’est le massacre de la Saint-Barthélemy. L’édit de Nantes signé fin avril 1598 par Henri IV met fin provisoirement aux guerres de religion. Il constitue la première reconnaissance de l’existence des protestants en France. Ceuxci disposent de la liberté de culte, du libre ac-
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cès aux écoles et aux fonctions publiques et des cimetières leur sont réservés. Jusqu’en 1661, date du début du règne de Louis XIV, l’édit est plus ou moins bien suivi. Le siège de La Rochelle de 1627 à 1628 montre à quel point l’édit de Nantes est insatisfaisant. Les trois quarts des Rochelais trouveront la mort dans leur lutte pour obtenir l’autorisation d’exercer leur culte à l’intérieur de la ville et non pas à la périphérie comme le proposait Louis XIII. En contrepartie, toutes la fortifications de cette ville libre tomberont.
Le Poitou terrorisé par les dragons
En 1661, les persécutions recommencent. Les premières dragonnades ont lieu dans le Poitou avant de se répandre dans toute la France. Les dragons, des soldats du roi, avaient pour mission d’obtenir des conversions. Ils assiégeaient les maisons protestantes jusqu’à ce qu’ils obtiennent des abjurations. Les protestants poitevins adressent en 1681 une requête témoignant des horreurs dont ils sont victimes : «On a traîné des femmes par les cheveux et la corde au col ; on a donné la torture à d’autres avec des estocs ; on a lié sur des bancs, des vieillards de quatre-vingts ans ; on a maltraité leurs enfants à leurs yeux, qui venaient pour les consoler.» (L’Histoire du Poitou protestant). Rien ne fait cesser la dragonnade. En 1685, le roi, qui a reçu quantités de listes de convertis, prend la décision de révoquer l’édit de Nantes. C’est le désarroi chez les protestants qui, pour obtenir un état civil, se doivent d’être catholiques. De 1680 à 1700, malgré les lourdes pénalités qu’ils encourraient s’ils étaient surpris, entre 150 000 et 200 000 huguenots préfèrent s’enfuir vers l’Angleterre, les Pays-Bas ou l’Allemagne. D’autres choisissent de rester et de résister. Alors que les dénonciations et les répressions des intendants continuent, dès 1697, les plus courageux se donnent rendez-vous la nuit, dans les bois ou dans d’autres lieux reculés pour célébrer la Sainte Cène. Ce sont les assemblées du «Désert», appelées ainsi en mémoire des souffrances endurées par le peuple d’Israël à sa sortie d’Egypte. Les méreaux, sorte de jetons, servent de signe de reconnaissance aux protestants qui participent aux assemblées interdites. Dès 1697, le chiffre des prisonniers double, et quadruple en 1700. Des procès au cadavre des relaps (protestants qui, convertis de gré ou de force au
catholicisme, négligeaient de nouveau leur nouvelle religion) consisteront à l’exhumation des corps que l’on salait jusqu’au jugement, après quoi on les traînait sur la claie, tout au long des villages, et on les abandonnait à la voierie, dans quelque fossé. Les baptêmes et les mariages célébrés au «Désert» seront réhabilités par l’église catholique de force. Les protestants ont foi en leur persévérance et interprètent chaque signe (comme la fin des guerres de Louis XIV) comme un espoir de reconnaissance de leur culte. Méprisant le danger, les assemblées continuent à se multiplier, parfois même en plein jour, à l’emplacement des temples détruits, d’abord à Couhé et à Lusignan, puis autour de SaintMaixent et dans le pays mellois pour gagner enfin tout le Poitou. Des laïcs assurent d’abord le culte, puis, peu à peu, des pasteurs reviennent des pays du Refuge. L’éradication religieuse entreprise par Louis XIV durera jusqu’à sa mort en 1715. Puis, sous le règne de Louis XV, l’église réformée renaît. Mais, jusqu’en 1787, date de l’édit de Tolérance signé par Louis XVI qui permet aux protestants de retrouver un état civil, ceux-ci continueront de suivre le culte clandestinement. s
Cimetière protestant à Teillé près de Lezay, dans les Deux-Sèvres.
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