Aquaculture : priorité à l’environnement, c’est-à-dire retraiter et recycler les eaux usées de l’élevage intensif, développer et diversifier l’élevage extensif, promouvoir des cultures associées pour améliorer la qualité de l’eau.
la crevette impériale
Une nouvelle filière
D
ans les marais du Fier dix milligrammes à un gramme, avec d’Ars, l’élevage extensif de un taux de survie de 75% environ. poissons ne représentait Les crevettes prégrossies ont ensuite été réparties entre quelques éleveurs qui ont jusqu’à présent qu’une activité secondaire. Gestionnaires et mené le grossissement à terme, avec, là scientifiques conjuguent actuellement aussi, de très bons résultats. L’opération leurs efforts pour implanter des pourrait être reconduite cette année à plus cultures nouvelles, économiquement grande échelle par le producteur rétais, ce viables et bien intégrées à qui permettrait de fournir des crevettes l’environnement. prégrossies aux aquaculteurs de l’île A l’initiative du Syndicat de marais, et désireux de se lancer dans cette nouvelle avec l’appui des chercheurs du Crema culture.» (Centre de recherches en écologie marine La crevette impériale a besoin de chaleur pour et aquaculture) de L’Houmeau, du Creaa se développer. Sous nos latitudes, elle est (Centre régional d’expérimentation et cultivée pendant les mois d’été. Dans ce type d’applications aquacoles) et de quelques d’élevage semi-extensif, les rendements aquaculteurs locaux, un projet a vu le jour varient entre 500 kg et une tonne par hectare. en1996 afin de promouvoir la culture semiLes crevettes se nourrissent de proies extensive de la crevette impériale. C’est une naturelles dont on favorise le développement espèce de très bonne qualité, originaire du en masse par un apport de matière organique. Japon, déjà cultivée dans plusieurs marais de la Avec un petit complément en nourritures côte atlantique, et dont la chair, particulièrement protéinées à la fin de la croissance, on obtient, savoureuse, légèrement sucrée, rappelle un peu en une centaine de jours, des crevettes pouvant celle de la langouste. peser jusqu’à 25 grammes. «L’élevage semi«Nous avons opté pour la technique d’élevage la extensif de la crevette impériale en marais plus performante, explique Jérôme Hussenot, satisfait aux priorités actuelles de l’aquaculture, chercheur au Crema. Au lieu d’introduire des remarque Jérôme Hussenot. C’est une activité crevettes directement sorties des écloseries, “propre” – la qualité de l’eau, à la sortie dont la survie reste aléatoire, nous avons des bassins d’exploitation, est bonne – et choisi de réaliser au préalable un elle peut être pratiquée en association “prégrossissement” en marais. L’essai, harmonieuse avec des activités conduit durant l’été 1997 par un traditionnellement implantées dans aquaculteur local, avec notre les marais endigués du Fier soutien, a été concluant : en d’Ars, comme la culture Crevette japonaise, quelques semaines, les animaux ont grossi de Penaeus japonicus. Photo Ifremer de l’huître ou du sel.» M T s
L’Actualité Poitou-Charentes – N° 39
45
D
es recherches sont actuellement entreprises, dans et du phosphore. Les concentrations dans l’eau restent tous les pays concernés, pour étudier les moyens toutefois faibles, et inférieures, à titre de comparaison, aux seuils définis aux Etats-Unis pour ce type d’exploitad’épurer l’eau à la sortie des élevages intensifs. L’objectif : recycler une partie des eaux usées, après traition. L’élevage intensif de poissons nécessite un renouvellement tement, pour économiser l’eau, et réduire au maximum les continu – plusieurs fois par jour – de l’eau des bassins. rejets dans l’environnement. Afin de réduire la consommation en eau, les scientifiques Grâce à une subvention du Conseil général de Charentedu Crema ont orienté leur travail, à partir de 1996, vers la Maritime, une équipe du Crema a pu mettre en œuvre, dès recherche de nouvelles techniques de traitement de la ma1995, un programme d’étude sur la qualité des eaux rejet é e s par la ferme tière dissoute, qui marine des Baleipermettraient, à nes, installée dans terme, de pouvoir les marais du Fier recycler en permad’Ars, sur la comnence, après traitemune de Saint-Clément, une partie des ment-des-Baleines. eaux usées. Un pre«Cette exploitation, mier procédé est à qui produit des bars l’étude : le traitede manière intenment par écumage. sive, nous intéresC e t t e technique, s a i t particulièrespécifique à l’eau ment, commente Jéde mer, qui permet r ô m e Hussenot, d e retenir dans parce qu’elle avait l’écume les particudéjà mis en place les très fines et la u n système «tammatière dissoute orpon» entre ses basganique, fonctionne sins d’élevage et le d é j à à grande chenal qui la relie é c h e l l e dans une aux eaux du Fier, ferme aquacole itapar l’intermédiaire lienne, ce qui a pour de bassins de stocrésultat de supprik a g e de l’eau mer la mortalité esneuve, en amont, et Ci-dessus, vue aérienne de la ferme marine des Baleines. tivale, jusque-là très d e bassins de élevée. Un second l a g u n a g e pour p r o c é d é , expéril’eau usée, en aval. m e n t é sur place, Mais aucune étude consiste à favoriser n’avait encore été l e développement menée pour évaluer en continu, dans les l ’ e f f i c a c i t é de ce e a u x de rejet, de s y s t è m e d’épuram i c r o a l g u e s , et tion. La ferme maprincipalement une rine des Baleines, espèce de diatomée elle-même très concernée par cette étude, s’est investie dans très appréciée des bivalves, dont on stimule la croissance le programme d’expérimentation, en nous offrant moyens grâce à un apport de silice à certains moments de l’année. et locaux.» Les microalgues jouent le rôle de filtres, en assimilant à Durant l’année 1995, le travail de l’équipe de chercheurs leur profit les éléments azotés et phosphorés contenus dans s’est limité à analyser la qualité de l’eau, d’une part direcl’eau. Elles peuvent être ensuite retenues en sortie de bastement à la sortie des installations, d’autre part à la sortie sin ou utilisées comme nourriture pour les huîtres. «Il des bassins de lagunage. Première constatation : ces basn’existe pas un seul procédé idéal pour traiter les eaux de sins se révèlent efficaces pour éliminer les matières en susrejet de l’aquaculture intensive, note Jérôme Hussenot. pension rejetées par l’élevage. Pendant le temps où l’eau Nous nous orientons vers une combinaison des différents séjourne dans les lagunes, les particules se déposent au fond systèmes : le lagunage pour les particules en suspension, et finissent par se minéraliser. Seconde constatation : ce l’écumage et le traitement biologique pour les matières dissystème ne permet pas d’éliminer efficacement les matièsoutes. L’eau ainsi épurée peut être alors recyclée ou rejeres dissoutes dans les eaux usées, principalement de l’azote tée, sans risquer de nuire à l’équilibre du milieu.» M T s
Bernard / ECAV
de traitement des eaux
Nouvelles techniques
d’élevage
46
L’Actualité Poitou-Charentes – N° 39
Une équipe de chercheurs du Crema élabore, sous la direction de Jean Prou, un système d’informations géographiques, permettant d’évaluer la qualité des eaux du Fier d’Ars et de gérer d’une manière globale cet écosystème côtier.
La gestion intégrée d’un
écosystème
littoral
du chenal aboutissant à la ferme marine des Baleines. En chaque point, des prélèvements d’eau sont réalisés deux fois par mois, par fort et faible coefficient de marée, pendant une année entière. On analyse la concentration de l’eau en matières minérales dissoutes (matières azotées, phosphates, silicates), en chlorophylle ( i n d i c a t e u r de la dynamique phytoplanctonique), et en matières en suspension (organiques et minérales). Dernière phase de l’étude : la validation du SIG. Les résultats des mesures effectuées sur le terrain sont comparés avec les valeurs calculées au moyen du modèle, ce qui permet de tester sa cohérence et, au besoin, d’introduire des corrections. «Grâce à cet outil de simulation, il serait possible d’imaginer différents scénarios en faisant varier certains paramètres, comme le type, la dimension des activités, ou le mode de renouvellement de l’eau, conclut Malika Bel Hassen. Pour chaque scénario, on pourrait prédire la composition de l’eau qui en résultera. Ce type de travail permettra de contrôler en permanence la qualité de l’eau, de coordonner son utilisation, et de maîtriser le développement des différentes activités dans les marais endigués du Fier d’Ars, tout en préservant l’équilibre écologique du système.» MT s
Ci-dessus, Malika Bel Hassen dans le Fier d’Ars (photo Ciguë N’Guyen)
L’Actualité Poitou-Charentes – N° 39
P
our construire ce système d’informations géographiques, nous devons répertorier et quantifier tous les p a ra m è t re s intervenant sur la qualité de l’eau, explique Malika Bel Hassen, membre de l’équipe, qui prépare sa thèse de doctorat sur le sujet. En premier lieu, nous nous intéressons à la répartition géographique des différentes activités pratiquées dans les marais endigués du Fier d’Ars. Grâce à l’interprétation de photographies a é r i e n n e s , numérisées et géoréférencées, après validation sur le terrain, nous avons établi un plan d’occupation des sols. Nous pouvons évaluer les superficies correspondant à chaque système d’activités.» Pour estimer les quantités d’eau consommées et rejetées par chacun, il faut encore intégrer au système d’autres paramètres, comme la carte bathymétrique (profil des fonds marins) à partir de données recueillies auprès de la DDE, des informations sur la pluviométrie, la vitesse et la direct i o n du vent, disponibles à Météo France-La Rochelle. Ou encore des données relatives à la dynamique des flux marins : cette étude est menée sur le terrain au moyen d’une sonde qui mesure en continu les paramètres physiques de l’eau (vitesse, direction des courants). «Pour évaluer la “charge” de l’eau, précise Malika Bel Hassen, il faut faire intervenir un dernier paramètre, essentiel : l’impact spécifique de cha-
que activité sur la composition de l’eau. Nous nous appuyons pour cela sur des résultats déjà publiés, et notamment sur des études menées par l’Ifremer-La Tremblade sur des bassins ostréicoles, et par le Creaa sur des bassins à poissons. Ces études donnent, pour chaque type d’usage, la quantité de nutriments consommés et rejetés, en fonction de la densité de population par unité de production et du mode de gestion de l’eau.» La superposition de toutes ces couches de données sur un même référentiel, le SIG, permet de mettre en correspondance les différents paramètres. Parallèlement à cet aspect théorique du travail, des mesures de qualité de l’eau sont effectuées sur le terrain en deux points distincts du Fier d’Ars, l’un situé à l’entrée, plage de la Patache, l’autre tout au fond de la baie, le long
47